Halo : Campaign Evolved est un remake tout ce qu’il y a de plus classique. En dehors de quelques nouveaux niveaux — très bons par ailleurs — le jeu ne réinvente pas ce qu’est le premier Halo. Et c’est peut-être mieux ainsi.

J’ai 16 ans quand Halo: Combat Evolved sort en 2002 chez nous, sur la première Xbox. Sega vient alors de se retirer de la bataille des consoles après l’échec de la Dreamcast, et le marché est dominé par Sony avec sa PlayStation 2 et Nintendo avec sa GameCube. Vers la fin de l’année 2001, mes conversations avec mes amis tournent surtout autour de l’extraordinaire Metal Gear Solid 2 et du futur Zelda: The Wind Waker.

L’ombre de la Xbox plane alors sur le marché européen, et les quelques échos que l’on reçoit — Internet n’est pas encore aussi démocratisé qu’aujourd’hui — restent assez flous. À l’époque, beaucoup de joueuses et de joueurs français associent surtout Microsoft à Windows, aux PC et à l’informatique. L’idée que l’entreprise puisse venir concurrencer Sony et Nintendo paraît presque étrange. Et puis, je ne sais plus quel ami ramène je ne sais plus quel magazine de l’époque, mais dans ses pages se cachent les premières images de Halo: Combat Evolved.

Impossible de dire à ce moment-là si le jeu sera un grand titre, mais ces images nous donnent clairement envie. Et quelques mois plus tard, manette en main, il faut l’avouer : Halo, ça tue. Pour moi comme pour beaucoup d’autres, il devient instantanément l’un des plus grands jeux de l’histoire (on a moins de retenue quand on est ado). On s’acharne alors à explorer chaque recoin, à trouver tous les secrets et à terminer le jeu en mode Légendaire en coopération, juste pour le plaisir de souffrir à deux.

Alors forcément, lorsqu’un remake est annoncé, l’envie d’y retourner est forte, très forte, mais elle s’accompagne aussi de la crainte de voir la machine à nostalgie s’enrayer une nouvelle fois — surtout lorsqu’il faut, pour la première fois, troquer la manette Xbox contre une DualSense. Alors, est-ce que j’ai retrouvé mes 15 ans avec Halo : Campaign Evolved (sur PS5 cette fois-ci) ? Réponse dans notre test, sans spoiler, pour les nouveaux venus.

La même histoire pour le meilleur… et pour le pire

L’histoire de Halo : Campaign Evolved se déroule au XXVIe siècle, alors qu’une guerre fait rage entre l’humanité et une race extraterrestre hostile, les Covenants. Un vaisseau de guerre humain tente d’échapper à un vaisseau de la flotte Covenant et tombe par hasard sur une gigantesque structure inconnue : Halo. Alors que le vaisseau se fait attaquer, vous vous réveillez dans la peau d’un super-soldat, le fameux Master Chief. À partir de là, tout va cafouiller et, accompagné par une IA du nom de Cortana, vous devrez découvrir les secrets du Halo et, pourquoi pas, sauver le monde.

L’histoire du remake ne bouge pas d’un poil par rapport à l’original. Les aventures du Master Chief sont toujours aussi cool à suivre, et les nombreux retournements de situation — le fameux chapitre 343 Guilty Spark — se déroulent comme dans nos souvenirs. C’est à la fois une bonne chose : moderniser une histoire qui n’en a pas besoin peut parfois faire s’effondrer un scénario qui ne fonctionnait que par un alignement fragile des planètes. Mais c’est aussi dommage.

L'arrivée sur le Halo fait encore aujourd'hui son petit effet. // Source : Capture PS5
L’arrivée sur le Halo fait encore aujourd’hui son petit effet. // Source : Capture PS5

Un remake peut en effet être l’occasion de corriger certains couacs dans un récit ou au niveau de la mise en scène. Même si le scénario du Halo original tient encore la route, j’aurais clairement aimé un peu plus de profondeur sur les personnages qui vous accompagnent, non pas nécessairement sur le Master Chief, qui gagne à conserver son charisme mystérieux, mais sur les autres humains, qui servent encore et toujours de figures héroïques de marines américains. C’est un peu beauf par moments, et, vingt-cinq ans plus tard, la figure du soldat façon Michael Bay a clairement mal vieilli.

C’est un peu beauf par moments, et, vingt-cinq ans plus tard, la figure du soldat façon Michael Bay a clairement mal vieilli.

