Un rapport officiel fusille les salaires des dirigeants de sociétés d'ayants droit (MAJ)
Guillaume Champeau -
publié le Samedi 10 Avril 2010 à 17h20 -
posté dans Musique Numérique
![]() Manque de transparence dans la rémunération des dirigeants, salaires en augmentation malgré des perceptions qui se tassent, frais de représentation mal contrôlés, niveaux de rémunération non justifiés par la difficulté de la tâche, parachutes dorés... le rapport 2009 qui vient de paraître sur les comptes des sociétés de gestion collective de droits d'auteur et droits voisins est d'une violence inouie sur les rémunérations pratiquées, en particulier à l'encontre de la Sacem.
Article du 7 avril 2010 - Chaque année, la cour des comptes publie un rapport établi par la commission permanente de contrôle des sociétés de perception et de répartition des droits, qui passe au crible la gestion des deniers collectés pour les ayants droit par les Sacem, SCPP, SACD, Spedidam et autres sociétés de gestion collective. Pour la première fois, la cuvée 2009 (.pdf) communiquée ce mercredi matin s'est intéressée à la question extrêmement sensible de la rémunération des personnels, et en particulier des cadres qui dirigent ces sociétés d'un genre particulier. Au moment où le piratage fait l'objet de toutes les inquiétudes quant à son impact sur les revenus des créateurs, chacun s'attend à ce que les dirigeants se serrent la ceinture. Or le rapport est assassin. Il note tout d'abord que les charges de gestion des sociétés collectives ont augmenté entre 2006 et 2008 trois fois plus vite que les perceptions. En 2008, plus d'un cinquième des revenus collectés (21,5 %) a été utilisé pour financer le fonctionnement-même des sociétés. Alors que le nombre de salariés a diminué de 2 % sur la période, les charges de personnel ont augmenté de 3,8 %. "Les dispositions statutaires ou la pratique de certaines sociétés n'associent pas le conseil d'administration à la fixation des rémunérations de leurs principaux dirigeants", a critiqué ce matin Christian Phéline, rapporteur général de la commission. Il met en cause la SCPP (qui collecte les droits affectés aux grandes maisons de disques), la Spedidam (les droits d'une partie des artistes-interprètes), et la Procirep (producteurs de cinéma et de télévision). "Quant à la SACEM, elle ne respecte qu'imparfaitement les dispositions de ses statuts qui confient au conseil d'administration le recrutement et la fixation des rémunérations des cadres supérieurs et prévoient son information sur celle du principal dirigeant", ajoute M. Phéline. Dans le rapport, on peut lire que "d'importants progrès resteraient donc à faire du point de vue de la transparence vis-à-vis des associés, sur une question à laquelle les dirigeants intéressés ne manquent pas, quant à eux, d'accorder la plus grande attention". Un joli tacle glissé. Après avoir consulté "50 situations personnelles" parmi les différentes sociétés de gestion, la commission estime que "les dirigeants de la SACEM connaissent une situation très significativement plus favorable", et qu'il n'y a pas de rapport entre la rémunération des dirigeants d'une société de gestion et l'importance de ses effectifs ou de ses flux financiers. En 2008, la rémunération moyenne des principaux dirigeants des sociétés de gestion collective était de 147 800 euros brut, mais avec de fortes disparités entre chacunes. A la Sacem, la moyenne des 10 principales rémunérations était de 257 000 euros en 2008, et les 6 dirigeants en place de 2005 à 2008 ont vu leur rémunération augmenter de 10 %. Sans dévoiler de rémunération à titre personnel, le rapport donne de précieuses indications. La SACEM occupe ainsi les deux premières places du classement des 50 plus fortes rémunérations parmi toutes les sociétés de gestion auditées, "avec un écart approchant 55 % entre le dirigeant ainsi placé en seconde position et celui le suivant immédiatement". C'est dire si la moyenne de 257 000 euros brut est éloignée de la réalité pour son président du directoire. Le rapport ajoute qu'en prenant la