Alors que s'essayent en ce moment robes à paillettes Christian Dior et costumes Versace, la montée des marches de Cannes se fera dans l'inquiétude soulevée par les chiffres révélés par l'ALPA. L'Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle a révélé que 3 millions de français pirataient allègrement des films sur Internet. Va t-on bientôt pleurer la mort annoncée du Festival ?

Ahhhhh Cannes, quelle ville légendaire ! Sa mer bleue carressant le port habillé de filles dénudées, ses fantaisies luxurieuses que lui pardonnent les âmes les plus pures, et bien sûr, son festival, ses acteurs et ses producteurs. Cannes, la ville de tous les arts. Cette même Cannes qui en hiver reçoit les musiciens pour parler du développement de la musique et se réchauffe au printemps avec les cinéastes au son des projecteurs va t-elle, à l’image de ceux qui la peuplent ainsi pour quelques jours, perdre de sa magie en n’ayant que le mot « piratage » au bout des marches ?

« L’opinion doit comprendre ce message fondamental : le libertaire tue la liberté », indiquait ainsi Nicolas Seydoux, président de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), en marge des préparatifs du Festival de Cannes. Nous pourrions dire à l’inverse : « la liberté tue le libertaire ».

Car le libertaire a une raison d’être, la liberté. La quête de celui qui désire voir la culture librement diffusée dans le monde n’est pas de tuer l’industrie du cinéma ou du disque, mais de l’inciter à se prendre en compte l’évolution technologique pour proposer une nouvelle approche à l’art, y compris commerciale. La liberté ne veut pas dire la gratuité. Contrairement à l’anglais où les mots « libre » et « gratuit » ne font qu’un (free), le français a cette subtilité qu’il nous faut préserver.

Retour vers le futur

Trois millions d’internautes français avouent avoir déjà téléchargé des films gratuitement à partir d’Internet, et la majorité pensent – peut-être à raison, que c’est tout à fait légal pour un usage privé. En moyenne, ces internautes auraient gravé 26 DVD à partir de ces téléchargements (probablement des versions en DivX sur cdrom). Mais sur 11 films téléchargés en un mois, l’internaute moyen n’en regarde que 4,2. Et sur ces 4 films effectivement regardés, combien en aurait-il acheté ? Encore une fois, l’étude commandée par l’ALPA passe à côté de la vraie question.

Elle ne manque pas cependant de mettre en évidence que le secteur économique touché n’est pas le cinéma, celui que l’on fête normalement à Cannes depuis maintenant 57 éditions, mais celui de la vidéo, qui s’est considérablement développé quand le magnétoscope fut déclaré légal alors que l’industrie du cinéma souhaitait le voir banni.

L’histoire se répète ?

Rendez-vous dans 10 ans.

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