Le mélodrame initié par la Fédération des Cinémas Français s'approche de la fin : le CNC et Netflix concèdent aux exploitants une diffusion limitée en salles pour les deux films du géant de la SVoD en compétition à Cannes. Une exception qui ne satisfait pas les exploitants.

Le tollé de l’industrie française face à la sélection cannoise est un feuilleton répétitif et prévisible. Les acteurs principaux, la Fédération des Cinémas Français (FNCF), les producteurs et Netlix, n’ayant de toutes manières aucune raison objective de parvenir à un dénouement serein et constructif.

Pour rappel, depuis la nomination en compétition pour la palme d’Or du Festival de Cannes de deux oeuvres produites par Netflix, Okja et The Meyerowitz Stories, respectivement signée par Bong Joon-Ho et Noah Baumbach, le cinéma français s’écharpe. D’un côté, les exploitants de la FNCF expliquent qu’il est inadmissible que des films qui ne disposeront d’aucune exposition en salles puissent être sélectionnés à un festival de cinéma ; de l’autre, les producteurs, Netflix et le jury  tentent de raisonner le petit monde des exploitants français.

Une sortie en salles d’une semaine maximum

Le géant de la SVoD, déjà peu apprécié en France par l’industrie, a donc décidé d’infléchir sa position initiale en espérant calmer la Croisette avant même que le festival ne commence. L’entreprise indique donc désormais réfléchir à une distributions en salles françaises le jour de la sortie des films sur Netflix. Or pour éviter d’y perdre son droit d’exploitation en SVoD, le géant se tourne vers le CNC qui devra distribuer des visas temporaires d’exploitation.

Il existe en effet en France la possibilité, offerte et régulée par le Centre National du Cinéma, de créer un visa non définitif, qui équivaut à une autorisation de projection limitée dans l’espace et le temps. Pour chaque commune où un cinéma veut diffuser une œuvre, une demande doit être faite au CNC et chaque visa délivré encadre un maximum de six diffusions. En utilisant ce dispositif, Netflix échapperait à la chronologie des médias et proposerait  à un nombre évidemment réduit de cinémas une exposition d’une semaine maximum.

Tout le monde y serait gagnant ? Non selon la FNCF, qui dans les colonnes de Télérama estime qu’il s’agit là de « bricolage  » et assure ne négocier aucun accord avec Netflix.

Un épisode qui convoque l’ancien monde

Ironiquement, bien que cette année soit la première où un tel scandal soit provoqué par les exploitants, nous fêterons les 7 ans de Tender Son de Kornél Mundruczó, de Rizhao Chongqing de Wang Xiaoshuai et de Soleil Trompeur 2 de Nikita Mikhalkov. Trois œuvres présentes à la sélection en 2010 mais dont les exploitants n’ont jamais assuré la diffusion française comme le rappelle Calmos. Les producteurs eux-mêmes rappelaient, la semaine passée, que les exploitants français avaient peu de leçons à donner compte-tenu de leur respect tout relatif des règles en vigueur concernant la diversité.

Plus généralement, ce nouvel épisode de la guérilla du cinéma français contre Netflix rappelle que le débat autour du modèle économique de notre industrie est loin d’être réglé. Mis en danger par les nouveaux modèles de consommation, les exploitants ont trouvé en Netflix la raison de tous leurs maux, sans que ces derniers ne soient jamais réglés.

Les exploitants français n’ont que peu de leçons à donner

Pour Thomas Sotinel du Monde, l’épisode devrait appeler la puissance publique à intervenir : n’est-elle pas la seule à avoir une autre priorité que sa survie financière ? Le journaliste souligne l’air de rien qu’Emmanuel Macron promet un Netflix européen en guise de contre-feu, une idée sur laquelle tout le monde s’accorde sans qu’elle parvienne à exister. Le projet est en effet bien plus périlleux qu’il n’en a l’air tant les intérêts de chacun semblent antagoniques…

L’occasion d’un nouveau feuilleton pour le cinéma français.

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