rémunération la plus élevée dans chacune des huit sociétés de gestion auditées, la plus forte rémunération à la Sacem fait augmenter à elle seule la moyenne de près d'un tiers, à 230 000 euros. La commission estime par ailleurs que les frais de réception, de déplacement ou de missions des sociétés de gestion "mériteraient souvent d'être mieux formalisés", ce qui est un langage bien diplomatique pour dire que certaines sociétés de gestion laissent leur dirigeant dépenser sans compter pour leurs restaurants, leurs hôtels et leurs voyages à l'étranger. "La SACEM n'effectue notamment aucun contrôle systématique des frais de représentation exposés par ses directeurs régionaux", a regretté ce matin le rapporteur général. Il fustige aussi les mécanismes d'intéressement mis en place notamment à la Sacem, qui "se fondent sur des facteurs sans rapport direct avec l'efficacité de l'activité des personnels concernés". Des parachutes dorés semblent également dans la ligne de mire de la commission, qui note que "le bien-fondé des transactions financières intervenues n'apparaît pas clairement établi dans le cas de certains départs de salariés ou de dirigeants à la SACEM ou à l'ADAMI". La commission regrette que "sur la question sensible de la rémunération de l'encadrement supérieur de ces sociétés", la loi n'impose qu'une "transparence mesurée" par rapport à ce qui est imposé aux sociétés civiles traditionnelles. En fait, son rapport est même très critique à l'égard des gouvernements successifs qui n'ont pas amélioré la situation, en dépit de déclarations d'intention. "La règle aujourd'hui en vigueur permet toujours à un associé des sociétés de perception et de répartition des droits d'avoir accès qu'au seul " montant global " des cinq ou dix principales rémunérations", dénonce ainsi le rapport. "Selon la commission, il resterait en outre à démontrer que certaines des situations observées, notamment à la SACEM, se justifient pleinement au regard du niveau d'activité des organismes concernés, de la réalité des risques encourus par eux ou de la complexité particulière des compétences requises pour ceux qui les dirigent à plus ou moins haut niveau", a aussi résumé Christian Phéline. Impitoyable, il ajoute que "quelques rémunérations au moins s'écartent d'ailleurs notablement des normes en vigueur dans les entreprises de taille comparable alors même que celles-ci sont, elles, pleinement exposées à la concurrence". Manière de rappeler aux dirigeants des sociétés concernées qu'ils refusent les règles de la concurrence au nom de l'exception culturelle, mais qu'ils s'octroient pourtant des rémunérations ailleurs justifiées par la pression concurrentielle. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Un rapport officiel fusille les salaires des dirigeants de sociétés d'ayants droit (MAJ)»
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pleindeuss
le 07/04/2010 à 14:21
bon ben ça confirme ce qu'on pensait tous : les sociétés de collecte des droits ne sont qu'un héritage de l'ancien régime, une tare sociale qu'il convient d'éradiquer proprement.
C'est quasiment un systême mafieux qu'il résume dans son rapport ...
Quand on connait le rôle des petites mains de la SACEM, à savoir se rendre dans les mariages ( ou autres fêtes comme les baptêmes ), on peut vraiment faire le lien avec le racket de petites commerçants. Whaou.
Tout ça pour si peu de personnes ? Incroyable ! Et dire qu'après on nous serine que la SACEM coule à cause des vilains/méchants pirates... - Numerama fait bien de mettre les pieds dans le plat : bon article !
J'avais déjà dénoncé Dimanche dernier , le nombre pléthorique de ces sociétés de prise d'intérêts des droits d'auteur et leur fonctionnement opaque .... http://www.numerama....#ac_newscomment "A la Sacem, la moyenne des 10 principales rémunérations était de 257 000 euros en 2008"
257000 euros annuels, plus d'1 million et demi de francs ! une vingtaine de smics ! Ou est le mérite d'une telle rémunération ? Je viens de lire le rapport complet. Mon Dieu, je suis si blasé que ça ne m'étonne même plus.
