Exclusif : l'Hadopi ne collectera pas de preuve matérielle... pour l'instant

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 27 Mai 2009 à 15h11 - posté dans Société 2.0

Selon une communication du ministère de la Culture dont Numerama a pu prendre connaissance, il n'est pas prévu pour le moment que l'Hadopi s'assure avant un avertissement ou une sanction qu'un téléchargement illégal a bien été réalisé depuis l'adresse IP de l'abonné suspecté. Mais le ministère s'attend à devoir renforcer ses preuves, et peut-être à stocker une partie de chaque fichier illégal téléchargé avec chaque saisine. Ce qui risque de faire tomber la riposte graduée dans un gouffre financier.

La semaine dernière, Numerama a révélé en exclusivité le contenu des clauses administrative particulières (CCAP) et des clauses techniques particulières (CCTP) qui fixent le premier cahier des charges de l'Hadopi pour la passation du marché public. 

On apprenait alors que dans le schéma des processus généraux sous-tendant l'activité de l'HADOPI, une phase de "notarisation et d'échantillonnage" s'intercalait entre la phase de collecte de masse des adresses IP, réalisée en amont par les ayants droit, et la phase d'avertissement et de sanction, réalisée en aval par l'Hadopi (cliquez pour agrandir l'image) :

Comme nous l'avions expliqué, l'échantillonnage consiste à ne retenir que certaines des plaintes transmises à l'Hadopi, pour ne traiter que celles qui intéressent le plus l'administration. Nous avions ainsi découvert que l'Hadopi ne sanctionnera pas au hasard les abonnés à Internet, mais qu'un système d'algorithmes permettra de cibler en priorité les récidivistes potentiels, y compris peut-être d'après leur provenance géographique.

La phase de notarisation est tout aussi importante, voire plus encore. Selon le CCTP, elle "consiste à qualifier les données et enregistrer les éléments essentiels de la transaction chez un tiers de confiance", c'est-à-dire à enregistrer tous les éléments probants du téléchargement, ou plutôt de la mise à disposition d'un fichier protégé par le droit d'auteur. "Le contenu, l’origine, la date de réception, la clé d’identification de l’expéditeur et la destination du fichier constituent ces éléments essentiels", précisait le document. En cas de recours de l'abonné, ces éléments dupliqués sur des serveurs sécurisés devront constituer des preuves suffisantes, au risque d'annuler la procédure.

Mais elles ne seront pas suffisantes, et le ministère s'attend à être sanctionné sur ce point. Soit par le Conseil constitutionnel par une réserve d'interprétation, soit par la CNIL si elle renforce ses exigences lors de la révision des conditions de collecte des adresses IP d'internautes suspectés de téléchargement illégal.

En effet, Numerama a pu prendre connaissance d'une information complémentaire transmise par le ministère de la Culture à un candidat au marché public, qui s'interrogeait sur ce qu'il faut inclure dans le "contenu" à notariser. S'agit-il uniquement des éléments permettant d'identifier le contenu, ou du fichier illégal lui-même ?

"En principe", répond le ministère, "il s'agit seulement des éléments permettant d'identifier le contenu. Cependant, s'il s'avère que les nécessités de la procédure de recours rendaient obligatoire avec l'envoi de la saisine le transfert de "chunk" des fichiers téléchargés, il en serait fait mention dans le cahier des charges de réalisation du système cible".

Ce qui peut paraître un détail n'en est pas un. Selon toutes vraisemblances, les sociétés de collecte d'adresses IP employées par les ayants droit n'ont pas l'obligation d'initier le téléchargement d'un fichier illégal sur l'adresse IP repérée. Or l'on a vu par le passé qu'il est très facile d'injecter des adresses IP innocentes dans les réseaux P2P, et que le fait d'initier un téléchargement est le seul moyen de s'assurer de ne pas accuser à tort un abonné.

L'Hadopi ne laissant aucune place à la présomption d'innocence, il lui faut être sûre de la fiabilité des relevés d'adresses IP sur laquelle elle va baser ses avertissements et ses sanctions. D'où l'idée du ministère de prévoir, peut-être, si "les nécessités de la procédure de recours" l'exigent, l'obligation de joindre une partie du fichier mis à disposition par l'internaute (un "chunk") avec chaque saisine. En "notarisant" ce morceau de fichier, l'Hadopi garderait une preuve matérielle de l'infraction.

