Chaque week-end, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux.

Cette semaine, le Copyright Madness revient sur les efforts de Christian Louboutin de protéger son concept de chaussures à semelle rouges, la bataille autour du termes « BitTorrent » et les velléités d’imposer une redevance aux bibliothécaires lisant des histoires aux enfants. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

À voix basse. Les personnes qui fréquentent les bibliothèques ou qui emmènent leurs enfants dans ces lieux peuvent profiter d’animations au cours desquelles les bibliothécaires lisent des livres à voix haute. Cependant, la Société civile des éditeurs de langue française aimerait imposer une redevance aux bibliothèques qui pratiquent les heures du conte. Elle considère que cela s’apparente à une représentation publique de l’œuvre et par conséquent doit donner lieu à une rémunération.  Quand les sociétés de perception et de répartition de droits prétendent défendre les auteurs, elles font souvent preuve de bassesse…

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CC draelab

À couteaux tirés. Souvenez-vous : en 1986, le film Crocodile Dundee faisait un gros carton en mettant en scène l’histoire d’un rude aventurier australien. L’acteur principal, Paul Hogan, a aujourd’hui 78 ans et s’il a disparu des salles obscures, il semble faire son retour devant les tribunaux. Il a en effet attaqué en justice la chaîne de burgers australienne Grill’d, à qui il reproche d’avoir utilisé une des phrases qu’il prononce dans le film : « That’s not a knife, THAT’s a knife ». Grill’d a en effet fait graver cette phrase choc sur les couverts mis à la disposition de ses clients. L’entreprise estime qu’il s’agit d’une simple citation, mais Paul Hogan pense de son côté qu’il y a violation de son droit d’auteur et semble bien décidé à leur mettre le couteau sous la gorge…

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Crocodile Dundee

Shoot’em up. L’univers du jeu vidéo est, comme tous les autres secteurs culturels, confronté à des problèmes de propriété intellectuelle. Il y a du piratage et du plagiat malgré une législation protégeant les titulaires de droits qui participent à la production d’un jeu vidéo. Toutefois, certains pensent que la propriété intellectuelle concernant ce média devrait être renforcée. C’est ce qu’affirme notamment Brendan Greene, développeur de jeu vidéo. Il considère que les petits acteurs du monde du jeu vidéo peuvent se faire plagier par des studios plus gros. Si sa plainte peut se comprendre, on ne peut tout de même pas nier qu’un arsenal est mis en place pour lutter contre le piratage. Nombre d’éditeurs imposent une connexion Internet, apposent des DRM, empêchent de jouer à des jeux d’anciennes générations sur les dernières consoles… Comme quoi, ceux qui font du tort aux créateurs de jeux vidéo ne sont peut-être pas les joueurs…

À lire sur Numerama : Le créateur de PUBG aimerait une meilleure protection de la propriété intellectuelle dans les jeux vidéo

Trademark Madness

Rougeurs. Il y a parfois des affaires un peu absurdes qui arrivent à faire le tour du monde.  C’est le cas des fameuses semelles rouges de Christian Louboutin, que le fabricant de chaussures de luxe essaie de faire reconnaître comme marque depuis des années. Il a d’abord commencé à intenter des procès à des concurrents en France, mais la Cour de cassation a estimé que de simples semelles de couleur ne pouvaient pas constituer une marque. Louboutin a alors tenté sa chance aux États-Unis, avec plus de succès, puisque la justice a estimé que si Louboutin ne pouvait pas empêcher un autre fabricant de produire des chaussures entièrement rouges, il pouvait interdire la copie des semelles. Cette fois, c’est en Inde que Louboutin a réussi à pleinement faire reconnaître les semelles rouges comme marque. On attend avec impatience à présent de savoir ce qu’en pensent les juges en Chine, au Brésil ou en Mongolie…

CC Lanty

Garder la foi. Dans le Copyright Madness, on aime bien ces entreprises un peu kamikazes qui vont se frotter d’un peu trop près aux géants industriels. C’est le cas d’une petite société américaine basée en Géorgie qui a essayé de déposer la marque « FaithBook » pour « une application servant à se connecter à un réseau social ». Hum… ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Les avocats de Facebook ont eu la même impression que vous et ils ont sorti l’artillerie lourde pour s’opposer au dépôt en hurlant au risque de confusion dans l’esprit du public. On ne leur donnera peut-être pas complètement tort, mais peut-être qu’en priant très fort, ça peut passer pour cet audacieux concurrent…

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CC Marcin Wichary

Torrentiel. Si on vous dit BitTorrent, vous allez d’abord penser au téléchargement illégal et au piratage et vous vous demanderez peut-être ce que cela peut avoir à faire avec les marques… Mais il faut savoir que depuis 2003, deux compagnies se disputent la marque « BitTorrent ». La société BitTorrent Inc, qui gère notamment le client uTorrent, est la première à avoir déposé le terme. Mais en 2003, la société allemande Bittorrent Marketing GmbH a fait de même pour toute une gamme de produits allant de la publicité au marketing en passant par les mails et les émissions de télévision. Après des années de procès, BitTorrent Inc a fini par l’emporter, son adversaire ayant échoué à démontrer qu’il faisait un usage réel de la marque. Tout ça pour ça…

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CC Jen R

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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