Mais si on peut encore s’amuser de la présence de tels poncifs — après tout, Halo est une série B de SF hommage à tout un pan du cinéma de genre — c’est plus compliqué quand des moments entiers de l’histoire, qui semblaient précipités à l’époque, sont toujours aussi brouillons aujourd’hui. Je parle ici principalement de la fin, jetée au visage des joueuses et des joueurs comme une insulte à notre investissement. Ce sentiment de bâclé est présent sur d’autres cutscenes un peu cheap, aux animations franchement dépassées, ainsi qu’à travers une VF complètement aux fraises. Mais c’est bien la dernière scène qui nous fait poser la manette avec une moue de dépit. Dommage, Halo : Campaign Evolved aurait pu surprendre, il se contente de reprendre bêtement.

Certains environmenten mettent plein les yeux. // Source : Capture PS5
Certains environnements en mettent plein les yeux. // Source : Capture PS5

Reste que, sur sa partie graphique, l’Unreal Engine 5 fait encore et toujours des merveilles et permet de faire passer un peu la pilule sur les cinématiques. On ne va pas s’étendre plus que nécessaire sur les graphismes de ce remake qui sont, comme on pouvait s’y attendre, magnifiques, et subliment la direction artistique du jeu original. Notons tout de même quelques cafouillages du moteur quand de trop nombreux ennemis sont présents à l’écran. C’est rare, mais ça arrive.

Des sensations toujours aussi intenses manette en main

Heureusement, Halo: Campaign Evolved n’est pas un film mais un jeu vidéo. Vous passerez donc la grande majorité de votre temps à jouer et pas à regarder des cinématiques à la mise en scène plan-plan, et c’est tant mieux. Car ce remake de Halo délivre un gameplay aux petits oignons, à la fois taillé pour le fun, mais également précis et exigeant sur bien des aspects.

Halo Studios reprend ce qui faisait l’intensité de l’épisode original et améliore la formule. Le Master Chief est toujours un tank bourrin, mais il l’est cette fois avec plus de légèreté et de dynamisme. Vous aurez désormais la possibilité de sprinter, ce qui n’est pas rien pour foncer mettre les plus gros coups de crosse de l’univers à un ennemi en fin de vie, ou se mettre à couvert le temps que vos boucliers se rechargent. Les sauts perdent également cette sensation de flottement de l’épisode original. Dans l’ensemble, les déplacements du Master Chief sont bien plus réalistes et permettent de donner plus de patate aux combats, définitivement au cœur de l’expérience Halo.

C'est toujours un plaisir de s'acharner sur un gros ennemis en vidant sonchargeur. // Source : Capture PS5
C’est toujours un plaisir de s’acharner sur un gros ennemi en vidant son chargeur. // Source : Capture PS5

Que ce soit en pleine nature ou dans des couloirs étroits de vaisseaux ennemis, les affrontements avec les Covenants sont jouissifs. Si vous n’avez jamais joué à Halo, il y a un principe tout bête qui fait mouche, peu importe les épisodes : vous n’avez que deux armes, deux types de grenades et un coup de crosse pour vous battre. Vous pouvez changer d’arme à la volée et ramasser une arme ennemie au sol. Le changement d’arme se fait d’une simple pression sur un bouton, idem pour les grenades. C’est fluide et instantané, et passer d’une arme à l’autre dans le feu de l’action en fonction des ennemis à abattre est instinctif et jouissif, tout comme coller une bombe à Plasma dans le dos d’un pauvre Grunt qui s’enfuit.

Chaque type d’arme — fusil d’assaut, fusil à pompe, sniper, lance-roquettes — se décline en version humaine et extraterrestre, et chacune possède un impact et des sensations différentes. On ressent bien la puissance et, même si les armes manquent un brin de recul, les sensations sont bien au rendez-vous. Que ce soit pour tirer de loin ou au corps à corps, Halo: Campaign Evolved est plaisant à jouer, jamais brouillon et toujours fun. L’IA des ennemis est réussie, et ces fripouilles savent se planquer et vous faire des coups sournois dans le dos. En mode de difficulté maximale, vous êtes même parti pour un sacré challenge.

Ce sacripant m'apris par surprise dans le dos. // Source : Capture PS5
Ce sacripant m’a pris par surprise dans le dos dans le pire endroit. // Source : Capture PS5

En plus de tirer dans le tas, vous pourrez piloter plusieurs types de véhicules, ici encore humains ou Covenants, afin de vous frayer un chemin dans le tas d’ennemis, ou fuir, encore une fois. Alors certes, la conduite des véhicules est loin d’être parfaite, mention spéciale pour le Warthog, toujours aussi glissant, mais on ne va pas bouder notre plaisir d’écraser un Grunt — encore eux, désolé — sous les acclamations de nos passagers. À noter également la possibilité de switcher, d’une simple pression sur un bouton, de la position de conducteur à celle de tireur sur la tourelle. Un ajout qui apparaît rapidement comme essentiel.

