Avant de crever l'écran avec Blade Runner 2049, Denis Villeneuve questionnait sur les peurs intimes avec le film Enemy. Même s'il n'est pas son film le plus accessible, voici quelques raisons de le découvrir.

On parie que vous n’avez pas vu… est un rendez-vous imaginé par la rédaction de Numerama pour vous proposer des films méconnus ou moins évidents que les chefs d’œuvre de leurs réalisateurs et réalisatrices.

En 2013, bien avant Blade Runner 2049, Denis Villeneuve n’était pas encore tout à fait le réalisateur bankable d’aujourd’hui. Il avait déjà des films marquants à son actif — notamment Incendies et Prisoners — mais il lui manquait encore ce blockbuster à même de lui ouvrir grand les portes d’Hollywood. Enemy, qu’il définit comme son œuvre la plus personnelle, n’est pas ce film-là. Il s’agit de l’adaptation du roman L’Autre comme moi, dans laquelle Jake Gyllenhaal — et le spectateur avec lui — voit double.

Pour ainsi dire, Enemy est loin d’être le film le plus abordable de Denis Villeneuve. Cryptique et nourri par du sous-texte mêlant la réalité au subconscient d’un héros perdu, le long métrage est un casse-tête mental imbibé d’une atmosphère inquiétante. Les peurs les plus simples y sont illustrées par des araignées (oui, oui), se cristallisent et forment un boulet difficile à traîner.

Film personnel

Enfermé dans un quotidien qui le consume à cause de routines qui se répètent inlassablement, jusque dans ses ébats avec sa petite amie (Mélanie Laurent), un professeur d’histoire tombe sur son double parfait dans un film quelconque. Désireux d’en savoir plus sur l’identité de cet acteur qui a l’air d’être bien plus qu’un sosie, il va essayer d’entrer en contact avec lui, quitte à remettre en cause toute son existence.

Si Enemy est assurément un thriller schizophrène, il ne traite pas le moins du monde de la pathologie mentale. En simplifiant sans trop en dévoiler, Jake Gyllenhaal y incarne un personnage paranoïaque, terrifié à l’idée de s’engager avec quelqu’un du monde extérieur et sans cesse tenté par ses démons intérieurs omniprésents.

Enemy // Source : Condor Entertainment

Pour Denis Villeneuve, c’est une métaphore de ce qu’il vit, lui, au quotidien. Dans une interview accordée à BlackBook le 13 mars 2014, il expliquait ceci : « J’ai toujours été attiré par les histoires et les sujets qui m’effraient, et parmi mes plus grandes peurs, il y a le sentiment d’être emprisonné dans une routine et cette idée de répéter encore et encore la même erreur. »

Esthétiquement, le film prend une orientation étouffante et dépressive, comme s’il n’y avait pas de réelle échappatoire. Condamné par son introspection et sa crise existentielle, Jake Gyllenhaal, d’une justesse époustouflante dans sa double interprétation, n’essaie même pas d’appeler au secours.

Denis Villeneuve a construit Enemy comme un puzzle

Denis Villeneuve a donc construit Enemy comme un puzzle que les spectateurs doivent assembler au moyen des pièces, ou plutôt les indices, mis à leur disposition. Une posture qu’il assume : « J’aime laisser à l’audience la liberté d’interprétation car, selon moi, le plaisir d’Enemy tient dans son énigme », déclarait-il, toujours dans cette interview réalisée en 2014.

À ses yeux, Enemy est un jeu où la réalité se confond avec les fantasmes, les projections et les questionnements d’un héros angoissé et en pleine crise identitaire, où le faux et le vrai s’entremêlent autour d’une vérité à fuir. Jusqu’à un final qui risque d’en laisser plus d’un circonspect. Sans aucun doute, Enemy est un film à voir plusieurs fois pour tout comprendre de sa substance. Et, plus important encore, un film à voir. Tout court. 

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