C'est un coup dur porté à ceux qui espèrent voir se développer rapidement un standard ouvert pour la lecture des vidéos et de la musique sur les navigateurs Internet. Le Worldwide Web Consortium (W3C) a annoncé qu'il supprimait des spécifications du HTML 5 les clauses qui devaient désigner les codecs que doivent supporter les navigateurs internet. La guerre des formats va continuer jusqu'à ce qu'un standard s'impose de fait, ce qui pourra prendre de nombreuses années.

Alors que Firefox 3.5 a donné cette semaine le coup d’envoi aux services de musique et de vidéo en ligne affranchis du format Flash d’Adobe, grâce au support des balises video et audio du standard HTML 5, le W3C a annoncé dans le même temps qu’il renonçait à son souhait de recommander aux navigateurs de supporter en natif un codec particulier.

Ian Hickson, l’un des principaux auteurs du draft du HTML 5, a en effet indiqué mardi sur la mailinglist WHATWG qu’il supprimait les sections des spécifications qui auraient dû désigner les codecs que devaient supporter les navigateurs pour l’affichage de vidéos ou la lecture de sons sur le navigateur. Il estime qu’un consensus est impossible à trouver.

« Avec regrets je suis arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas de codec adapté que tous les éditeurs sont prêts à implanter et à livrer » avec leur navigateur, a ainsi expliqué Hickson. Il n’y aura pas de codec obligatoirement supporté, comme ça avait été le cas dans le passé avec les balises (pour les images), (pour les plugins) ou les polices de caractère.

La bataille se joue essentiellement entre l’Ogg Theora, soutenu par Mozilla/Firefox et Opera, et le H.264 soutenu par Apple avec Quicktime et son navigateur Safari. Ian Hickson a décrit l’absence de consensus en résumant la position des différents acteurs :

  • Apple refuse d’implémenter Ogg Theora dans Quicktime par défaut (tel qu’utilisé par Safari), en citant le manque de compatibilité matérielle et un paysage de brevets incertain ; (en principe l’Ogg n’a pas de technologie brevetée, mais certains n’excluent pas qu’une société se réveille un jour et brandisse un brevet sur une technologie employée par Ogg, ndlr)
  • Google a implémenté à la fois le H.264 et Ogg Theora dans Chrome, mais il ne peut pas fournir la licence du codec H.264 aux distributeurs tiers de Chromium, et ils ont indiqué qu’ils pensaient que la qualité par bit d’Ogg Theora n’est pas encore adaptée au volume géré par YouTube ;
  • Opera refuse d’implémenter le H.264, en citant le coût obscène pour obtenir les licences sur les brevets nécessaires ;
  • Mozilla refuse d’implémenter H.264, puisqu’ils ne pourraient pas obtenir une licence qui couvre leurs distributeurs tiers ;
  • Microsoft n’a pas encore fait de commentaire sur leur intention de supporter tout simplement la balise Hickson a finalement expliqué qu’il avait songé à imposer Ogg Theora dans les spécifications, puisque trois éditeurs ont accepté de l’implémenter, mais qu’il y a renoncé puisque ceux qui ont accepté (Mozilla, Opera, Google) le feront de toute façon, et que les autres (Apple et Microsoft) ne le feront pas quelles que soient les spécifications.

L’annonce et ces explications ont mis en colère certains des protagonistes, qui ne la comprennent pas. « C’est une tradition du HTML d’avoir des spécifications qui ne sont supportées que par un nombre limité d’éditeurs de navigateurs, et c’est seulement avec le temps qu’elles sont supportées par tous« , a ainsi rappelé Silvia Pfeiffer, une experte membre de la fondation Xiph.org qui gère le développement d’Ogg Theora.

« Par exemple, il a fallu combien de temps pour que tous les éditeurs de navigateurs acceptent le CSS2, et toutes les petites fonctionnalités du HTML4 comme le positionnement fixe ?« . « Nous ne sommes pas contents de la situation« , a secondé un ingénieur d’Apple. « Nous continuons à espérer que nous trouverons, à un moment donné, une solution qui fera consensus« .

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