La licence globale intéresse finalement l'industrie musicale
Guillaume Champeau - publié le Vendredi 14 Mars 2008 à 16h07 - posté dans Musique Numérique
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Deux ans après avoir été conspuée en France lors de l'examen de la loi DADVSI, la licence globale refait progressivement parler d'elle au niveau international. L'industrie du disque semble désormais s'ouvrir à l'idée de légaliser le téléchargement en échange d'une rémunération basée sur une taxe sur les accès à Internet.

Il y a déjà plus de quatre ans, alors que Numerama s'appelait encore "Ratiatum", l'auteur de ces lignes publiait une proposition de "Licence de diffusion culturelle" dont les bases ont été depuis reprises sous la dénomination de "Licence Globale". Partant du principe que la lutte contre le piratage était vaine, et que l'évolution des technologies rendait absurde la pénalisation de la reproduction gratuite et à l'infini d'oeuvres dématérialisées, nous proposions en 9 pages détaillées un mécanisme qui permettrait de légaliser le téléchargement et la mise à disposition des oeuvres, tout en rémunérant ses créateurs grâce à l'instauration d'une taxe. Notre proposition, à l'époque, avait soulevé de vifs débats y compris au sein de la communauté Ratiatum. Nous y sommes toujours restés fidèles, malgré le déluge de protestations, de critiques ou mêmes d'insultes que nous avions reçues, en premier lieu de la part d'acteurs de l'industrie musicale.

Le point d'orgue de ce refus psychorigide de la licence globale a été vécu début 2006 lors des débats sur la loi DADVSI, après que dans la stupeur générale l'Assemblée Nationale eut adopté un premier volet de la licence globale quelques heures avant la veillée de Noël. Aidé par le gouvernement qui a financé par l'argent du contribuable une campagne de lobbying inédite sous la Vième République (et jamais renouvelée depuis), le groupe UMP a finalement enterré le projet de licence globale sous les applaudissements de toute la filière musicale, à l'exception notable des représentants des artistes interprètes. Tous se sont réjouis de sa mise en placard et prié très fort pour que DRM et répression fassent cause commune pour renvoyer le vil pirate dans ses cordes et qu'enfin la culture légale (comprenez marchande) fasse son grand retour. Ca a tellement bien marché que deux ans plus tard les DRM sont presque morts et qu'un nouveau projet de loi répressif s'apprête à être présenté au Parlement, par la même majorité, pour combler l'absence totale d'efficacité du premier texte.

Partout dans le monde, l'industrie du disque continue de s'écrouler, quelles que soient les méthodes répressives mises en place. Aux Etats-Unis, où plus de 20.000 plaintes ont été déposées contre des internautes, encore 41 millions d'Américains s'en fichent et s'adonent au P2P, selon les chiffres de NPD Group. Ce qui représente, calculette en main, moins de 0,05 % de P2Pistes épinglés. Soit 99,95 % d'internautes adeptes du partage de fichiers laissés en paix. Pas de doute, la répression, ça marche.

Ils n'en veulent toujours pas, de notre licence de diffusion culturelle ?

Et bien peut-être que si, après quatre ans de refus obstiné et de plaintes imbéciles contre ses clients, l'industrie commence à réaliser enfin que ça n'était peut-être pas une si mauvaise idée, ou en tout cas que la licence globale pourrait bien être bientôt leur seul moyen de continuer à gagner de l'argent sur un marché qui s'effondre de près d'un quart de son poids chaque année. "Les maisons de disques commencent à aimer l'idée d'une taxe pour accéder à la musique, parce qu'ils sont de plus en plus inquiets sur le fait que leur modèle économique puisse être cassé", affirme ainsi l'ancien manager des Pink Floyd et des Clash, Peter Jenner, qui milite pour cette idée depuis déjà plus d'un an.

Selon Wired, alors qu'en façade le Midem était tourné cette année vers les appels à davantage de répression du manager de U2, en coulisse on se préparait enfin à discuter sérieusement des conditions de la mise en place d'une licence globale. Une réunion strictement privée d'une cinquantaine d'intervenants se serait ainsi déroulée à Cannes sur ce sujet précis, et rassemblé entre autres la Fédération Internationale de l'Industrie Phonographique (IFPI), Sony BMG, T-Mobile, Orange, et différentes sociétés de gestion collective.

Tous discutaient des modalités pour savoir, par exemple, s'il fallait taxer l'ensemble des internautes sur le principe de l'égalité et de la neutralité, ou au contraire ne taxer que les internautes dont les accès à Internet permettent l'utilisation de réseaux P2P (parce qu'ils ont suffisamment de bande passante et ne subissent pas de filtrage des protocoles). Un autre noeud du problème concerne la répartition des sommes collectées entre tous les ayant droits, d'une manière qui satisfasse à la fois les artistes les plus populaires et ceux qui ne sont que peu téléchargés mais dont les téléchargements méritent tout de même rémunération.