Je sais que des gens hauts-placés de la SACEM lisent ces articles, j'espère bien qu'ils prendront note de tout le mépris que je leur porte. Finalement, on en revient à ce qu'avait prédit Marx dans son livre "The Capital" : => Le problème du capitalisme, c'est que les "gardiens du trésor", à savoir les banques, fournissent un travail concret très faible tout en consommant énormément d'argent réel par rapport à leur simple rôle de gestionnaires, trouvant tous les prétextes possibles pour taper dans la caisse. Finalement, la véritable source de création est sous-rémunérée au profit d'une classe de "parasites économiques" qui ne créent rien mais consomment beaucoup. Marx avait prédit que lorsque le capitalisme serait étendu à la planète entière, le système s'écroulerait, asphyxié par la gourmandise de ces parasites économiques. Et c'est exactement ce qui se passe actuellement, en culture avec les Majors et la SACEM comme dans le monde avec les banques. Et bien, Messieurs de la SACEM et messieurs les majors (Nègre et cie...), je rigolerai d'autant plus fort lorsque je vous entendrai hurler contre le piratage. Ce rapport ne fait que confirmer ce que nous savions déjà tous sur Numerama et quasiment partout sur le net : Les pirates ne sont qu'un bouc-émissaire bien pratique, les véritables voleurs, ceux qui tuent la création et empoisonnent la musique, c'est vous. Majors + SACEM = Une filière de parasites économiques incompétents, vieux, largués par les nouvelles technologies, avares, gourmands, inadaptés, et rétrogrades = MAFIA qui s'est bâtie sur le monopole abusif de la distribution qu'internet a brutalement balayé. = PARRAINS qui corrompent les si nombreux politiciens pourris de notre gouvernement afin de se faire voter des lois sur mesure (DADVSI, LOPPSI, HADOPI, etc.) dans le but de pérenniser leur misérable et inutile existence. Si le piratage peut permettre d'empoisonner ces sang-sues, alors le piratage est une bonne chose. La musique, elle, est un art, et comme tous les arts, elle est indispensable à l'évolution humaine. Elle trouvera naturellement d'autres moyens de rémunération (avec le live notamment). Conclusion : Vive le piratage. "Le rapport ajoute qu'en prenant la rémunération la plus élevée dans chacune des huit sociétés de gestion auditées, la plus forte rémunération à la Sacem fait augmenter à elle seule la moyenne de près d'un tiers, à 230 000 euros."
Si je ne m'abuse, ça voudrait dire que le big boss de la SACEM se met dans les 650'000€ dans les poches par an†P.S. : de tels salaires annuels (pour les 10 premiers salaires à la sacem !!! c'est l'armée mexicaine ou quoi ???) pour des machines qui ronronnent sans pratiquement le moindre grain de sable, quelle honte.
Yap, le 07/04/2010 - 15:10 @Goldorak : +1 pour Marx J'aimerais bien savoir ce qu'en pensent les artistes pro hadopi. Ce ne sont que des moutons qui gobent bêtement les âneries des majors et qui n'y captent rien. Tu leurs donnerais un réchaud, un briquet, une bouilloire et de l'eau qu'ils ne seraient pas capables d'inventer l'eau chaude. inconnu, le 07/04/2010 - 15:11 En gros les artistes se font arnaquer !!!c'est aussi l'une des raisons même de la création de Ratiatum / Numerama, mais bon, mieux vaut tard que jamais... Damned, C'est du lourd cette news, merci Guillaume, c'est pour ce genre d'article que j'aime la Ratia...
