L'UE juge que le droit d'auteur n'est pas supérieur à la vie privée
Guillaume Champeau - publié le Mardi 29 Janvier 2008 à 19h11 - posté dans Peer-to-Peer
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Coup dur pour l'industrie musicale en plein Midem à Cannes. La Cour européenne de Justice a jugé mardi que la protection des droits d'auteurs ne justifiait pas les atteintes à la vie privée des internautes, et qu'il est du ressort de chaque Etat membre de définir spécifiquement les conditions de l'équilibre entre ces deux droits.

Avec la montée fulgurante des contenus créés par les internautes eux-mêmes, et la montée parallèle du piratage, il semble de plus en plus évident qu'une opposition frontale se dessine entre les droits du public et les droits des créateurs professionnels. Droit d'auteur contre respect de la vie privée des internautes est l'un des chapitres de cette opposition, auquel la justice européenne vient d'ajouter un paragraphe essentiel. Mardi, les juges de Luxembourg ont en effet arbitré que "le droit communautaire n'impose pas aux Etats membres l'obligation, en vue d'assurer la protection effective du droit d'auteur, de divulguer des données à caractère personnel dans le cadre d'une procédure civile".

Le tribunal de prononçait sur demande de la justice espagnole dans le cadre d'un conflit entre la société d'éditeurs espagnole Promusicae (membre de l'IFPI) et le fournisseur d'accès à Internet Telefonica. Les producteurs de disques avaient exigé du FAI qu'il livre dans le cadre d'une procédure civile les noms et adresses de ses abonnés suspectés d'avoir illégalement utilisé le logiciel d'échange de fichiers Kazaa. Promusicae ne disposait alors que des adresses IP, et demandait au tribunal d'ordonner à Telefonica de livrer l'identité des abonnés correspondants. Or la loi espagnole ne prévoit explicitement ce cas que dans le cadre des enquêtes pénales, et dans les affaires liées à la sécurité publique ou à la défense nationale. Telefonica estimait donc que la loi espagnole ne l'obligeait pas à livrer les informations confidentielles de ses clients, et dans le doute au regard des directives européennes, le juge espagnol a saisi la Cour européenne de Justice afin qu'elle rende son arbitrage.

La Cour a ainsi donné raison mardi au fournisseur d'accès, en précisant toutefois qu'il appartient à chacun des Etats membres de l'Union européenne d'assurer "un juste équilibre entre les différents droits fondamentaux", c'est-à-dire notamment entre le droit à la propriété (le droit d'auteur) et le droit à la vie privée (la confidentialité des abonnés masqués derrière des adresses IP). La formulation peut être interprétée comme une victoire des deux côtés, puisqu'elle indique qu'aucun des deux droits ne doit être bafoué au nom du second. L'IFPI, qui représente l'industrie musicale, et la MPA, qui représente le cinéma, se sont donc félicités de cette précision. Elle donne pourtant son blanc seing à l'Espagne pour garder son régime déjà favorable aux P2Pistes.

Encore faut-il voir, également, comment cet équilibre peut être trouvé en pratique. C'est l'un des défis auquel devra répondre le législateur français lorsqu'il sera amené à mettre en oeuvre les solutions préconisées par la mission Olivennes en matière de lutte contre le téléchargement illégal. Est-il vraiment équilibré de procéder à des contrôles automatiques sans appel possible, et de ficher les internautes récidivistes pour leur interdire l'abonnement à internet ?

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Vie privée, Promusicae, Telefonica, P2P, Justice
 
 
11 commentaire(s)
 
fourden
Le 29 Janvier 2008 à 20h46
 
La Cour europeenne ne se mouille pas trop sur ce coup la En gros ca peut se resumer comme ca non ? : Violer le copyright est interdit certes, mais violer la vie privée des violeurs de copyright l'est tout autant.

Faut il en conclure qu'Olivennes peux ranger son dossier au placard et en rediger un autre ?
gbln
Le 29 Janvier 2008 à 21h23
 


On fait bien ca avec le permis pourquoi pas avec internet.
santos
Le 29 Janvier 2008 à 21h49

Sauf que pour le permis :

* il s'agit de protéger la vie des autres citoyens
* la procédure dépend entièrement de l'État (et a été conçue et instituée par l'État)
* la procédure est parfaitement intégrée au système judiciaire du pays
pleindeuss
Le 29 Janvier 2008 à 22h59
 



eh ben la il s'agit de
*protéger les avantages d'une classe de population extremement restreinte au depend du reste de la population
*la procédure nécessite de modifier totalement l'esprit de la 5e République pour la transformer en République Démocratique Française Productrice de Bananes (vous noterez la pointe d'ironie avec le démocratique - c'est ca l'esprit chinois)
*la procédure doit se mettre en place en totale contradiction avec les règles de la justice de droit démocratique


eh bien nous avons le président et la majorité pour ce faire c'est y pas beau la vie ?
Jean_R
Le 30 Janvier 2008 à 00h58

La guerre des riches contres les pauvres a de beaux jours devant elle.
Philgri
Le 30 Janvier 2008 à 07h11
 
Un petit brin de lucidité dans un monde aveugle ?

Nous n'allons pas tarder à déposer des droits d'auteurs sur nos propres vies pour nous protéger, et demander des dommages et intérêts et autres royalties pour se préserver des pirates qui nous espionnent et piquent nos idées, comme les Sacem et compagnies…


Sus au pirates!
morte13
Le 30 Janvier 2008 à 08h50


Mais ils peuvent toujours faire du zèle comme en France, allons bon
myki
Le 30 Janvier 2008 à 10h09
 
Je ne crois pas que c'est un coup dur pour l'industrie musicale, au contraire, d'ailleurs tu conclues l'article en ce sens...

Moi j'interprète cela de la façon suivante :
"Nous (l'europe) légitimons la divulgation des noms si c'est pour faire respecter les droits d'auteurs, nous mettons seulement en garde que cela ne doit pas être fait à tort et à travers.".

Grosso modo, il suffit de prouver que c'est pour faire respecter le droit d'auteur qu'on demande les noms derrière les IP.
Ptitlou
Le 30 Janvier 2008 à 11h37
 


Pas completement d'accord avec ta conclusion.
Pour moi c'est juste un appel aux membres de l'UE à préciser leur legislation.
Et c'est justement ce qui est dans les cartons du gouvernement.
Maintenant va savoir qui d'Olivennes ou d'Attali va avoir le dernier mot.


Enfin petite remarque : Je tire mon chapeau au juge qui à su demander l'arbitrage de l'UE au lieu de juger n'importe comment.
fromwhere
Le 30 Janvier 2008 à 12h02
 
+1000 pour le juge
+1000 pour attali, enfin concernant la licence globale...
muscardin
Le 31 Janvier 2008 à 14h18
Mouais tout le monde se renvoie la balle : le juge demande à l'UE de l'aider, et celle-ci renvoie les législateurs à leur responsabilité....

On n'est pas encore sortis de l'auberge...
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