"C'est un modèle qui vaut le coup d'être étudié", a reconnu pendant une conférence de presse au Midem le patron de l'IFPI, John Kennedy. "Si les fournisseurs d'accès veulent venir nous voir et discuter d'une licence légale pour un certain montant par mois, ayons cette discussion", affirmait-il même. Un langage qui tranche avec celui entendu deux ans plus tôt au Syndicat National de l'Edition Phonographique (SNEP), le bras français de l'IFPI.

A Cabourg, lors des dernières Rencontres Européennes des Artistes organisées par l'Adami, le représentant de la Commission Européenne Tilman Lueder avait lui-même ouvert la porte à une proposition de licence globale européenne, sans que ça ne soulève la colère des professionnels de la musique qui auraient hurlé de toute leur voix quelques mois plus tôt.

A l'hiver 2006, en commémorant l'anniversaire de la licence globale, nous avions appelé de nos voeux l'ouverture d'un tel débat sur les conditions de la mise en place d'un régime de licence globale. Aucun rejet de principe ne peut avoir lieu sans avoir d'abord ce débat. Le fait qu'il s'ouvre en 2008 arrive bien tard, mais pas trop tard. Espérons-le.

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Licence Globale, Industrie musicale
 
 
27 commentaire(s)
 
patbe
Le 14 Mars 2008 à 16h13
 

comme on dit, il n'y a que les cons qui changent pas d'avis ...
en l'occurence, ils changent d'avis contraints et forcés...
merci pour tout ce que tu fais, c'est pour cela que je suis ce forum ;-)
patbe
Le 14 Mars 2008 à 16h20
 
d'un autre coté, est ce que cela n'est pas une stratégie organisée ?
Maintenant qu'Univers sale a acordé ses droits à Jiwa, donc payé par de la pub, ne voudraient ils pas le beurre et l'argent du beurre, donc, des royalties par des sites diffusant leurs titres payés par la pub, ET AUSSI, une licence globale qui permettrait d'augmenter la rentabilité ????
Natasha
Le 14 Mars 2008 à 16h21


Oui c'est une bonne question.

Mais en attendant : c'est adieu la loi Olivennes ? Et ce, avant même qu'elle n'ait été votée.

Bien. Alors, dans ces conditions : Vive Le rapport Attali !
juan
Le 14 Mars 2008 à 16h28
Hier on nous dit qu'ils vont passer la loi olivennes en avril et aujourd'hui c'est le retour de la license globale
En gros, pour savoir il faudra attendre demain
Natasha
Le 14 Mars 2008 à 16h38


Le changement, la gratuité sur internet sont inévitables.

Alors, pour moi, ils ont raison d'essayer de "sauver les meubles" en acceptant, un peu tardivement, l'idée de la mise en en place d'une licence globale à la charge des FAI. (lesquels FAI ne manqueront pas de répercuter le coût de celle-ci sur leurs clients).

En fait, ils n'ont pas le choix, c'est du tout ou rien, et ils viennent seulement de le comprendre ...


pleindeuss
Le 14 Mars 2008 à 16h47
 
est ce que c'est trent reznor qui les a fait changer d'avis ??? 1,6 millions de dollars en 1 semaine, ca peut laisser songeur, d'autant plus que REM va tenter la mm expérience.
bourgpat
Le 14 Mars 2008 à 17h31
 
Adieux la reforme olivenne, c'est peut etre aller un peu vite en conclusion.
godvicien
Le 14 Mars 2008 à 17h48
Le principe de la licence globale est le même que pour la taxe 'copie privée'. Le principal problème est le mode de répartition.

Comment trouver un mode de répartition équitable entre tous les acteurs ? Et pas uniquement la musique.

On a un accès internet qui offre plein de choses gratuites (textes, musiques, vidéos...).

On veut faire vivre ces choses gratuites en les finançants par une taxe internet.

A qui redistribuer cette taxe ? Les sites web gratuis ? la musique gratuite ? les vidéos gratuites ? les logiciels gratuits ?

Il ne serait pas juste de ne reverser cette taxe qu'aux industries musicales.

Pourquoi Numerama ne recevrait-il pas une partie de cette taxe ? La problèmatique est la même que pour la musique.
bourgpat
Le 14 Mars 2008 à 18h14
 
Sinon article d'Ecran sur le même sujet
flamme-...
Le 14 Mars 2008 à 18h17
godvicien, je pense que ici on parle des majors.

