Avant le CES, les constructeurs enchaînent les conférences pour présenter leurs gammes à venir. La conférence de LG était loin d'être une réussite -- ni sur le plan technologique, ni sur le plan éthique.

« … and of course, Artificial Intelligence  ». La première phrase du directeur technique de LG, sur la scène de la conférence introductive du CES, ne pouvait pas se terminer sans le mot à la mode de l’année (et des années à venir). C’était dit dès l’introduction : « l’intelligence artificielle » serait le fil conducteur de la gamme LG pour 2018. Il fallait bien entendu comprendre quelque chose de bien plus simple que la machine devenue consciente : on parlait ici d’automatisation plus ou moins complexe de tâches ou de processus déclenchés à la voix.

Mais quoi que puisse représenter ce mot, il est clair que LG l’a converti à toutes les sauces : un robot au centre de la domotique de maison assure la liaison entre tous les appareils électroménagers, du lave-vaisselle à la machine à laver le linge, en passant par le four, le frigo ou la machine à « défroisser ». La plateforme est propriétaire, se nomme ThinQ et peut être utilisée avec les principaux assistants disponibles sur le marché (Alexa et Google), qui équipent d’autres éléments de la maison LG, comme les téléviseurs. Le petit robot, ou plutôt, une enceinte connectée avec une tablette en guise d’yeux, a la charge de déclencher et d’harmoniser l’ensemble. Elle se nomme CLOi.

ThinQ, la domotique qui marche quand elle veut

Ne soyons pas mauvaises langues : pour les personnes aisées (les produits sont chers), la promesse de LG tient la route. Imaginez un monde où toutes les tâches ménagères se préprogramment sans votre aide, du frigo qui envoie une liste de courses au four qui se préchauffe à la bonne température pour un plat au lave-linge qui sait lancer un programme en ayant regardé sur votre agenda ce que vous avez fait — et donc porté — dans la journée.

Mais la conférence donnée par LG au CES montrait déjà, tragiquement, les limites de ce système dans sa phase actuelle, le tout teinté par une vision de l’électroménager tout droit sortie des pires moments de la communication de cette industrie.

Sur scène, le petit robot n’a pas été docile comme le présentateur aurait aimé qu’il le soit. À trois reprises, sur trois expériences différentes, CLOi n’a tout simplement pas fonctionné. Le robot n’a pas répondu et l’action ne s’est pas déclenchée. Et l’orateur de poursuivre sur son speech presque ironique, « La maison connectée est le futur !  ». Applaudissements des employés.

Sur scène, la maison connectée a perdu tout son intérêt en trois actes. Elle n’a pas répondu aux commandes, n’a pas déclenché les actions et n’a donc pas non plus lancé la chaîne de commandes qui aurait permis à la maison de se configurer et se servir le mâle.

Oui, le mâle. La maison connectée est vendue comme le robot cuiseur des années 1970, avec toute la dose de sexisme qu’il faut. L’électroménager par LG, c’est principalement pour aider l’archétype de la « femme au foyer » à avoir plus de temps pour faire plus de choses (d’autres tâches ménagères que les robots ne peuvent pas accomplir par exemple).

Pour LG, même les démonstrations utilisant des IA de type Google Home respectent ce schéma : monsieur est devant la télé, madame prépare sa valise et demande si elle doit lui mettre une veste dedans. Monsieur demande à Google Assistant s’il fait beau en Chine et répond à madame qui n’est pas incluse dans la technologie. Monsieur, lui, ne va même pas se lever de son canapé. Vous vous doutez bien que le robot CLOi est genré  : c’est une femme, avec un prénom de femme et une voix de femme qui répond aux injonctions des hommes. Il n’y avait, évidemment, pas une seule femme sur scène pour présenter ces innovations.

On se retrouve donc avec une suite logicielle et matérielle qui cumule les défauts de la jeunesse, une utilité qu’on ne saisit pas immédiatement (et si votre machine à laver s’est programmée pour vos vêtements de sport mais que vous vouliez faire une autre machine avant ? Et si vous mettez plus qu’un jogging et un maillot de sport dans une machine quand vous décidez de la lancer ?) et une communication sexiste très marquée, pour des produits très onéreux.

LG a un an pour ajuster le tir

En d’autres termes, la domotique par LG n’est pas entrée en 2018 avec les meilleures intentions ni les meilleures prestations : le constructeur a un an pour ajuster le tir et nous convaincre.

Partager sur les réseaux sociaux