Plusieurs organisations et acteurs de la société civile ont créé un nouveau groupe de pression destiné à mieux défendre les intérêts des citoyens et des internautes : l'Observatoire des libertés et du numérique.

Il n'a ni budget ni site internet, mais il entend bien peser sur le débat public grâce au pedigree de ses membres fondateurs. La Ligue des Droits de l'Homme, le Syndicat de la Magistrature, le Syndicat des Avocats de France, le Cecil, le Creis-terminal et divers experts indépendants ont annoncé mercredi dernier, à l'occasion de la Journée internationale de la protection des données personnelles, la formation de l'Observatoire des libertés et du numérique (OLN).

Il s'agira non seulement d'observer, mais aussi d'agir en tentant de faire pression sur les acteurs publics et privés, afin que le caractère confidentiel de nombre de données personnelles soit mieux pris en compte. "Les objectifs de l’OLN sont d’informer, de former, de prévenir, de proposer et de peser dans le débat public sur ce que doit être une politique du numérique respectueuse des droits", explique la Ligue des Droits de l'Homme.

Interrogée par France Culture, Maryse Artiguelong, de la LDH, assure que l'Observatoire a déjà eu l'oreille attentive de la ministre de la justice Christiane Taubira, concernant le fichier des empreintes digitales qui devrait faire l'objet d'un nouveau décret. Il entend proposer des amendements à tous les textes de loi qui concernent les données numériques.

Mais ses priorités restent les données exploitées judiciairement : fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), et la PNIJ, la plateforme centralisée des interceptions judiciaires, gérée par l'entreprise privée Thalès. "Imaginez qu’un jour, Thales soit elle-même visée dans une enquête et qu’il faille faire des écoutes", s'inquiète à ce propos le juge Eric Bocciarelli.

Les données personnelles "sont devenues les proies des acteurs publics et privés, trop souvent pour le pire", estime l'Observatoire.

"Écoutes généralisées orchestrées par la NSA avec la participation de services nationaux et de grands acteurs économiques du secteur ; mise en place en toute opacité d'une « Plateforme nationale d'interception judiciaire » (Pnij) dont la mise en œuvre et l'hébergement physique sont attribués à un opérateur privé, « légitimation » des écoutes administratives dans le cadre d'une loi de programmation militaire, en l'absence de tout débat public ; prolifération des caméras de vidéosurveillance, encouragée par les pouvoirs publics ; extension sournoise des outils de fichage d’un maximum de citoyens et résidents coupables présumés (Fnaeg, Faed) ; fichage systématique et sans contrôle (Stic, Judex) ou discriminatoire à l'égard de certaines populations (Oscar, Eloi), etc. Tout est devenu prétexte à une surveillance – toujours plus présente mais toujours plus diffuse, toujours plus discrète mais toujours plus intrusive – qui installe, sans le dire, une société du soupçon".

"Quant aux développements techniques, avec la miniaturisation et les connexions sans fil qui se généralisent, pour simplifier la vie des utilisateurs et leur « offrir » un service   toujours plus personnalisé, ils deviennent les instruments d'un espionnage de tous les instants qui nourrit des profils, source de plus de discrimination aux dépens des moins vigilants : téléphones géolocalisés « traceurs », téléviseurs et consoles de jeux connectés « indiscrets », compteurs intelligents « voyeurs » … et bientôt tous ces objets « bavards », qui de notre smartwatch à notre pèse-personne ou notre brosse à dents auront tant de choses à raconter sur nos habitudes de vie !"

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