TF1 ne devrait pas lancer dans l'immédiat une plateforme de vidéo à la demande avec abonnement (SVOD). Lors d'un déplacement, le président de la chaîne a expliqué que le cadre réglementaire français était beaucoup trop contraignant pour les acteurs hexagonaux par rapport aux offres étrangères. En ligne de mire, le décret SMAD, qui impose une obligation de financement du cinéma français.

Il n'est pas toujours aisé de lancer un nouveau service en France, dans la mesure où le cadre réglementaire est un vrai mille-feuille. Alors que les services de vidéo à la demande avec abonnement (SVOD) prennent pied dans l'Hexagone, le PDG de TF1 a profité d'une intervention à l'Essec pour dénoncer l'empilement des obligations pesant sur les acteurs français désireux de lancer leur propre solution.

"La SVOD fait partie des chantiers que l'on regarde dans le cadre de nos démarches prospectives à court et moyen terme", explique le patron de la première chaîne de télévision européenne, cité par les Échos. Concernant son groupe, Nonce Paolini explique que lancer une offre SVOD "est une possibilité d'évolution du business" mais qu'elle n'est pas indispensable.

Les réflexions de TF1 en matière de SVOD ont connu un emballement ces derniers mois, depuis que Netflix et d'autres acteurs américains lorgnent sur le marché européen. Les chaînes de télévision européennes, soucieuses de ne pas se faire doubler, préparent leur parade. En France, TF1 et M6 ont même engagé des discussions pour évaluer l'utilité de lancer une plateforme commune.

Mais depuis, plus rien du côté de la première chaîne.

Ce n'est pas vraiment une surprise : le décret SMAD pose une vraie difficulté au PDG de la chaîne. Acronyme désignant des services de médias audiovisuels à la demande, il impose plusieurs contraintes aux éditeurs fournissant une plateforme de SVOD. En plus des obligations en matière de déontologie, de protection des mineurs et de promotion des oeuvres, le décret SMAD impose des règles en matière de production des oeuvres. Donc de financement.

Ainsi, le régime applicable aux éditeurs de services de télévision de rattrapage et / ou de services SVOD impose une "obligation de contribution à la production cinématographique européenne, d’une part, et d'expression originale française". Cet effort, TF1 ne veut pas l'assumer. Car le décret handicape les solutions françaises par rapport aux offres étrangères.

"Aujourd'hui, quand vous voulez faire de la VOD par abonnement et que vous êtes Amazon, vous vous installez au Luxembourg et vous n'êtes pas soumis au décret SMAD", s'agace Nonce Paolini, qui dénonce les freins qui empêchent les groupes français de se montrer compétitifs. Comment, dès lors, rivaliser avec des géants comme Amazon, Google, Netflix, Hulu ?

"C'est cela le système français. Il n'y a pas de chiffre d'affaires et on invente déjà des obligations qui doivent faire que, si un jour il y a des revenus, cela finance quelque chose. On ne se pose même pas la question de savoir si cela va être rentable" poursuit le groupe, qui demande en filigrane un assouplissement du cadre réglementaire afin que les acteurs français de la SVOD ne se trouvent pas en situation défavorable face à leurs rivaux américains.

"Je ne peux pas lancer une activité qui va être percluse d'obligations par rapport à des compétiteurs qui eux vont caracoler à la fois avec des modèles économiques très supérieurs aux nôtres et sans aucune des obligations que la régulation impose aux acteurs français", conclut le PDG. La perspective d'une plateforme SVOD conçue par TF1 s'éloigne.

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