Une nouvelle étude du Pew Internet & American Life Project, publiée en ce début de semaine, révèle que seuls 30% des artistes américains parmi ceux qui tirent un revenu de leurs oeuvres considèrent le Peer-to-Peer comme une menace majeure. Néanmoins, plus de la moitié souhaitent que le partage des oeuvres sans autorisation des ayants droit reste illégal.

Que serait la musique sans ceux qui la créent ? La question enfonce une porte ouverte mais il faut bien se la poser lorsque l’on souhaite nier tous les droits qui permettent aux créateurs, non pas de créer, mais de vivre de leur création. Si la musique ne disparaîtra pas avec une hypothétique disparition des droits d’auteurs, il convient à l’inverse d’admettre qu’une balance économique trop lourdement déséquilibrée en faveur des droits du public rendrait difficile, sinon improbable, la réalisation du métier d’auteur-compositeur.

Aujourd’hui le déséquilibre existe.

Dans l’autre sens.

Ce ne sont pas les droits des auteurs-compositeurs qui sont surprotégés, mais ceux qui sont venus s’y greffer avec le temps. Les fameux « droits voisins », accordés notamment et principalement aux producteurs des œuvres, ont grignoté en moins d’un siècle les droits du public et permettent aujourd’hui aux maisons de disque (qui possèdent les droits sur les enregistrements) de se reposer sur les best-of de leurs artistes morts pour se développer, plutôt que de parier sur un artiste au succès mérité mais incertain. Le droit d’auteur, né pour encourager la création en facilitant une rémunération des créateurs, a été largement détourné de sa finalité. Où est donc l’incitative à la création lorsque l’on étend continuellement la durée de protection par le droit d’auteur pour sauvegarder un Mickey centenaire ?

Internet en général, et le Peer-to-Peer en particulier, tendent à créer un mouvement de balancier inverse. Les droits d’auteurs et les droits voisins sont bafoués par les millions de téléchargements quotidiens ordonnés par les internautes. Mais ils redonnent au public les droits qui leur ont été retirés. Qu’en pensent cependant les artistes, sans qui tous ces débats seraient inexistants ?

Aux Etats-Unis (mais probablement également en Europe), les musiciens professionnels sont divisés. Selon l’étude Artists, Musicians and The Internet publiée le 5 décembre, 30 % considèrent que le P2P constitue une menace majeure pour eux, alors que les deux autres tiers trouvent qu’il s’agit d’une menace mineure, voire qu’il n’y a pas de menace du tout. Malgré cela, 55 % des artistes payés pour leur travail demandent à ce que le partage des œuvres sur Internet reste illégal et donc condamné, tandis que 35 % disent que ça devrait être légal.

Lorsque l’on demande aux artistes américains ce qu’ils pensent du Peer-to-Peer, 47 % trouvent que ça heurte leurs intérêts économiques, tandis que 43 % considèrent au contraire que ça les aide à promouvoir leurs œuvres.

Dès lors, sans prendre partie pour les uns ni pour les autres, il faut sans doute que cette moitié d’artistes pro-P2P se penche sur les licences libres (type Creative Commons) qui leur permettent de diffuser librement leurs œuvres, et qui autorisent les internautes à les partager sans risques. Les éditeurs de logiciels de P2P, en retour, devront faire l’effort de mettre en avant ces artistes là. Du succès économique de cette moitié dépendra son expansion, ou son déclin.

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