Car pour les films je pense que les salles sont assez importante pour contenir la foule qui augmente. Après pour les textes je pense que les personnes aime le livre plutôt que du PDF.

Et réellement les major gagne t'il de l'argent sur les tournées, ou simplement sur les ventes de CD (et autre babiole) + pub ? Car si les tournés n'apporte pas de réelle bénéfice au major je pense que la répartition sera vite vue.

Ce n'es que mon point de vue
godvicien
Le 14 Mars 2008 à 18h32
Et bien moi je ne suis pas d'accord pour payer une taxe qui ne financerait que les industries musicales. Qu'elles crèvent.
J'esquive déjà la taxe pour copie privé en commandant à l'étranger.

Le salut des industries musicales viendra naturellement de l'explosion des web-radios financées par la publicité et reversant une partie de leur chiffre d'affaires. C'est largement suffisant.

Pour le reste pas besoin de taxe. Il est hors de question de financer par une taxe des vielles industries qui doivent évoluer seules.
akhen
Le 14 Mars 2008 à 21h55
Il serait temps, en effet... Les forfaits des FAI ont bien baissé depuis le temps ou on envisageait cette possibilité. Raison de plus! Mais il faudrait que cette licence le soit vraiment... Globale!
TotoRhino
Le 15 Mars 2008 à 00h06
Ouaips, et bien au risque de paraître pessimiste, je n’y crois plus !
Non pas sur le principe, mais sur ce revirement extraordinaire de l’industrie musicale. Une façon de nous faire espérer, pendant qu’une loi toujours plus liberticide est en train d’être mise en place dans l’urgence ?
Ou encore un détournement du principe de fonctionnement de la LGO initiale pour créer une taxe supplémentaire et certainement démesurée, afin de remplir les caisses des majors ?
Qui peut croire désormais que cette industrie se soucie des consommateurs ?
Et si on y réfléchi bien : combien de temps les majors peuvent encore tenir si leurs produits ne se vendent plus ? Laissons faire le temps, car pour ma part, je peux tenir encore longtemps... longtemps... longtemps...
Natasha
Le 15 Mars 2008 à 00h11


Tu n'es pas le seul, rassure toi.
y2k7
Le 15 Mars 2008 à 10h49
 

Clorokine
Le 15 Mars 2008 à 11h30
 
Salut

veux pas retourner le couteau dans la plaie, mais pour savoir comment repartir cette taxe, il me semble que ex-razorback donnait une vue trés juste de ce qui était téléchargé sur le réseau de la mule non, c'est une bonne base pour savoir comment repartir cela.
maintenant il va falloir trier les fakes mais bon mais bon
wistiti68
Le 15 Mars 2008 à 11h48
 
Pour la répartition ça va être simple:
-35% Universal
-30% Warner
-25% EMI
-10% à partager entre toute les artistes téléchargé.
bile666
Le 15 Mars 2008 à 11h49
Les stats étaient neutres, càd qu'elles ne contenaient que des données statistiques, mais pas de nom de fichier, ni l'information si le fichier était un fake ou pas. De plus, le même fichier peut-être 100x dans la base s'il fait 100 tailles différentes.

C'était un bon outil d'information à partir du moment où un hash était connu, mais sans hash pas d'infos.
djjeffo...
Le 15 Mars 2008 à 16h32
Ils sont bien gentils les majors mais c'est un peu tard
Ils commencent à vouloir discuter au moment où ils comprennent qu'ils vont perdre la guerre.....c'est un peu facile

Ce ne sont plus des interlocuteurs crédibles, qu'ils commencent par déposer leur bilan, ensuite on discutera (avec leurs remplaçants )

On ne s'attaque pas impunément à ses clients.....

La licence globale intéresse finalement las Majors ? c'est con.....les majors n'intéressent plus la licence globale
djk314
Le 17 Mars 2008 à 00h45
Mouai c'est vrai qu'ils ne savent plus ou gratter la; pas asse de clients fortunés (trop cher les cd) ,beaucoup trop d'artistes, des artistes libres et gratuits, certains gros artistes qui ont compris qu'on les arnaqués, ça les a un peut tuer tout ça, plus que le téléchargement, mais fallait trouver une raison, d'autant plus que plus besoin de télécharger avec des sites comme deezer.
Totoffe
Le 17 Mars 2008 à 10h52
Pour ce qui est de faire du décompte, on peut faire d'une pierre deux coups : tous ces fabuleux routeurs hors de prix que les FAI ont acheté pour filtrer les réseaux pourraient être reprogrammés pour faire de la collecte statistique anonyme. Comme ça, l'investissement ne sera pas perdu, Sandvine pourra survivre et on préservera la neutralité des réseaux.

