Paris et Ottawa entendent travailler de concert sur l'intelligence artificielle. Les deux pays lancent un groupe international d’experts en IA, qui devra être en quelque sorte l'équivalent du GIEC dans cette discipline.

Comme il existe le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il va y avoir aussi le « GIEC de l’intelligence artificielle ». À la manœuvre, on retrouve deux pays, la France et le Canada. Les deux nations ont en effet annoncé le jeudi 6 décembre la création d’un Groupe International d’experts en Intelligence Artificielle (G2IA), qui aura pour mission de réfléchir aux enjeux de cette discipline.

Le G2IA, est-il annoncé, « soutiendra et guidera l’adoption responsable de l’IA, axée sur le respect des droits de la personne, l’inclusion, la diversité, l’innovation et la croissance économique. Il aura également pour mandat de faciliter la collaboration, sur la scène internationale, entre la communauté scientifique, l’industrie, la société civile les organisations internationales concernées et les gouvernements. »

Communauté de vue et d’intérêt

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, la France a choisi de travailler en étroite collaboration avec des pays qui partagent déjà peu ou prou les mêmes vues sur son développement. C’est le cas de l’Allemagne au niveau européen. Et dans le reste du monde, un rapprochement est visible avec le Canada, en témoignent les discours successifs prononcés par Emmanuel Macron cette année.

Lors du sommet du G7 au Québec, le chef de l’État a ainsi évoqué une « communauté de vue et d’intérêt » dans ce domaine et une « volonté d’accélérer l’innovation et la création de transformation liée à l’intelligence artificielle ». La création de ce G2IA, annoncée lors de la conférence multipartite du G7 sur l’IA qui avait lieu à Montréal, au Québec, est la traduction d’engagements précédents.

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Jeux d’eau et de lumière. // Source : Jamie McCaffrey

Le GIEC de l’IA

En effet, lors de ce même sommet du G7, Emmanuel Macron évoquait « une grande initiative » entre les deux pays afin de « mettre en place [un] groupe de très haut niveau indépendant » pour réfléchir aux enjeux éthiques, de protection de la vie privée et de la préservation du bien commun. Et ainsi aboutir à une IA « qui se développe en protégeant les intérêts de tous et les valeurs fondamentales ».

Ce groupe, auquel le président de la République a fait référence dans son discours lors du forum sur la gouvernance de l’internet à l’UNESCO, doit permettre « d’organiser le débat, de donner un cadre aux évolutions technologiques et scientifiques de manière crédible et efficace, mais surtout en étant sensible à la confiance démocratique que ces avancées requièrent ».

Et à deux reprises, le chef de l’État a comparé ce projet au GIEC en lui souhaitant d’avoir la même ampleur.

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Emmanuel Macron // Source : Aron Urb

Consensus à trouver au G7

L’annonce du 6 décembre ne dit pas autre chose : il s’agit pour le G2IA de devenir « une référence internationale  » dans le domaine de la recherche en IA. Et dans un premier temps, c’est au niveau du G7 qu’une recherche de consensus sera effectuée, car ses membres comptent des pays très en avance sur l’IA, à l’image des États-Unis, de l’Allemagne, du Japon et du Royaume-Uni.

Les travaux démarrés cette année, notamment AI For Humanity, se poursuivront l’an prochain. La France présidera en 2019 le sommet du G7. Il est d’ores et déjà prévu de prolonger les travaux sur ce G2IA, avec, notamment, une « grande conférence scientifique visant à établir un premier consensus scientifique sur les enjeux de l’IA ». Le Canada sera étroitement associé.

AI For Humanity. // Source : Mission Villani

Arrimer les autres pays

À moyen terme, il faudra aussi que ce travail aille au-delà des pays du G7. Le GIEC réunit en effet 195 membres, soit presque tous les pays du monde. Or, l’intelligence artificielle est un sujet qui concerne ou va concerner l’ensemble des États. Et dans le monde, il y a déjà des pays qui sont très en pointe sur ce sujet (comme Israël) ou qui semblent prendre une voie assez différente de l’occident (comme la Russie ou la Chine).

C’est ce que suggérait Emmanuel Macron en filigrane, en mentionnant le cas de la Chine. « Nous n’avons pas les mêmes préférences démocratiques, nous n’avons pas les mêmes références culturelles sur tous les sujets, nous n’avons pas le même lien aux libertés individuelles », a-t-il déclaré, notant que « les grands acteurs de l’IA  sont tenus par le gouvernement ».

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