La magistrature doute de l'application judiciaire de la loi Hadopi

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 11 Juin 2009 à 15h42 - posté dans Société 2.0

Christine Albanel, qui refuse d'abdiquer sur la loi Hadopi, a annoncé la création de neuf tribunaux de grande instance (TGI) en région chargés de juger les abonnés à Internet accusés du délit de défaut de surveillance de leur accès à Internet. Mais l'Union Syndicale des Magistrats (USM) estime que la ministre fait de l'affichage, et que la loi est désormais inapplicable.

En censurant le dispositif de la riposte graduée, le Conseil constitutionnel a donné au gouvernement trois possibilités : abandonner tout le dispositif et ne pas promulguer la loi, se contenter de l'aspect "pédagogique" du projet de loi avec des avertissements qui n'effrayent pas grand monde, ou donner aux juges le pouvoir de sanctionner les internautes. C'est cette dernière piste qui est pour le moment retenue par le gouvernement, à la demande de Nicolas Sarkozy.

Christine Albanel a ainsi fait savoir qu'elle entendait "compléter la loi" pour donner aux magistrats la possibilité de sanctionner le défaut de surveillance de l'accès à Internet, et annoncé la création de neuf TGI en région spécialisés dans ces dossiers. Mais interrogée par le Figaro, l'Union Syndicale des Magistrats (USM) doute beaucoup de la sincérité des déclarations de la ministre de la Culture.

"S'agit-il de créer des tribunaux spéciaux ou d'utilise les tribunaux existants, pour commencer ? Dans les deux cas, ce serait en théorie possible mais à un coût considérable", commente Laurent Bédoué, le secrétaire général de l'USM. "A moins de recruter massivement, je ne vois pas comment il serait possible de passer par des juges", dit-il.

De plus, comme le note avec perspicacité le Figaro, le Conseil constitutionnel ne s'est pas contenté de renvoyer au juge pour le plaisir. Il a rappelé que la présomption d'innocence était un principe fondamental du droit, et qu'il fallait donc démontrer la culpabilité de l'internaute accusé, et non lui donner à lui la responsabilité d'apporter les preuves de son innocence. "Cela signifie qu'il y aurait un travail d'investigation nécessaire, qui demanderait également des moyens policiers et d'enquête (...) Chistine Albanel a dit que le Conseil constitutionnel avait validé 90% du texte de loi, c'est peut-être vrai si on ne compte que les articles censurés, mais on pourrait dire aussi qu'il a censuré 90% de l'esprit de ce projet", tacle M. Bédoué.

"Christine Albanel fait de l'affichage. Le Conseil a censuré la base de son architecture, et le texte s'est effondré", estime le magistrat. La censure n'est "pas surprenante", ajoute-t-il, "tout le monde l'avait dit (....) le gouvernement aurait dû anticiper cette réaction".

Il faut se féliciter de cette prise de position de l'USM, mais aussi s'en étonner avec une naïveté feinte. Entre les deux lectures de l'Assemblée, Numerama avait en effet contacté à la fois l'USM et le Syndicat de la Magistrature (SM), pour leur demander leur position face à un texte qui privait les abonnés de la présomption d'innocence et des droits de la défense. "N'ayant pu cerner les éventuels problèmes posés par le texte, je ne peux vous apporter de réponses en dehors de considérations très générales", nous avait simplement répondu une porte-parole de l'USM. Après nos explications très complètes sur les points qui selon nous posaient problèmes, elle n'avait pas jugé utile de nous répondre. Pas plus que le SM, qui n'a jamais retourné nos appels ou nos mails.

Il a donc fallu attendre que le gouvernement ajoute à la surcharge de travail des magistrats pour que la magistrature s'émeuve du projet de loi. Un réflexe corporatif regrettable qui participe à la déliquescence des valeurs républicaines.

 
 
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Commentaires à propos de La magistrature doute de l'application judiciaire de la loi Hadopi
 

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It08
Le 11 Juin 2009 à 15h45
Nous ne voulons pas de leurs juges spécialisés, les mêmes qu'en Suède, où les juges sont aussi partie, par leur appartenance à des lobbys des droits d'auteurs.

Je suis désolé Mme Albanulle, mais faudra que ça passe par des juges indépendants.

It
Jardel
Le 11 Juin 2009 à 15h46
"délit de défaut de surveillance de leur accès à Internet" haha fallait l'inventer celui là!
Obelixator
Le 11 Juin 2009 à 15h51
Je me répète (je sais, honte à môa ^^), mais pour ceux qui ne les ont pas encore lu, je vous suggère (fortement ^^) deux analyses de "Juristes" sur le compte rendu du Conseil Constitutionnel :
http://maitre-eolas....memoriam-hadopi
http://dinersroom.eu...onstitutionnel/

Elles sont très proches l'une de l'autre, et mènent à la plupart des conclusions citées dans cet article . . .
Piratomane
Le 11 Juin 2009 à 15h54
Sérieux, y a vraiment besoin d'engorger un peu plus les tribunaux avec des affaires de droit d'auteur ?

Tout ce bordel est symptomatique d'une classe politique incapable de proposer des projets pour faire évoluer des acquis centenaires (droits d'auteur et voisins) en fonction des évolutions de la société (échanges numériques).