Les DRM pourront finir de mourir tranquillement. On peut même espérer un effet de contagion vers l'industrie du cinéma...

Par contre, les dommages collatéraux seront inévitables, et en premier lieu les fnacmusic, virgin et autre amazonMP3, qui n'auront plus de raison d'exister, en tout cas sous leur forme actuelle...
elarips
Le 18 Mars 2008 à 14h25
il serait temps que les majors sachent qu'ils ne détiennent pas toute les solutions!

des nouveaux modeles doivent bien exister !

j'ai trouvé sur ce site quelques réponses pertinantes:
biologeek

qu'en pensez vous ??
a+
boom
myki
Le 19 Mars 2008 à 11h42
 
Si cela devait finalement se faire, le risque est de voir l'argent des FAI (le notre) renfloué leur caisse ni plus ni moins comme une taxe.
Mon pessimisme acquis au fil du temps pour tout ce qui concerne les produits culturels me font redouter un scénario à l'image de la taxe pour copie privée, qu'on paye parce que nous avons le droit de faire 0 copie.
Donc une licence légale (et pas globale) de téléchargement de musique avec des modalités tellement restrictives qu'on aura et la taxe et un téléchargement restreint.
ferjo
Le 28 Mars 2008 à 20h42
 
Pas de pitié...
Patzman
Le 29 Mars 2008 à 12h20
 
En ce qui me concerne, je ne crois pas aux miracles venant des majors.
superadmin
Le 30 Mars 2008 à 07h50


vous avez enfin compris que le noeud du probleme, il est aussi la ?
vous savez combien ont coutés tout ces sites ?
vous savez combien de temps il faudra pour les rentabiliser ?

vous savez que le p2p bousille tout, a ce niveau la ?

parceque les majors et les sacems, elles ont bon dos, mais une perception de taxe globale qui leur serait reversée, c'est du tout benef, pour elles : meme pas besoin de bosser vraiment pour avoir des sous ...

alors que les itunes, eux, ils vont tout perdre. tout, enfin, c'est a dire un gros paquet de tune ...
Le p2p, finalement, nuit surtout a ceux qui commercent avec la musique ... mais pas tellement a ceux qui la produise.

la preuve, regardez les meilleures ventes de disques :
ce sont aussi les 'meilleurs' téléchargements p2p (dans le sens 'les plus nombreux') .

et un artiste qui vend peu, sera tout aussi peu telechargé.
faudrait que cela finisse par rentrer, quand meme ...

superdudimanche.
++
bourgpat
Le 30 Mars 2008 à 10h20
 
Pour ce qui est de l'infrastructure elle persistera même après la fin de ces services et pourrait être rentabilisés pour d'autres services (un serveur types rapidshare ou des newsgroups binaires payants.)

C'est un peu comme cette affirmation,

Cette statistique est faussée par les ventes liées avec l'Os de microsoft puisque la plupart des ventes d'os se font avec une machine neuve et que certains services Vod, jeux dépendent aussi de cette vente liée. Du hardware serrait aussi vendus si d'autre OS étaient mieux supportés de même que des services si on prenait le soin de ne pas les écarter d'office.

Une infrastructure n'est jamais totalement liée à un service, il suffit de voir comment à évolué internet sur un e infrastructure qui au départ était liée à des transmission de données scientifique.

Pour l'instant tant que ces service de ventes de musique numérique proposeront une qualité de service et un rapport qualité prix médiocre, je ne vois pas pourquoi ils doivent se développer dans une économie libérale. Dans une économie soviétique sous embargo pourquoi pas ils auraient un avenir.

On se pose des questions dans les surcouts crées artificiellement comme par exemple l'encodage par les différents vendeurs des mêmes morceaux de musique alors qu'une répartition des catalogues pour la création d'un pot commun de master numérique aurait permis d'encoder plus de titres au niveau d'un standard commun utilisé par la suite pour les ré encoder dans les formats de vente puisque l'interopérabilité ne semblait pas être aussi un moyen de réduire le couts en créant dés le départ un standard commun.

Plutôt que vendre des morceaux, vendre un moyen de sécurisation de ses achats dans le temps semble être plus à même de créer un climat de confiance pour les clients. (quelle confiance avoir, quand peu de temps après votre achat on vous re propose de le racheter dans un format à peine amélioré). Si pour les majors la convention des clients du vinyl vers le cd à été un moyens de se faire du fric facilement; du point de vu des clients cette vision laisse un arrière gout d'arnaque dans laquelle baigne encore le marcher et qui alimente la défiance.
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