« Silicon Valley » et « Future Man » nous parlent de jeunes hommes paumés et loser. Toutes les deux, elles empruntent à nos références « geek » pour tisser leur toile humoristique. Néanmoins, leur démarche artistique pour aborder ce sujet est bien différente. 

Josh Futureman est technicien de surface dans un laboratoire qui tente de trouver un remède contre l’herpès. Ses parents ont beau lui répéter que dans la vie tout est possible, il n’a d’autres choix que de jouer, frénétiquement, aux jeux vidéo pour vivre par procuration un destin dont il pourrait être fier. Richard Hendricks n’est pas tout à fait de la même espèce : génie dénué de bon sens, il est un homme qui ne cesse de refuser le destin auquel il est appelé.

Future Man

Mais l’un comme l’autre, dans leurs séries comiques respectives, Future Man et Silicon Valley, ils tentent de nous dire quelque chose de notre rapport à l’âge adulte.

L’une, Future Man, va débuter sur Hulu — puis retransmise sur OCS — dès le 18 mars au rythme de deux épisodes par soir, l’autre, Silicon Valley, revient pour sa cinquième saison le 26 mars prochain, sur OCS également. Malgré les apparences geek de l’une et de l’autre, et leur format court, elles donnent à voir deux appropriations très différentes d’un univers et incarnent deux démarches pour retranscrire la société numérique d’un bout à l’autre du spectre.

Silicon Valley, saison 5

La « Veep-isation  » de Silicon Valley

Cette année, Silicon Valley passe l’épreuve du feu. Après quatre saisons, inégales, mais saluées, la série a perdu un de ses personnages principaux avec le départ du piment borderline de sa recette comique : T.J. Miller. L’acteur qui interprétait le génial Erlich Bachman a quitté le show avant le début de la cinquième saison.

Silicon Valley passe l’épreuve du feu

Côté fiction, son absence est remarquée dès les premiers épisodes de cette nouvelle saison. La gestion de son départ est curieuse, comme manquant de clarté, et ne donne pas encore l’occasion à d’autres acteurs de gagner en place. Néanmoins, dans l’absolu, les départs sont une règle admise de la télévision et, si c’est indéniablement une mise à l’épreuve pour la cohérence du show, c’est également une occasion de renforcer le ressort d’une série.

T.J. Miller dans Silicon Valley, saison 2.

Or en parvenant à une cinquième saison, et en ayant vu des acteurs comme Kumail Nanjiani exploser au grand écran (The Big Sick), Silicon Valley ressemble plus que jamais au désormais légendaire Veep. Institutionnalisée chez HBO, tout comme la comédie politique la plus efficace de ces dernières années, la série sur la tech réplique de plus en plus les ressorts du show d’Armando Iannucci.

Le contexte n’y est pas étranger : dans l’inconscient collectif, depuis 2016, les géants du web sont passés d’une curiosité de la rubrique divertissement à un pouvoir politique reconnu. En saisissant ce monde par la satire de facto politisée, Silicon Valley doit mûrir. Cet objectif se retrouve dans le travail de Mike Judge. Plus que jamais, la tyrannie du cool, l’absurdité de l’argent facile, et le coup de balai permanent d’un milieu au turn-over hallucinant sont dénoncés, tant par le drame, que par l’humour.

Cette responsabilité à décrire le milieu des dirigeants de demain n’empêche pas la comédie de saisir toutes les opportunités de désamorcer sa propre bombe dramatique. À la manière des saisons précédentes, le potache et la farce rythment le show. Néanmoins, à la vue des premiers épisodes, cette légèreté qui nous décoche de francs rires, paraît de plus en plus difficile à assumer. Le rire devient nerveux. Le cool de son sujet s’évaporant, Silicon Valley a désormais la tâche d’inventer un nouveau ton. Des trois épisodes que nous avons vus, le contrat n’est pas encore rempli.

Futur Rogen Man

À l’inverse, par sa nouveauté, Future Man arrive au petit écran les épaules moins chargées d’impératifs. Ce n’en est pas tout à fait un succès pour autant.

Rappelons les fondamentaux : Josh Futureman est un jeune homme raté qui tente, par les jeux vidéo, de trouver le sens qui manque à son quotidien. Mais subitement,  la logique s’inverse : le jeu n’est pas une vie par procuration, mais un préambule.

Future Man

En effet, le jeune homme se retrouve convoqué par le destin lorsque, en réussissant un jeu vidéo, il est repéré par des rebelles du futur en quête d’un sauveur. Ces derniers voyagent à travers le temps pour retrouver le gagnant. Ils sont confrontés à la réalité de l’époque : nos jeux vidéo ne sont pas des entraînements militaires, ni des tests, mais des échappatoires et les joueurs, aussi experts soient-ils, n’ont que rarement les aptitudes de leur avatar.

En ratant leur casting, le duo venu du futur assure le début d’un buddy movie classique. À leur habitude, les créateurs — Seth Rogen et Evan Goldberg — emploient alors le burlesque dans des schémas convenus visant à animer une comédie maximaliste.

Maximaliste, Future Man l’est dans sa démarche esthétique et référencée. Une fois en mesure de voyager dans le temps pour sauver le monde, le trio composé du Future Man et de ses deux acolytes futuristes, vont aller de mission en mission, chacune comportant une référence directe à l’histoire du cinéma bis.

En fin de compte, si les jeux vidéo sont évoqués quelques instants, c’est bien de cinéma dont il est rapidement question dans Future Man. À l’instar de Preacher, qui rendait hommage (parfois trop) au cinéma de Tarantino, Future Man multiplie les clins d’œil jusqu’à se prendre à son propre jeu et perdant par là, peu à peu, sa distance comique.

Future Man

Ce n’est pourtant pas une mauvaise comédie : son trio est efficace, Josh Hutcherson (le Future Man) est parfaitement à sa place et le buddy movie tourne à plein régime. Néanmoins, considérant la subversion de Preacher et surtout du Sausage Party de la même écurie, Future Man semble manquer de courage.

Enfin, malgré toutes leurs différences, si l’on superpose les démarches de Silicon Valley et de Future Man, il apparaît nettement qu’une seule des deux comédies geek de la saison met le doigt sur son sujet. Future Man apparaît daté dans sa manière de se servir du jeu vidéo pour faire naître un scénario qui aurait pu exister de mille autres manières, quand Silicon Valley se voit bousculé en satire politique par le vent de l’époque.

Deux démarches très différentes qui ne donnent nécessairement pas la même satisfaction intellectuelle.

Nous avons vu 3 épisodes de chacune des saisons mentionnées. 

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