C'est triste.
tomy13
Le 11 Juin 2009 à 15h55
'Jardel', le 01/01/1970 - 01:00
"délit de défaut de surveillance de leur accès à Internet" haha fallait l'inventer celui là!

oui sur ! on veut savoir a qui revient les droits de hauteur
NoWay
Le 11 Juin 2009 à 15h56
Petit rappel de la conclusion de la décision du CC :
la commission de protection des droits ne peut prononcer les sanctions prévues par la loi déférée ; que seul un rôle préalable à une procédure judiciaire lui est confié ; que son intervention est justifiée par l'ampleur des contrefaçons commises au moyen d'internet et l'utilité, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, de limiter le nombre d'infractions dont l'autorité judiciaire sera saisie

Le CC est clair. HADOPI n'est pas là pour sanctionner, tout au contraire. Créer une juridiction spéciale pour contenir le flux des plaintes serait contraire à la décision du CC.
Mais, comme à son habitude, le gouvernement fait semblant de ne pas comprendre.
Sudisk
Le 11 Juin 2009 à 16h00
Pendant que la Garde des Sceaux sabre dans les tribunaux, la ministre de la Culture en rajoute. Quelle cohérence dans la politique du gouvernement!
Gwenladar
Le 11 Juin 2009 à 16h01
Petite remarque sur les prises de positions tardives de l'USM.

Ce sont avant tout des magistrats,qui agissent en fonctionde la loi. Ils ne peuvent prendre officielement position que sur le texte. Ils ont donc attendu qu il soit "definitif". Une reaction de magistrat quoi.
Officieusement plusieurs magistrats et avocats s etaient clairement positionné, de facon individuelle...
Djaibi
Le 11 Juin 2009 à 16h01
Je me demandais il se passe quoi si le gouvernement ignore le CC ?!
sebk
Le 11 Juin 2009 à 16h02
Albanel veut créer des tribunaux et Dati veux les fermer :-)
CounterFragger
Le 11 Juin 2009 à 16h03
Des tribunaux spéciaux ? Et puis quoi encore ! On ne va pas dépenser des millions dans la création de tribunaux inutiles pour le bon plaisir des majors ! Ca ne s'est jamais vu !
Darksol
Le 11 Juin 2009 à 16h06
""Christine Albanel fait de l'affichage. Le Conseil a censuré la base de son architecture, et le texte s'est effondré", estime le magistrat."
le titanic a coulé
Darksol
Le 11 Juin 2009 à 16h06
Je me demandais il se passe quoi si le gouvernement ignore le CC ?!

aie aie et aie
ikariya
Le 11 Juin 2009 à 16h07
de toute façon tribunal spécial ou pas ça change rien, c'est bien précisé, la charge de la preuve est à l'accusation, ça veut dire qu'il faut des perquisitions/saisies, et ça c'est out un travail, ça peut pas se faire à la chaine. Tout le principe de ce texte reposait sur une automatisation massive de la procédure, en faisant rentrer les forces de polices dans le processus le CC a tout foutu en l'air. Ils peuvent aussi bien changer Hadopi par TGI dans le texte que ça changerait rien ça resterait inapplicable à grande échelle.
Goldoark
Le 11 Juin 2009 à 16h07
Mme Michu va pouvoir continuer à dormir sur ses 2 oreilles (et cultiver sa cellulite en s'avachissant devant TF1...)
Otaku
Le 11 Juin 2009 à 16h09
@Kad à mon avis si ils l'ouvrent trop ils peuvent aussi les changer les magistrats.
politicomédie
Le 11 Juin 2009 à 16h09
Je me demandais il se passe quoi si le gouvernement ignore le CC ?!


Texte invalidé s'il y a ne serait ce qu'un extrait qui va à l'encontre de la décision du CC.
Darksol
Le 11 Juin 2009 à 16h10
@Kad à mon avis si ils l'ouvrent trop ils peuvent aussi les changer les magistrats.

allez on peut revenir aux cours martiales sous Vichy et les procès a la Dandin
Darksol
Le 11 Juin 2009 à 16h11
de toute façon tribunal spécial ou pas ça change rien, c'est bien précisé, la charge de la preuve est à l'accusation, ça veut dire qu'il faut des perquisitions/saisies, et ça c'est out un travail, ça peut pas se faire à la chaine. Tout le principe de ce texte reposait sur une automatisation massive de la procédure, en faisant rentrer les forces de polices dans le processus le CC a tout foutu en l'air. Ils peuvent aussi bien changer Hadopi par TGI dans le texte que ça changerait rien ça resterait inapplicable à grande échelle.

évidemment ils vont mettre des mois voir des années a comprendre
sparci95
Le 11 Juin 2009 à 16h19
Je suis pas sûr, non plus, que Sarko et son sex symbole de ministre de la justice, se soient fait que des copains dans le monde judiciaire.
Faut être gonflé de vouloir créer des tribunaux pour juger des gamins qui téléchargent des mp3 alors que l'on serre les boulons de la justice !
J'ai une idée, Madame Albanel, demandez au gouvernement le déblocage d'un gros budjet, afin de construire au plus vite suffisamment de prisons pour y enfermer les ados qui piratent la culture Française !

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