Et lorsque tout ce beau monde se retrouve au même endroit — amis, ennemis, véhicules alliés et ennemis —, le jeu se montre sacrément généreux dans son action, sans jamais en demander trop à ses joueuses et ses joueurs. C’est simple : Halo: Campaign Evolved est le FPS parfait pour celles et ceux qui n’aiment pas le genre ou n’y sont pas habitués, tant sa prise en main et le plaisir de jeu sont immédiats. Et que vous soyez bourrin dans votre manière d’aborder des affrontements ou plus subtil, chaque approche fonctionne et offre de sacrées sensations. On n’a qu’une envie, y retourner.

Bien spur que vous pouvez faire n'importe quoi avec le Warthog. // Source : Capture PS5
Bien sûr que vous pouvez faire n’importe quoi avec le Warthog. // Source : Capture PS5

Un plaisir de jeu à partager et quelques nouveautés

La force du Halo original de 2002 résidait également dans la possibilité de faire la campagne intégralement en coopération locale. De nombreuses amitiés se sont ainsi renforcées à l’époque grâce au jeu, qui a permis, notamment en mode légendaire, de vivre une expérience intense et inoubliable. Les équipes de Halo Studios le savent et incluent à nouveau le mode coopération locale à deux joueurs, ou désormais en ligne jusqu’à quatre. Ça fonctionne toujours autant, surtout quand il s’agit de prendre un véhicule à plusieurs.

Au rang des nouveautés, quelques armes et véhicules d’autres épisodes sont présents, ce qui apporte une belle diversité dans l’arsenal. Ce remake contient également une mission inédite qui se passe un an avant les événements de la campagne principale, et c’est une réussite. Ce nouveau niveau ajoute environ trois heures à l’aventure principale et permet de découvrir de nouveaux décors et quelques nouveaux personnages, dans un court récit très prenant. Ironiquement, la mise en scène et l’écriture de ce niveau sont au-dessus de celles de l’aventure principale, preuve que l’histoire et la mise en scène de Halo: Campaign Evolved sont finalement figées dans le temps, comme une capsule temporelle à laquelle on aurait offert un sacré coup de lifting.

Vous pouvez maintenant jouer à Halo avec une vue à la troisième personne. // Source : Capture PS5
Vous pouvez maintenant jouer à Halo avec une vue à la troisième personne. // Source : Capture PS5

Ce remake de Halo permettra aussi, une fois la campagne et la nouvelle mission terminées, de lancer un mode Campagne Mix : une nouveauté permettant de rejouer les missions avec différents modificateurs, notamment via les fameux Crânes. Ces Crânes, une quarantaine cachés dans tout le jeu, ajoutent des modificateurs comme des munitions illimitées ou renforcent les ennemis, tandis que d’autres apportent des effets plus loufoques, comme des explosions de confettis ou carrément un mode à la troisième personne, qui change littéralement tout l’ADN de Halo. Cette campagne remixée crée des situations inédites et parfois absurdes, et offre ainsi une bonne rejouabilité au jeu.

On pourrait reprocher à Halo: Campaign Evolved d’être Halo: Combat Evolved en plus beau. Il est vrai que Halo Studios s’est principalement occupé de passer le titre de 2002 sous Unreal Engine 5, en laissant le reste plus ou moins tel quel. Même si le gameplay est plus fluide et l’expérience un peu plus moderne, au final, on prend presque le même et on recommence l’aventure. Mais quelle aventure, les amis ! Sur une bonne quinzaine d’heures, Halo: Campaign Evolved nous fait oublier qu’on a les fesses posées sur un canapé. On est sur le Halo à taper du Covenant, à explorer des couloirs de vaisseaux, à rouler en Warthog sur la plage et à distribuer des marrons avec quelques noms d’oiseaux bien sentis. Le plaisir est dans les petites choses et il serait dommage de passer à côté d’un titre qui n’a rien perdu de sa grandeur.

Le verdict

Ah, qu’il est bon de replonger dans Halo. Cette sensation unique de défourailler du Covenant à la pelle, ces décors majestueux, ces musiques toujours aussi grandioses et cet univers si attachant. Pour celles et ceux qui ont connu l’épisode original de 2001, Halo: Campaign Evolved est un remake que l’on parcourt avec autant de plaisir que l’original. La nostalgie est ici au cœur de l’expérience — les dialogues et musiques restent inchangés — et le bonheur de retourner dans l’un des grands jeux de notre adolescence est immédiat. Pour les autres, qui découvriraient la série avec cet épisode, Halo: Campaign Evolved est une capsule temporelle enterrée depuis 25 ans, dont la mise en scène a pris un méchant coup de vieux. Trop confiant dans le statut culte du titre de la première Xbox, Halo Studios n’a pas pris la peine de changer la forme de son récit. Heureusement, Halo: Campaign Evolved est également, et avant tout, un jeu vidéo et, du côté de son gameplay, il n’a pas pris une ride, et c’est bien là l’essentiel. Un très grand jeu à redécouvrir d’urgence.
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