Victimes d’un imbroglio financier entre le fabricant La Crosse Technology et le repreneur de son réseau radio, les célèbres stations « Star Météo » ne recevront plus jamais les prévisions de Météo-France. Un arrêt brutal et définitif qui laisse des centaines de milliers d’appareils sur le carreau.

C’est l’histoire de plusieurs appareils connectés qui ne le sont plus. Pour celles et ceux qui possèdent une station météo La Crosse Technology de la gamme Star Météo (références WD XXXX), vous avez certainement constaté que les prévisions de Météo-France ont brutalement disparu de l’écran. Une panne ? Non. Mais un « arrêt total et définitif » de la liaison.

Cette interruption de l’affichage a été confirmée dans un communiqué officiel du fabricant le 1er juin 2026, après quelques semaines de flottement. Les flux de données ne reviendront pas sur ces stations météo, non pas en raison d’une obsolescence technologique, mais à cause d’une pagaille industrielle et commerciale entre La Crosse Technology et ses (ex)-partenaires.

Le réseau Tatoo des années 90 au cœur du système

Rappel des faits. Ces stations Star Météo, vendues de 2007 à 2021, avaient pour particularité de recevoir gratuitement les prévisions de Météo-France, réactualisées toutes les six heures, et par département. Plus remarquable encore, cela se faisait sans connexion Internet, et donc sans Wi-Fi. Tout passait par un réseau de diffusion radiomessagerie.

Comme le rappelle Le Figaro, qui avait eu vent des dysfonctionnements de ces appareils après l’apparition de témoignages de mécontentement, toute l’astuce résidait dans l’utilisation de l’ancien réseau de radiomessagerie des pagers Tatoo, populaires dans les années 1990. Ce système, exploité d’abord par France Télécom, a été repris par la société e*Message France au début des années 2000.

Une faillite et un conflit à « zéro euro »

Problème : e*Message France a été placée en liquidation judiciaire en début d’année 2026. Elle a cependant été récupérée par le groupe Assman, mais la diffusion des données n’a pas survécu au-delà de la mi-mai, moment à partir duquel les premières interruptions d’informations ont été remontées par la clientèle.

Problème additionnel, admis par La Crosse Technology : « Nous n’avons jamais eu de relation contractuelle ni aucun lien commercial direct » avec la société e*Message France. Résultat : Assman, après la reprise, ne s’est pas du tout senti dans l’obligation de maintenir un service gratuit qui n’était pas régi par le moindre accord.

C’est ce qu’a déclaré son PDG au Figaro : nous avons « reçu zéro euro pour la diffusion de ces messages » et n’avons « rien vendu et rien perçu de la part de ces acteurs historiques », avant de rappeler n’avoir « pas d’obligation de quoi que ce soit sur les services ». Or, a-t-il ajouté, face à un réseau télécom lourd et coûteux à entretenir, le repreneur a préféré couper le signal.

Une station météo La Crosse Technology. // Source : La Crosse Technology
Une station météo La Crosse Technology. // Source : La Crosse Technology

De son côté, La Crosse Technology affirme avoir « immédiatement saisi notre partenaire afin de comprendre et trouver une solution de continuité et ainsi identifier le repreneur du réseau de radiomessagerie », peu après la liquidation et la reprise par un autre opérateur. Et la société affirme avoir été placée devant le fait accompli, sans pouvoir faire grand-chose.

Ainsi, la diffusion a cessé « brutalement et sans préavis », plaçant La Crosse Technology « face à une rupture soudaine des transmissions sur laquelle elle n’avait aucun contrôle ni aucune prise ». Des démarches de médiation ont certes été entreprises, affirme le groupe, mais sans être concluantes — la communication étant décrite comme « particulièrement difficile ».

Tout cet imbroglio juridique et commercial explique la raison pour laquelle « nous n’avons pas été en mesure de diffuser plus tôt une information certaine et vérifiée », affirme La Crosse Technology dans son communiqué. D’après la firme, ce n’est que le 29 mai que l’autre partie a confirmé que l’arrêt de la transmission était bien définitif.

Quel avenir (et quels recours) pour les boîtiers ?

Sur le plan matériel, les boîtiers restent intacts et ne sont pas hors d’usage. L’heure, le taux d’humidité et les températures continuent de s’afficher. Il n’y a que les prévisions météo qui manquent à l’appel. Un manque crucial, note cependant La Tribune, car c’était un atout clé de la station et un fort argument de vente grâce aux modèles de Météo-France.

L’affaire a cependant conduit La Crosse Technology à proposer à ses clients deux solutions d’accompagnement, qui n’engagent la société à rien :

  • Appareils sous garantie : la commercialisation officielle ayant cessé en 2021 (les ventes postérieures venant de stocks résiduels), le fabricant se dédouane et renvoie les rares clients concernés vers leur vendeur initial.
  • Appareils hors garantie : la marque invite à contacter son service client pour basculer vers une nouvelle génération de récepteurs fonctionnant en Wi-Fi… mais l’achat reste entièrement à la charge de l’utilisateur.

En clair, la clientèle doit contacter soit une entreprise tierce soit acheter un nouvel appareil La Crosse Technology.

Selon Le Journal du Net, une troisième voie pourrait cependant être explorée : celle du recours judiciaire.

Pour l’avocat Grégory Rouland, spécialisé dans le droit de la consommation, la déresponsabilisation du groupe est contestable. L’angle d’attaque ? Une possible pratique trompeuse, en ne signalant pas que le service dépendait d’un sous-traitant, ce qui serait un défaut d’information. Autre piste : une non-conformité, faute pour la station de recevoir des données indispensables.

En attendant d’éventuelles actions de consommateurs, le gâchis matériel reste entier. Pour celles et ceux qui voudraient éventuellement s’en séparer, La Crosse Technology rappelle simplement que ces produits sont « conçus pour être collectés et recyclés » en fin de vie. Et pour certains, il n’est d’ores et déjà plus question de reprendre un produit similaire.

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