L'évolution du SMS arrive sur Android, d'abord en France et au Royaume-Uni. Google est en train de pousser le protocole RCS, qui offre de nombreux avantages par rapport au banal texto. Une sorte d'iMessage, en somme, mais le chiffrement en moins (pour l'instant).

Google donne un coup d’accélérateur au RCS (Rich Communication Service). Lundi 17 juin, la firme de Mountain View a annoncé à The Verge qu’il allait d’ici la fin du mois de juin se charger lui-même du déploiement de ce protocole, faute pour les opérateurs de s’en emparer et d’en faire un standard. La bascule vers RCS sera proposée directement dans l’application de messagerie Android.

RCS n’est pas une création de Google : cependant, l’entreprise américaine entend s’en servir pour faire évoluer le SMS, faute d’avoir réussi à imposer durablement son propre service de discussion malgré une cascade d’essais (Talk, Hangouts, Duo, Allo…). Usant de toute son influence, elle a rassemblé l’an passé une coalition de constructeurs et d’opérateurs (dont Orange en France) autour de ce projet.

Pas (encore) de chiffrement par défaut…

Pour le dire vite, RCS pourrait être l’occasion pour Android d’avoir enfin son équivalent à iMessage sur iOS, avec un déploiement par défaut sur tous les smartphones équipés du système d’exploitation de Google. Le protocole a toutefois encore quelques faiblesses : il ne gère pas pour l’instant le chiffrement de bout en bout, contrairement à iMessage et aux autres applications (WhatsApp, Signal…).

Seule la circulation du message bénéficie d’une protection (chiffrement en transit), ce qui évite les interceptions mais n’empêcheraient pas la lecture du contenu (sur le mobile ou en passant par les serveurs du service RCS). Dans le cas de Google, l’engagement est pris de supprimer les contenus RCS de ses serveurs dès qu’ils ont été délivrés au correspondant. Il n’y a pas de rétention, assure le groupe.

« Nous supprimons le message de notre service RCS dès que nous le transmettons à un utilisateur final », explique Sanaz Ahari, en charge du projet. « Si nous le conservons, c’est juste pour le transmettre lorsque cette personne se connecte ». RCS étant un protocole ouvert, l’emploi d’un autre service que Google peut être une alternative si cela constitue une crainte (en attendant le chiffrement de bout en bout).

SMS smiley émoticone
Le RCS, futur du SMS. // source : Christoph Scholz

…mais des atouts notables

Hormis ce point noir, qui est certes loin d’être anodin, le RCS présente une succession de points forts : conversations de groupe, transfert de fichiers, partage de sa géolocalisation, diffusion différée des messages, pause et reprise des téléchargements… autant de fonctionnalités que l’on retrouve certes déjà dans nombre d’applications dédiées, mais ici, le RCS a l’ambition d’être un standard succédant au SMS.

Autre atout à mettre au crédit du RCS, il ne fonctionne pas avec une autorité centrale : les smartphones se contactent directement entre eux, sans passer par une base de données particulière, à la différence par exemple d’Apple, qui se sert d’un service d’identification (Apple Identity Service) pour savoir si le correspondant avec qui vous discutez a aussi iMessage.

Il intègre de nombreuses fonctionnalités figurant dans les applications de messagerie, il est adoptable par n’importe qui et Google n’entend jouer qu’un rôle d’accélérateur : si votre opérateurs gère lui-même le RCS, Google le laissera s’occuper d’acheminer vos messages et de recevoir les réponses (ce qui ne règle cependant pas la question de la confidentialité des échanges.

Bref, par rapport au SMS classique, le RCS apparaît clairement comme un texto évolué

Et le RCS par Apple ?

Concernant la firme de Cupertino, il faudra observer dans les mois et les années à venir son attitude à l’égard du RCS : si l’entreprise américaine a effectivement iMessage pour les échanges entre les terminaux de la marque à la pomme, le RCS est un très bon candidat pour améliorer et enrichir les discussions entre des terminaux Android et iOS (sauf à passer par WhatsApp, par exemple).

Ce qui est sûr, c’est qu’Apple ne va vraisemblablement pas abandonner iMessage au profit du RCS si celui-ci n’atteint pas le même degré d’exigence quant à la qualité de service et à certaines de ses spécificités comme le chiffrement de bout en bout… ou l’App Store pour iMessage. Ce serait sinon un recul terrible à l’heure où, justement, le secret des correspondances est un élément décisif dans le choix de sa messagerie.

En termes de déploiement, une fois n’est pas coutume, la France et le Royaume-Uni vont être servis en premiers d’ici la fin du mois de juin 2019. Pour les usagers d’Android se trouvant dans d’autres pays, aucun calendrier n’est pour l’instant avancé par la firme de Mountain View. Peut-être guette-t-elle déjà ce qui va se passer sur ces deux marchés avant de déployer plus largement le RCS ?

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