Pour le centenaire de l'animation japonaise, Japan Expo proposait une conférence sur les coulisses de la traduction des sous-titres. Quelle est la méthode à suivre et quels sont les pièges à éviter pour traduire au mieux les films et autres séries ?

Tous les spectateurs de séries d’animation japonaises ont déjà croisé la route des sous-titres, que ce soit sur le web à travers le travail des équipes de fansub ou sur les plateformes de streaming légal (Crunchyroll, ADN, Netflix). Après le doublage des années 70/80, c’est même devenu l’une des manières considérée comme les plus « authentiques » de regarder la traduction d’un anime.

Mais comment sont pensées ces traductions, qui se doivent de porter le récit dans une autre langue tout en restant très littéraires, comparé au doublage qui se veut plus « souple » et naturel ? Cette question était au cœur de la conférence animée au festival Japan Expo par Jean-Philippe Dubrulle, traducteur pour plusieurs éditeurs dont Crunchyroll et président de l’association Aeug — l’Association pour l’essor de l’univers Gundam. Il est revenu sur les éléments essentiels que doivent prendre en compte les professionnels pour livrer les meilleurs sous-titres possibles.

« Rendre service à l’œuvre »

Parmi les missions des traducteurs de sous-titre, la plus cruciale consiste à conserver, lors du passage de la voix japonaise au texte en français, l’impact original du doublage. En garder le sens, évidemment, mais il faut surtout restituer la teneur du dialogue afin de préserver l’émotion suscitée chez le spectateur de la version originale.

Différents dilemmes se présentent alors au traducteur : que traduire et préserver en version originale ? Quid des références, noms propres et différents clin d’œil ? Comment traduire du dialogue parlé à l’écrit ? Peut-on décider de changer et de donner un ton particulier à une série ? Autant de questions qu’il convient de se poser afin de trouver le meilleur compromis.

L’autre point essentiel à la base des sous-titres est d’essayer — dans la mesure du possible — de livrer la traduction la plus transparente possible. « Une bonne traduction, c’est un travail qui ne se voit pas  » explique Jean-Philippe Dubrulle, avant d’ajouter que « le traducteur doit tout faire pour rendre service à l’œuvre.  » L’idée est donc de rendre les sous-titres les plus fluides et invisibles possible.

Aperçu de la saison 2 de Gundam Thunderbolt

Favoriser le sens à la traduction littérale

Dans cette idée de s’effacer derrière l’œuvre, Jean-Philippe Dubrulle précise que « si le texte original est nul, pas très bien écrit, on n’essaye pas d’en faire du Molière à la traduction. » Ainsi, le respect de l’œuvre est essentiel, quelle que soit sa qualité. D’autant que le but de sous-titres est d’être avant tout lisibles, fluides et compréhensibles en français.

Le contrôle après traduction est inévitable. Même si cela n’est pas toujours évident pour le traducteur, comme l’explique par l’exemple Jean Philippe Dubrulle : « Ça m’embête un peu par principe quand on retouche à mon travail. Mais en fait, la personne qui travaille avec moi à Crunchy fait un excellent boulot. Elle voit justement ce que j’ai fait de mal, et arrive avec des phrases qui font bien plus sens par moment. » Dans cette relecture, le rythme des césures et de la construction des phrases est également quelque chose à prendre en compte.

Si le texte original est nul, on n’essaye pas d’en faire du Molière

Car outre une bonne traduction, il faut aussi que le texte suive correctement le rythme des dialogues pour se caler aux bons moments. Nombreux sont ceux qui ont pu découvrir des sous-titres mal synchronisés, comme des épisodes où un décalage de 2 secondes suffit à perdre le fil. En découle ainsi une contrainte essentielle : la norme de lisibilité.

En France, elle est de 15 caractères par seconde. Au delà, on peut difficilement assimiler l’information. Il apparait alors important de découper son texte correctement, afin qu’il soit synchronisé le mieux possible avec l’image. Une nouvelle étape de relecture et de simulation vient alors s’ajouter au processus, afin de mettre le texte en condition réelles et d’apporter les dernières modifications nécessaires.

Comment devenir traducteur professionnel

Jean Philippe Dubrulle termine sa conférence en répondant aux questions de la salle, notamment l’une portant sur la voie à suivre pour devenir traducteur professionnel. Celui qui travaille depuis plusieurs années maintenant avertit : «  C’était assez difficile d’y entrer, mais il faut démarcher tout le monde, le plus d’entreprises possibles ». Il explique ainsi que l’on peut débuter dans ce métier en commençant par de la synchro ou de simples relectures avant de se voir confier des traductions.

Il déconseille également d’avoir un peu trop de contact parmi la communauté de fansubeurs. Le traducteur précise quand même que « les gens qui bossent là-dessus en France sont des passionnés avant tout. »

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