Le magazine Wired nous apprend que la RIAA a donné sa bénédiction à la création de nouveaux réseaux P2P, qualifiés de "consumer-friendly" par l'association américaine de l'industrie du disque. L'objectif du lobby californien est d'autoriser la portabilité des morceaux tout en faisant respecter le droit d'auteur aux utilisateurs.

C’est mercredi 20 octobre, lors d’une conférence au Cato Institute de Washington que le doyen vice-président aux relations gouvernementales et au conseil législatif (comprendre le lobbyiste en chef) de la RIAA a annoncé que trois ou quatre services de P2P conclueraient des accords de distribution avec de grandes maisons de disque. A défaut d’être libertaire, le Cato Institute est un foyer de pensée libérale influant sur la maison blanche.

« La technologie P2P est formidable« , a confessé Mitch Glazier, sans oublier de préciser qu’il peut « être utilisé en bien ou utilisé en mal« . Et l’utiliser « en bien », c’est précisemment ce que semble en partie décidée à faire la RIAA. Glazier a ainsi indiqué à Wired que bien qu’il n’était pas certain que les consommateurs soient prêts à payer pour un service de P2P, plusieurs sociétés comme Wurld Media et Snowpack se préparent à tenter l’essai. En juillet dernier, la RIAA avait déjà cité des deux entreprises en exemple, ainsi que UniConnect Software, une société basée en Utah. Que des noms inconnus.

Pas question de faire affaire avec Sharman Networks (Kazaa), StreamCast (Morpheus), Limewire, MetaMachine (eDonkey), ou encore Manolito P2P (Piolet, Blubster…). Ils possèdent pourtant et de loin les réseaux les plus utilisés.

Les clients P2P annoncés par la RIAA seront certainement de simples services par abonnements où le téléchargement se limite aux fichiers injectés sur le réseau par l’éditeur et dont l’utilisation sera contrôlée par des DRM. La « portabilité » se limitant probablement à l’utilisation des formats WMA de Microsoft et éventuellement AAC d’Apple.

J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer

Derrière ce semblant d’esprit d’ouverture de la RIAA se cache en réalité le besoin de démontrer aux industriels et au monde politique que le projet de loi INDUCE qu’ils poussent au vote ne condamnerait pas l’ensemble du P2P et des technologies, mais seulement « les mauvaises ». Celles « utilisées en mal », pour reprendre la formule de Mitch Glazier.

L’INDUCE Act est aujourd’hui rangé dans les tablettes en attendant la prochaine session parlementaire américaine, mais si le projet se transformait en loi adoptée, le risque est de ne plus voir substister aux USA que les réseaux P2P « approved by RIAA ». La richesse culturelle et sociale amorcée aujourd’hui par les réseaux existants se verrait remplacée par le tout contrôle de l’industrie du divertissement sur ce qui peut et doit nous divertir.

Soyons toutefois sereins, les logiciels open-source tels que BitTorrent ou eMule ne seront jamais menacés par INDUCE, et les logiciels de la RIAA ne seront probablement jamais adoptés par le public. Les majors tentent actuellement de sauver les meubles mais il semble toujours de plus en plus clair qu’Internet heurte l’ensemble du phénomène de concentration des média, y compris dans le monde de la musique, où le mouvement de déconcentration se fera au profit des plus petits labels et des artistes alternatifs…

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