Au delà du problème juridique qu'une telle exigence risque de poser, le fait de télécharger et d'archiver systématiquement un "chunk" du fichier contrefait pose un problème pratique et économique certain. Selon les premières estimations de l'Hadopi, sans chunk, "le poids d'une saisine n'excède pas les 200 Ko". La collecte, également, reste peu coûteuse. Mais avec un chunk, la saisine va devenir obèse. Sur eDonkey/eMule, un chunk pèse en effet 9,5 Mo. C'est un coût de stockage considérable, avec l'objectif d'au moins 10.000 saisines traitées par jour. Mais c'est surtout un surcoût de collecte que ne pourront pas se permettre d'avoir les ayants droit, qui payent la facture de la délation des pirates.

L'impact d'une telle exigence sur le coût de la recherche des pirates serait donc "colossal", avait confié à Numerama l'expert Frédéric Aidouni, lui-même auteur d'un logiciel de collecte des adresse IP pour la gendarmerie. "Tout dépend du mode opératoire utilisé par les enquêteurs, mais de toutes les façons il convient de télécharger des contenus pour valider le constat d'infraction", prévenait-il. A défaut, il estime que les preuves ne sont pas suffisantes.

Par ailleurs, même les "éléments permettant d'identifier le contenu" dont se contente pour le moment le ministère semblent insuffisants.

Le CCTP précisait en effet que sur demande, les abonnés avertis ou sanctionnés par l'Hadopi pourront obtenir le nom des oeuvres téléchargées, leur nature (film, musique,..), la date du téléchargement, la taille des oeuvres, et les coordonnées de l'organisme d'ayants droit ayant saisi l'Hadopi. Mais il ne semble pas prévu de communiquer la signature numérique (le hash) du ou des fichiers contrefaits, qui est le seul élément technique permettant de s'assurer qu'un fichier contient bien le contenu suspecté. Il serait balo qu'un abonné soit sanctionné alors qu'il n'a téléchargé, par exemple, que la bande annonce d'un film.

 
 
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Commentaires à propos de Exclusif : l'Hadopi ne collectera pas de preuve matérielle... pour l'instant
 

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Biguanide
Le 27 Mai 2009 à 15h19
En gros, contester, contester, et encore contester!
c'est tellement irréalisable que c'en serait presque drôle
mcroz
Le 27 Mai 2009 à 15h20
la présomption d'innonce
innocence ?
rom1v
Le 27 Mai 2009 à 15h22
En plus je ne vois pas en quoi le fait de stocker un "chunk" prouve la culpabilité de l'internaute.
fourden
Le 27 Mai 2009 à 15h26
"Ce qui risque de faire tomber la riposte graduée dans un gouffre financier."

Wai ba qu'elle y tombe et qu'elle ne remonte pas lol
jbsorba
Le 27 Mai 2009 à 15h36
Sans compter que pour un même nom il peut y avoir x retour plus le fait de foutre un fichier dans une archive avec des fichier "four tout" pour créer un nouveau fichier etc. bref dur dur.

mais le plus dangereux dans arnaquedopi c'est que c'est un peut comme le fichier de la gestapo si ton nom ici adresse IP se trouve dedans t'est foutu.
ColdFire
Le 27 Mai 2009 à 15h39
Le plus drôle ce serait qu'ils soient obligés de s'aquiter de la taxe sur la copie privé pour stocker leurs soit-disantes preuves :D

On leur avait pourtant bien dit que ce serait un gouffre financier ! :)


ColdFire
sebk
Le 27 Mai 2009 à 15h39
Si je comprend bien c'est 9.5 Mo par fichier et donc par téléchargeur, ce qui fait 95 Go par jours pour les 10 000 saisines journalière soit presque 3 Téra par mois; et encore si on calcul sur la base de "10 000 avertissements + 3 000 lettres recommander + 1 000 déconnexions quotidienne" on arrive à 133 GO/jour et quasiment 4 Téra/mois!!!
FoxNomade
Le 27 Mai 2009 à 15h39
la présomption d'innonce
innocence ?

Ca change rien au final, pour Albanel et sa clique, "innocence" ne fait pas partie de l'Hadopi ni de son dico. Z'allez tous payer bande de pirates ! rhaaaa :D
fourden
Le 27 Mai 2009 à 15h41
'jbsorba', le 01/01/1970 - 01:00
si ton nom ici adresse IP se trouve dedans t'est foutu.



Il faut attendre la decision du CC, on est peut etre pas au bout d'une enieme surprise :jap:
bebox
Le 27 Mai 2009 à 15h41
"l'Hadopi ne collectera pas de preuve matérielle" en meme temps ils en ont pas besoin on est coupable par défaut ... et ils n'ont pas a en apporter la preuve alors pourquoi meme chercher des preuves ...

une idée qu'ils economisent et fassent du mailing ...
Darksol
Le 27 Mai 2009 à 15h41
et ca commence deja a tomber...
verovero
Le 27 Mai 2009 à 15h41
on oscille sans cesse entre plusieurs diagnostics : ou ils sont completement tarés, ou ils sont fous à lier, dans leur obsession de controler le pays à tous prix (au propre et au figuré).

