Selon l'agence Reuters, c'est parce que l'Égypte ne pouvait pas surveiller les communications, que le gouvernement a décidé l'an dernier de suspendre Free Basics, le service d'accès gratuit à un internet bridé proposé par Facebook.

Selon l’agence Reuters, c’est parce que Facebook aurait refusé de donner aux autorités égyptiennes les moyens de surveiller les communications que le pays aurait décidé, en fin d’année dernière, de suspendre le service Free Basics. L’information rapportée par deux journalistes spécialisés dans les entreprises de la Silicon Valley est dite confirmée par « deux sources proche du dossier » ayant eu connaissance de discussions entre la firme de Mark Zuckerberg et le gouvernement égyptien.

Autrefois baptisé Internet.org, Free Basics est une application mobile disponible dans 37 pays en développement, qui permet aux utilisateurs d’accéder gratuitement aux sites inscrits sur la plateforme. Ces derniers sont reçus sur dossier et doivent respecter un cahier des charges, principalement technique. Les opérateurs mobiles partenaires de Facebook s’engagent à ne pas facturer la bande passante consommée par l’application, censée donner envie ensuite de payer pour débloquer l’accès à d’autres sites ou d’autres applications.

Facebook est particulièrement sensibilisé à la situation égyptienne et aux risques de la surveillance.

Le gouvernement égyptien a décidé le 30 décembre 2015 de retirer l’autorisation d’exploitation qu’il avait accordé deux moins plus tôt à l’opérateur Etilasat, partenaire de Facebook. À l’époque, les autorités avaient expliqué que le permis était uniquement temporaire, et qu’ils avaient décidé de ne pas le renouveler.

Interrogé par Reuters, un porte-parole du ministre des Communications de l’Égypte affirme que les raisons pour lesquelles le service a été suspendu sont purement économiques, du fait de la concurrence « déloyale » faite aux autres opérateurs. Un argument qui peut s’entendre, surtout du point de vue de la forte atteinte à la neutralité du net imposée par Facebook. En Inde, le régulateur des télécoms a eu des arguments très forts pour interdire Free Basics, précisément parce qu’ils foulaient du pied tous les principes de neutralité qui font qu’Internet a pu devenir l’Internet.

Néanmoins, l’interdiction du service sur fond de surveillance ne serait pas surprenante en Égypte, même après le renversement du régime Moubarak. Son successeur Al-Sissi cherche lui aussi à contrôler étroitement internet et ceux qui s’y expriment, et voit certainement d’un très mauvais œil que Facebook fragilise la possibilité d’espionner les utilisateurs. Car avec Free Basics, toutes les communications passaient par des serveurs de Facebook, en HTTPS. Sauf à réaliser du Deep Packet Inspection (DPI), et à pouvoir déchiffrer le contenu, il devient impossible de savoir qui accède à quels contenus, et qui dit quoi.

Facebook est particulièrement sensibilisé à la situation égyptienne et aux risques de la surveillance. En 2011, le directeur marketing de Google pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Wael Ghonim, avait été arrêté lors de son retour au Caire, après avoir créé une page Facebook de soutien à un jeune blogueur abattu par des policiers égyptiens en juin 2010. Enfermé et plongé 12 jours dans le noir complet, en pleine révolution arabe, Ghonim avait témoigné en larmes de son calvaire, à la télévision. Il se savait enfermé pendant que ses compatriotes mourraient pour se révolter.

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