Auditionné par le Sénat, Maxime Saada a confirmé que la plateforme de SVOD CanalPlay avait perdu 75% de ses abonnés en deux ans. Selon lui, c'est avant tout la faute de l'Autorité de la Concurrence.

« CanalPlay est passé de 800 000 à 200 000 abonnés (…) En deux ans, on a été rayés de la carte sur ce marché, qui est en train de se substituer à la télévision », a affirmé Maxime Saada, devenu président du directoire du groupe Canal Plus en avril dernier. Le numéro 1 du groupe était auditionné ce mercredi 27 juin 2018 par la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat.

« C’est terminé pour CanalPlay  », assène-t-il, affirmant que la bataille pour le marché de la vidéo à la demande par abonnement (SVOD) a été remportée par Netflix. Son objectif : faire comprendre que CanalPlay a perdu la bataille à cause des contraintes imposées par l’Autorité de la Concurrence, qui leur «  interdit d’avoir des exclusivités, face à Amazon et Netflix ».

Maxime Saada au Sénat. Capture d’écran.

« On nous l’a tué »

En résumé, cette décision empêchait par exemple CanalPlay de proposer certains contenus uniquement disponibles sur sa plateforme… même des séries diffusées par Canal+, comme les Revenants. Un problème, lorsque l’on sait que les autres acteurs de la SVOD cherchent à se démarquer de plus en plus grâce à du contenu original. «  Même avec les fictions françaises, Netflix n’a pas les règles que nous nous imposons », a-t-il insisté. Si cette contrainte a depuis été levée en juin 2017, Maxime Saada affirme qu’il est désormais « trop tard ».

Les chiffres parlent en effet d’eux mêmes : l’Express a récemment rapporté qu’en un an, CanalPlay a gagné… 20 000 abonnés en France entre 2016 et 2017. Un nombre dérisoire lorsque l’on considère l’ascension fulgurante de Netflix dans l’hexagone, à qui Libération a récemment crédité 3,5 millions d’abonnés.

Salto.fr comme complément, pas comme concurrent

La plateforme de SVOD de Canal+ avait d’abord résisté à l’assaut de Netflix en France, gagnant 180 000 abonnés un an après l’arrivée de la plateforme américaine en septembre 2014. Mais les statistiques se sont écroulées ces dernières années, le géant Netflix gagnant notamment en popularité grâce à ses contenus originaux.

Concernant la possibilité de construire un sérieux « concurrent à Netflix », Saada monte dans les tours, et insiste : « On l’avait : CanalPlay. On nous l’a tué. » Selon lui, Salto.fr, la proposition commune de France Télévisions, TF1 et M6 annoncée le 15 juin 2018, est une initiative louable, mais n’est pas une option crédible, rien qu’au vu des investissements : 45 millions pour Salto.fr, des milliards par an pour Netflix. Ce qui souligne paradoxalement qu’il n’y a pas que les décisions de l’Autorité de la Concurrence qui jouent, mais aussi la capacité d’investissement des acteurs français, dépassés par les milliards américains.

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