Il est une véritable vigie des phénomènes les plus violents de l’Univers. Lancé en 2004 et placé en orbite terrestre basse, le télescope spatial Swift se focalise depuis plus de vingt ans sur les puissants sursauts gamma, qui fascinent autant qu’ils intriguent les astronomes – car ces manifestations brutales sont encore mal connues, même si des pistes d’explication existent.
Hélas, Swift (de son nom complet Neil Gehrels Swift Observatory) est en difficulté : il est en train de perdre la bataille contre l’atmosphère terrestre. En clair, son altitude diminue petit à petit. Compte tenu de sa vitesse autour de la Terre, et de l’atmosphère qui se densifie à mesure qu’il chute, la friction de l’air risque de le consumer et, in fine, de le désagréger.
C’est dans ce contexte qu’une véritable mission de secours a été mise sur pied pour le remonter à une orbite plus sûre. Il y a en effet urgence, car Swift est beaucoup descendu. À l’origine, il évoluait à une altitude comprise entre 585 et 604 km. Aujourd’hui, il se trouve entre 373 et 378 km. La situation est donc critique et commande d’agir rapidement.

« Une récente poussée d’activité solaire a amplifié cet effet sur Swift, et son orbite s’est abaissée plus rapidement que prévu », a noté d’ailleurs la NASA le 15 juin 2026. Et si Swift a bien servi, grâce à une longévité épatante (la mission était planifiée pour deux ans ; elle a donc gagné dix-neuf ans de plus), pas question pour autant de s’en séparer maintenant.
Et justement, l’opération de sauvetage est presque prête à partir. Sous l’égide de l’agence spatiale américaine (NASA), la société Katalyst Space a mis au point un vaisseau robotisé qui sera lancé depuis un avion de type Lockheed L-1011 TriStar (« Stargazer »), via une fusée Pegasus XL de Northrop Grumman attachée sous la carlingue.
Un remorqueur à bras robotisés pour un satellite pas pensé pour être remorqué
Ce véhicule de service robotisé, baptisé Link, a été développé dans un calendrier serré. La NASA a accordé un contrat de 30 millions de dollars à Katalyst Space en septembre 2025, laissant à peine neuf mois à l’entreprise pour concevoir, assembler et tester la sonde, même si la société avait déjà une base conceptuelle depuis l’été 2025.
Toujours est-il qu’en moins d’un an, on en est déjà quasiment à la phase de déploiement. Le défi technique reste de taille : Swift n’a évidemment jamais été conçu pour être capturé ou manipulé dans l’espace. Heureusement, Link aura à sa disposition trois bras robotisés qui captureront aussi délicatement que possible le télescope, après une inspection visuelle.

Ensuite, Link effectuera une poussée progressive, sur plusieurs mois, pour ramener l’observatoire sur une orbite proche de son orbite d’origine. Cela se fera au moyen de trois propulseurs ioniques. Le challenge sera bien sûr de ne pas abîmer Swift lors du contact et de la poussée – les bras devront ne pas toucher autre chose que son enveloppe métallique.
Précédemment, la NASA a pris plusieurs dispositions en amont de l’arrivée de Swift. La majorité des observations scientifiques de Swift est suspendue depuis quelques semaines et les contrôleurs ont modifié son orientation de manière à réduire la surface exposée au flux d’air, pour ralentir sa chute. S’il descend trop, même le sauvetage pourrait devenir illusoire.
Une mise en orbite express par lancement aéroporté
Le sauvetage d’un satellite est déjà en soi un évènement suffisamment rare pour être souligné. Cependant, l’autre originalité de cette opération réside dans la méthode de lancement de Link. En effet, au lieu de décoller depuis un pas de tir classique au sol, la fusée Pegasus XL de Northrop Grumman sera larguée directement en plein vol depuis l’avion de ligne.
La chorégraphie promet d’être à la fois spectaculaire et très rapide. C’est ce que montre une infographie de Northrop Grumman partagée le 11 juin 2026. En moins de 13 minutes, la fusée sera larguée par l’avion Stargazer à près de 12,6 km d’altitude. Cinq secondes plus tard, son premier étage va s’allumer puis, après 90 secondes, le second s’enclenchera.

À 137 secondes, la coiffe protégeant Link sera éjectée, car la densité atmosphérique ne sera plus un problème pour le véhicule. Après six minutes, le troisième étage de la fusée entrera en action et, à 12 minutes 44 secondes, celui-ci s’éteindra et la charge utile sera enfin libérée. C’est là que la deuxième phase de la mission débutera.
À environ 362,7 kilomètres, Link entamera alors sa navigation autonome vers sa cible.
En cas de réussite, la promesse d’une durée de vie allongée pour Swift
L’avion Stargazer et le lanceur ont déjà été acheminés vers l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, dans la zone du Pacifique Sud choisie pour le décollage à la fin du mois de juin 2026. Si toute l’opération marche, on estime que Swift pourrait voir sa carrière opérationnelle être prolongée d’au moins dix ans, sauf pépin inattendu.
Au-delà de la survie de Swift, l’enjeu industriel est majeur. Si l’opération réussit, elle constituera l’une des premières tentatives de sauvetage commercial d’un satellite scientifique institutionnel en fin de vie. Pour la NASA, cela validerait à grande échelle les technologies de maintenance orbitale, ouvrant la voie à une prolongation systématique de la durée de vie des instruments scientifiques grâce à des partenaires privés.
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