Amazon s'apprête à lancer aux Etats-Unis son service Kindle Unlimited, qui permettra aux Américains de lire autant de livres qu'ils le souhaitent pour seulement 9,99 dollars par mois. Une formule commerciale interdite en France par l'effet de la loi sur le prix unique du livre électronique.

Mise à jour : malgré la loi sur le prix unique, Amazon préparerait bien l'arrivée de Kindle Unlimited en France.

Amazon s'apprête à lancer aux Etats-Unis un service de lecture de livres sur abonnement, intitulé Kindle Unlimited. L'annonce n'a pas été faite officiellement mais une page web du service découverte par GigaOM et toujours visible dans le cache de Google a été mise en ligne par Amazon avant d'être retirée. 

La page indique que Kindle Unlimited offrira l'accès à plus de 600 000 livres pour 9,99 dollars par mois, et même à plusieurs milliers de livres audio. Selon la vidéo promotionnelle qui apparaissait sur la page, le service sera disponible "à partir de n'importe quel appareil", et ne sera pas réservé aux seules tablettes et liseuses Kindle d'Amazon. Une période d'essai de 60 jours est prévue.

Payé seulement si le livre est lu

Selon les constatations de GigaOM, sur les 638 416 livres électroniques listés mercredi matin sur le site d'Amazon, aucun n'était édité par les cinq plus gros éditeurs aux Etats-Unis (HarperCollins, Simon & Schuster, Penguin Random House, Macmillan et Hachette). Ces éditeurs craignent certainement que les revenus tirés des abonnements soient bien moindres qu'avec la vente à l'unité.

L'électronique ayant cela de particulier qu'il permet de tout savoir de ce que fait le client avec son livre, le contrat prévoirait que les éditeurs soient payés une somme forfaitaire chaque fois qu'un certain pourcentage du livre a effectivement été lu. Ainsi, un livre qui est téléchargé mais qui reste fermé ne rapportera rien à l'éditeur, alors qu'un livre qui est effectivement lu rapportera. C'est une prime à la qualité et à la capacité de l'auteur à tenir son lecteur en haleine, mais aussi une manière d'éviter que les sommes soient trop diluées. Il semble toutefois que certains éditeurs arrivent à négocier des exceptions plus favorables pour le marketing.

Interdit en France

Hélas, un tel service a peu de chances d'arriver en France, du fait de la loi sur le prix unique des livres électroniques entrée en vigueur en 2011. Elle impose aux éditeurs établis en France de "fixer un prix de vente au public pour tout type d'offre à l'unité ou groupée" de leurs livres électroniques, et impose aux vendeurs de s'y tenir.

La loi n'accepte de déroger à ce principe de prix de vente imposé à tous livres électroniques que "pour un usage collectif et dans un but professionnel, de recherche ou d'enseignement supérieur dans le strict cadre des institutions publiques ou privées qui en font l'acquisition pour leurs besoins propres, excluant la revente".

Lorsque la loi est entrée en application, nous avions prévenu par ces mots de sa courte vue :

On ne voit pas, à ce stade, comment la loi pourrait être bénéfique à l'édition littéraire en France. Au contraire, elle risque de la scléroser sous des contraintes administratives excessives et inédites au monde, qui in fine ne profiteront pas au lecteur. Il n'est même pas certain que la loi autorise les plateformes à proposer des offres d'abonnement "à la Deezer". Si chaque éditeur pourra fixer son propre prix pour les abonnements à l'ensemble de son propre catalogue, rien ne semble en effet permettre de panacher les offres de plusieurs éditeurs dans un même abonnement. Or il y a de fortes chances que ce mode de découverte de la littérature se développe de plus en plus… en tout cas à l'étranger.

Il existe quelques sites en France qui proposent déjà des abonnements pour les livres électroniques, comme immateriel.net, mais il s'agit d'offres qui ne concernent qu'un seul éditeur (en l'espèce Numeriklivres). En vertu de la loi de 2011, il n'est pas possible de réunir plusieurs éditeurs sous une même offre d'abonnement (mise à jour : Youboox propose un abonnement illimité avec de multiples éditeurs en estimant qu'ils ne font pas de la vente à proprement parler et ne seraient donc pas concernés par le "prix de vente", ce qui est très contestable au regard des modalités d'application de la loi).

C'est même précisément l'esprit de la loi du prix unique du livre, qui vise en principe à protéger les petits libraires contre les gros. A l'époque des livres papiers, il s'agissait de protéger les petits commerçants contre la FNAC. Aujourd'hui, il s'agit de protéger la FNAC contre Amazon et d'éviter que tous les internautes ne souscrivent à une offre illimité Amazon et ne ressentent plus le besoin, l'envie ou l'intérêt d'aller voir ailleurs pour lire leurs livres. 

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Lancé il y a 20 ans, Amazon a bouleversé la vente de livres en ligne avant de bouleverser l'e-commerce de manière générale. Le chiffre d'affaires...

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