Incertaine sur son avenir, l'Hadopi est aussi sujette à des tensions internes qui menacent sa stabilité. Sa direction, jugée trop proche de l'ancien pouvoir, pourrait vaciller.

On s’en souvient, la Hadopi avait bruyamment glosé sur son bilan pendant la campagne électorale, offrant à Nicolas Sarkozy l’occasion de se dire « réjoui des résultats remarquables » obtenus par la Haute Autorité, d’affirmer que le piratage « a reculé en France dans des proportions considérables« , et même d’assurer que le bilan fourni par l’Hadopi était « incontestable« .

Pourtant, la méthode choisie par l’Hadopi pour faire croire à l’efficacité de son action n’avait rien d’incontestable, bien au contraire, au point que même Le Figaro avait jugé bon de rectifier la vérité.

Evidemment, pour une autorité administrative en principe indépendante, le coup de pouce ostensiblement donné à Nicolas Sarkozy n’a pas plu du côté du Parti Socialiste (pour peu qu’il s’agisse véritablement d’un coup de pouce alors que les internautes jugent qu’Hadopi était à mettre au discrédit du président-candidat). Même en interne, il semble que l’initiative a été jugée durement.

La lettre professionnelle Edition Multimédi@ rapporte en effet dans son édition de lundi que la première réunion au complet de l’Hadopi depuis l’élection de François Hollande a donné lieu, le 23 mai dernier, à une discussion « houleuse » :

Pour les membres de l’Hadopi que nous avons pu contacter, la réunion du 23 mai avait un caractère de  » séance exceptionnelle  » puisque c’était la première à se tenir depuis l’élection le 6 mai de François Hollande comme président de la République et la nomination le 16 mai du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Se sont ainsi retrouvés le  » triumvirat  » – composé de la présidente Marie-Françoise Marais, de la présidente de la CPD, Mireille Imbert-Quaretta, et du secrétaire général, Eric Walter – avec les membres de l’Hadopi, au nombre de dix-neuf.
Pas d’ordre du jour ! Au sortir de la réunion, un membre nous a expliqué que  » la présidente et le secrétaire général ont été vivement interpellés sur certaines de leurs déclarations dans les médias « . Des membres ont reproché au triumvirat de s’être exprimé  » sans mesure  » durant la campagne présidentielle  » en en faisant trop sur ses premiers résultats « , alors qu’ils auraient apprécié  » plus de sobriété et de retenue  » de la part d’une autorité administrative indépendante. Il a été convenu que l’Hadopi ne communiquerait plus sur ses résultats en dehors de son rapport annuel, dévoilé – comme l’an dernier – en juillet et publié en septembre.
La tension n’est pas due qu’à la tentative de l’Hadopi d’influencer sur la campagne. Il semble que la légitimité de la présidente de la Haute Autorité Marie-Françoise Marais soit désormais contestée. Très attachée à sa fonction, la magistrate n’a pas remis au vote sa présidence lors du renouvellement du premier tiers des membres de l’Hadopi en tout début d’année. « Puisque la présidente était élue par les membres du collège, il aurait été préférable que Marie-Françoise Marais procède en début d’année à une nouvelle élection pour s’assurer qu’elle a toujours le soutien de son équipe et conforter sa position« , raconte une source proche de l’Hadopi à Edition Multimédia. Selon PC Inpact, elle pourrait y être contrainte selon une certaine interprétation des textes qui obligerait à choisir le président de l’Hadopi parmi ceux de ses membres qui ont un mandat de six ans.
Actuellement, six membres ont un mandat de 6 ans : Marie-Françoise Marais, Christian Pheline (magistrat de la Cour des comptes, grand spécialiste des industries culturelles), Anne-Elisabeth Credeville (conseiller à la Cour de cassation), Jean Berbinau (ancien président de l’Autorité de Régulation des Mesures Techniques qui a été absorbée par l’Hadopi), Franck Riester (député UMP, rapporteur de la loi Hadopi à l’Assemblée), et Didier Mathus (député socialiste, grand spécialiste des médias).
La question de l’avenir la présidence de l’Hadopi pourrait aussi se régler, plus directement, par l’action gouvernementale. La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a chargé Pierre Lescure d’avancer les pistes pour réformer la Haute Autorité, ce qui pourrait passer par une redistribution des compétences et des mandats.
De son côté, le secrétaire général de l’Hadopi Eric Walter prépare progressivement sa sortie. Lassé par la fonction et fragilisé par son appartenance à l’UMP, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy (lors de la campagne de 2007) pourrait bientôt retourner vers de toutes autres occupations, dans le domaine humanitaire.
(Photo : Eric Lefeuvre, Hadopi.fr)

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