Lundi, nous publiions un article sur la prétendue instrumentalisation du Front National par les anti-Hadopi, et rapportions au passage la réaction de rédacteur en chef du site Internet de L’Express, qui nous avait profondément agacée. Eric Mettout avait brandi dans un même élan un communiqué de la ligue Odebi et un article de Numerama, pour donner raison à Frédéric Mitterrand qui s’était dit victime d’une cabale orchestreée par les opposants à la loi Hadopi. Or, rappelions-nous, notre tout premier article sur le sujet n’a été publié qu’après le point d’orgue de la polémique, en réaction à un détail de son intervention sur TF1. Nous reprochions alors à Eric Mettout de n’avoir su lire ni la date de l’article qu’il brandissait, ni surtout son contenu.

Eric Mettout a répondu dans les commentaires, et il nous semble que sa réponse mérite d’être mise en valeur :

« Savoir lire, savoir entendre ? A Arrêt sur Images, j’ai parlé de la ligue Odebi et n’ai cité Numérama que pour l’article, que je persiste à trouver tendancieux (pour ne pas dire pire), que vous avez publié sur « Mon copain Rachid ». Pourquoi tendancieux ? Parce que utiliser la vie privée, quoi qu’on en pense, d’un homme politique pour discréditer sa politique, quoi qu’on en pense également, est une pratique totalitaire. Les lois Loppsi et Hadopi sont suffisamment contestables, et discréditées, en elles-mêmes pour ne pas avoir à mettre ces textes en parallèle avec la vie passée du ministre qui les défend. C’est minable et dégueulasse. Aussi dégueulasse que de me faire passer pour un « relais » de Mitterrand. Question d’habitude ? PS : Odébi n’a pas instrumentalisé Marine Le Pen, c’est Marine Le Pen, grande spécialiste des pratiques totalitaires (et de plus en plus, grande spécialiste du Net), qui a instrumentalisé le Net. Et vous, Numérama, Odébi, les néo-puritains de la blogobulga, vous êtes engouffrés comme un seul homme dans la route qu’elle vous a indiquée. Et en plus, vous en êtes fiers. »

Mettons donc les choses au clair une dernière fois pour enterrer la hache de guerre.

Tout d’abord, l’article sur Mon Copain Rachid n’exploite pas la vie privée de Frédéric Mitterrand pour discréditer sa politique, pour deux raisons. La première, anecdotique, c’est qu’il est difficile d’évoquer le respect de la vie privée lorsqu’on parle de livres ou de films destinés au public. La seconde, beaucoup plus importante, c’est que ça n’est absolument pas la politique de Frédéric Mitterrand que nous cherchions à discréditer, mais celle de Michèle Alliot-Marie qui a porté le projet de loi Loppsi. Nous expliquions, et ré-expliquions encore, que si l’on appliquait cette politique au cas de Frédéric Mitterrand, Mon Copain Rachid risquait la censure, ce qui n’était à notre avis pas souhaitable.

Si ça n’est pas souhaitable, c’est justement parce que la loi Loppsi risque de faire tomber la société dans un « néo-puritanisme » redoutable, alors que le film n’avait pas choqué en son temps, mais qu’il choquerait probablement beaucoup plus aujourd’hui. Nous ne voulons pas d’une société civile qui se fasse juge à la place du juge. C’est une constante dans la ligne de pensée de Numerama : seule la justice peut dire ce qui est légal ou illégal, et la morale n’a pas sa place dans ce jugement. Donc dire aujourd’hui que Numerama fait partie des « néo-puritains de la blogobulga » est à tout le moins tiré par les cheveux.

Contrairement à la Ligue Odebi, dont nous n’avions d’ailleurs pas relayé le communiqué, nous estimons les attaques personnelles sur le ministre Frédéric Mitterrand déplacées. Nous préférons attaquer les idées lorsqu’elles nous semblent mauvaises, et nous placer dans une bataille d’arguments juridiques, économiques, sociologiques ou technologiques. Jamais, pas une seule fois, nous n’avons attaqué la personne, à travers sa vie privée, ses opinions (en dehors des sujets qui nous concernent), ou ses œuvres. Nous mettre sur le même plan que la Ligue Odebi dont nous réprouvons souvent les méthodes et le language (mais dont nous comprenons qu’ils puissent être employés par exaspération), c’est à la fois méprisant et insultant.

Enfin, nous n’avons jamais pensé une seule minute qu’Eric Mettout s’est fait consciemment le « relais » de Frédéric Mitterrand. Ce serait aussi faux et dégueulasse que de prétendre que Numerama s’est fait le relais des pensées du Front National.

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