Les 2, mon capitaine.

oui.
fourden
Le 27 Mai 2009 à 15h44
'sebk', le 01/01/1970 - 01:00
Si je comprend bien c'est 9.5 Mo par fichier et donc par téléchargeur, ce qui fait 95 Go par jours pour les 10 000 saisines journalière soit presque 3 Téra par mois; et encore si on calcul sur la base de "10 000 avertissements + 3 000 lettres recommander + 1 000 déconnexions quotidienne" on arrive à 133 GO/jour et quasiment 4 Téra/mois!!!


Il ne faut pas oublier que HADOPI a ete pondu par des gens ne connaissant rien à l'Internet ..... Mais bon je ne desespere pas de les voir realiser l'enormite de leur betise devant l'enorme enormite des chiffres :-p
jbsorba
Le 27 Mai 2009 à 15h46
'ColdFire', le 01/01/1970 - 01:00
Le plus drôle ce serait qu'ils soient obligés de s'aquiter de la taxe sur la copie privé pour stocker leurs soit-disantes preuves :D

On leur avait pourtant bien dit que ce serait un gouffre financier ! :)


ColdFire



A mon avis ils sont assujettit puisque cette "taxe" est une taxe aveugle.
fourden
Le 27 Mai 2009 à 15h53
'ColdFire', le 01/01/1970 - 01:00
Le plus drôle ce serait qu'ils soient obligés de s'aquiter de la taxe sur la copie privé pour stocker leurs soit-disantes preuves :D



Ils feront comme nous: ils commanderont chez Nierle :biggrinthumb:
Yakk
Le 27 Mai 2009 à 15h57
Moi, ce qui me préoccupe, c'est que même avec des preuves béton contre quelqu'un, il ne devrait en aucun cas être possible de faire l'économie d'un procès avec avocat de la défense. Le problème de l'HADOPI ne concerne pas seulement la pertinence des preuves mais son fonctionnement général qui tend à nous faire croire qu'il serait acceptable de se passer de procès équitable si des preuves béton existaient et accablaient le prévenu.
StoBoy
Le 27 Mai 2009 à 15h57
Si je comprend bien c'est 9.5 Mo par fichier et donc par téléchargeur, ce qui fait 95 Go par jours pour les 10 000 saisines journalière soit presque 3 Téra par mois; et encore si on calcul sur la base de "10 000 avertissements + 3 000 lettres recommander + 1 000 déconnexions quotidienne" on arrive à 133 GO/jour et quasiment 4 Téra/mois!!!


Il ne faut pas oublier que HADOPI a ete pondu par des gens ne connaissant rien à l'Internet ..... Mais bon je ne desespere pas de les voir realiser l'enormite de leur betise devant l'enorme enormite des chiffres

Au moins avec une consommation aussi forte de place DD, ils vont être capable de nous faire baisser les prix, rien qu'avec leur demande :D
Aldoo
Le 27 Mai 2009 à 15h58
Je ne vois pas trop ce que le hash prouverait, en fait. Si on peut envoyer des IPs innocentes, pourquoi celles-ci n'enverraient pas aussi les hashs des fichiers qu'elles sont censées mettre à disposition ?
Ces hashs sont en général une donnée publique. Mettre à disposition le hash, ce n'est pas mettre à disposition l'œuvre.

Ou alors je n'ai pas compris. Peut-être que ce qui est suggéré, c'est que la milice télécharge le fichier en entier, calcule son hash, et le joigne au dossier ? Télécharger le fichier en entier, là, ça devient carrément bourrin.
Marinella
Le 27 Mai 2009 à 16h01
Si je comprend bien c'est 9.5 Mo par fichier et donc par téléchargeur, ce qui fait 95 Go par jours pour les 10 000 saisines journalière soit presque 3 Téra par mois; et encore si on calcul sur la base de "10 000 avertissements + 3 000 lettres recommander + 1 000 déconnexions quotidienne" on arrive à 133 GO/jour et quasiment 4 Téra/mois!!!

oui et sans oublier qu'il doivent garder les preuve 6 mois 24 teras.
belle usine a gaz qu'il nous on pondu
brio
Le 27 Mai 2009 à 16h02
Bon, 4 To par mois, et alors ? Aujourd'hui, le Téra-octet de disque dur coûte moins de 100 euros. On est loin du gouffre financier avancé !

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