A lire, sur le rapport, page 296 : Réponse de la SACEM : => On ne nie pas qu'on a de gros salaires, mais consomme du fric à cause des infrastructures, pensez-vous, c'est surtout ça qui coûte cher... Donc bon, faut relativiser quoi, c'est juste 22000 euros / mois / dirigeant, c'est pas grand chose après tout... => Et pis la SACEM est la plus importante des sociétés de perception, donc elle emploie plus de cadres supérieurs, donc faut les payer plus, c'est normal. Par contre, no coment sur leur rôle ou le fait qu'ils puissent être trop payés... => Pour les tarifs et les coûts, c'est un peu contrôlé, mais en fait pas tellement, euh... C'est pas du tout parfait, c'est vrai, on sait pas quoi dire mais on va dire un truc pour éviter de vous donner raison => Pour ce qui est de discuter les salaires par le conseil d'administration, c'est déjà le cas (sans sous-entendre que tout le CA est bien pourri) mais bon OK, grilled, on fera semblant de faire plus de contrôles à l'avenir, promit. => Là le mec jette un pavé dans la marre en accusant la société de se fonder sur le monopole de la rémunération obligatoire pour rincer le palteau des producteurs, ce qui est tout à fait vrai (c'est la pire des conneries que d'associer producteurs et créateurs dans une société de perception des droits), et la SACEM répond : On est une société privée mais on se compare timidement à un organisme public donc on est blanc comme neige alors TG. Et de toute façon on ne se contente pas de collecter du fric et de le redistribuer aux créateurs comme on devrait le faire, on fait plein d'autres trucs sans rapport mais au final c'est pour aider la création alors TG. La SACEM aura au moins eue le mérite d'essayer de noyer le poisson dans un capharnaüm administratif. Ils ont au moins ça du secteur public pour eux : l'hypocrisie des réponses et ne pas admettre que 95% de leur boulot est inutile et trop coûteux. C'est bien, ils ressemblent à un secteur public : Un directeur et un corps dirigeant bien trop payé pour pas grand chose, qui s'accorde des à côtés bien trop abondants tout en rémunérant mal les artistes qu'il doit protéger, qui dissimule ses finances, et qui se drape dans une dignité de bon aloi et s'offusque dès qu'on lui met le nez dans sa merde. (Après c'est un truc autre sur une arnaque à la SCAM via TF1...) Une bonne chose que les comptes des SPRD soient assujettis à un contrôle de la Cour des Comptes. La transparence ne fait jamais de mal. À ce sujet en tant que lecteur assidu de Numerama j'aimerais que ce webzine, attaché à la transparence de fonctionnement d'autrui donne l'exemple. Quel sont les revenus de ses dirigeants ou de ses responsables ? Quel est l'origine de ces rémunérations ? Quel est le salaire des modérateurs des forums ? La question a déjà été posée mais jusqu'ici aucune réponse n'a encore été donnée. Quel écart de salaire entre celui de Guillaume Champeau et celui des petites mains ? Bref un tas de détails qu'il serait honnête de communiquer au lecteur. En bref il nous serait agréable « d’avoir accès au “montant global” des principales rémunérations » des animateurs de la publication. Les sociétés de gestion de droits sont tenues par la loi de publier leurs bilans annuels, ils serait convenable que Numerama qui ne se prive pas d'un regard critique sur leur fonctionnement fasse de même.
bon ben ça confirme ce qu'on pensait tous : les sociétés de collecte des droits ne sont qu'un héritage de l'ancien régime, une tare sociale qu'il convient d'éradiquer proprement.
La SACEM est une société privée, elle n'a rien de public ou de sociale. ![]() arretez de les encherir, eviter d'acheter quoi que ce soit en france (et a l'etranger limiter les achats a des boites que vous pensez etre.. "raisonables")
Il n'y a qu'en arretant d'etre des CONsommateurs qu'ils comprendrons le message se calmerons... (par exemple dernierement la 3D arrive oh lala, quel bigdil, vite achetez achetez ce dont vous n'avez pas besoin et qui vous sera mis bien profond plus tard, exemple les nouveaux bluray) je sais c'est un peu hors sujet
Makhno > nos comptes sont publiés chaque année, libre à toi de les consulter. Mais n'oublies pas que si les SPRD sont contrôlées et astreintes à des devoirs de transparence étendus, c'est en raison de leur nature juridique particulière et des missions dont elles sont investies par la loi. Ca ne sont pas des sociétés comme les autres.
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