Jacob Applebaum, l'une des figures les plus médiatiques chez les activistes opposés à la surveillance électronique, a dû quitter l'organisation responsable du développement du réseau Tor, dont il était employé. Il est accusé de harcèlements, en particulier contre des femmes, et tente d'organiser sa défense.

C’était une figure très importante du projet Tor, au moins sur le plan médiatique. Journaliste, hacktiviste et développeur, qui sillonnait le monde pour combattre la surveillance électronique et commenter les révélations d’Edward Snowden, Jacob Appelbaum a dû quitter l’organisation qui édite le réseau d’anonymisation Tor, principalement sur fond d’accusations de harcèlement sexuel, et de harcèlements d’autres natures.

« Ces derniers jours, un certain nombre de personnes ont fait des allégations graves, publiques, de mauvais traitements sexuels à l’encontre de l’ancien employé de Tor Project, Jacob Appelbaum », avait écrit l’organisation dans un communiqué, au ton très ferme, publié le 4 juin dernier par sa présidente Shari Steele, qui fut aussi directrice de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) pendant 15 ans. Elle invitait toutes les personnes concernées à se faire connaître auprès de la police, et promet d’améliorer le fonctionnement de l’organisation.

Depuis, selon les comptes d’Engadget, au moins huit personnes ont apporté des témoignages sur un site spécialement monté à cet effet, JacobAppelbaum.net. La plupart des témoignages sont anonymes mais Alison Macrina, qui fait partie des membres de l’équipe du projet Tor, a décidé de témoigner à visage découvert, estimant que sa notoriété et sa crédibilité dans la communauté lui permettait « d’utiliser [sa] force pour parler au nom de celles ou ceux qui ne peuvent pas ».

Le départ d’Appelbaum avait d’abord été annoncé de façon très sèche le 25 mai dernier. Étant donné le charisme et la notoriété du développeur, il était surprenant qu’aucune explication ne soit apportée, et qu’aucun mot agréable ne lui soit adressé.

Applebaum

« Ce type d’accusations n’étaient pas complètement nouvelles pour tout le monde chez Tor, elles étaient conformes à des rumeurs que certains d’entre nous avaient entendu depuis quelques temps  », avait reconnu Steele, dans un langage qui n’est pas très éloigné de ce que l’on a pu entendre ici en France concernant d’autres accusés comme Dominique Strauss-Khan ou Denis Baupin, dans un univers différent. « Ceci étant dit, la plupart des récentes allégations sont bien plus sérieuses et concrètes que n’importe quoi entendu auparavant  ».

La défense de Jacob Appelbaum

Tor Project n’a pas officiellement licencié Applebaum, mais celui-ci a choisi de démissionner. C’est ce qu’il confirme lui-même dans un communiqué publié ce lundi matin, par lequel il nie toutefois toutes les accusations de nature pénale, et se dit « prêt à utiliser tous les moyens légaux, si nécessaires », pour « défendre [sa] réputation contre ces accusations diffamatoires ».

L’organisation Tor Project a employé un cabinet d’avocats spécialisés, et prend clairement partie pour les victimes alléguées dans sa communication.

De son côté, Jacob Appelbaum affirme être victime d’une cabale et écrit qu’il trouve « extrêmement dommageable à la communauté que de telles tactiques d’assassinat de personnage  » (sic), ce qu’il juge «  auto-destructeur ». Il cite la communauté LGBT dont il fait partie, sans que l’on comprenne bien s’il la juge responsable, ou victime de cette prétendue cabale. Il est resté totalement silencieux depuis le 6 juin dernier, date à la quelle il a nié les accusations.

Un site de soutien à Jacob Appelbaum

Un nouveau compte Twitter a toutefois été ouvert, @ioerror_info (le compte d’Appelbaum étant @ioerror), animé par « des gens qui veulent que la vérité fasse jour sur la situation de Jake », et « particulièrement intéressés par les informations supprimées, ou dont il est moins fait de publicité ». Ce compte a notamment publié le récit d’une prétendue victime, Jill Bähring, qui nie totalement les faits qui ont été raconté en son nom par des tiers.

Un site a également été ouvert, OurResponse.org, créé par « un groupe de femmes qui ont été les amis, les collèges, les confrères et partenaires de Jacob ”Jake” Appelbaum depuis de nombreuses années ». Le site publie un texte signé le 11 juin par 12 femmes, journalistes, chercheurs, avocates, artistes, chercheuses ou encore écrivains, qui demandent un procédé plus loyal à l’encontre d’Appelbaum, puisqu’à ce jour aucune plainte formelle n’a été déposée en justice. Sans dire que les accusations portées sont fausses, elles disent que « notre expérience avec Jake est différente » de ce qui est décrit par les témoignages accusateurs.

Depuis, leur texte de soutien transformé a été signé par une trentaine de personnes supplémentaires.

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