Il y a des jeux qui font du bien, comme si on était dans une couette bien chaude un soir d’hiver avec une infusion à portée de main. D’autres qui nous font ressentir des sensations étranges, entre l’inconfort et la peur (coucou Silent Hill 2). Et puis il y a Tom the Postgirl, un jeu qui mériterait un nouveau mot : le cosymalaise.

En cette période excitante d’Halloween, l’envie de regarder des films d’horreur (y compris en famille), de lire des romans d’épouvante ou de jouer à des jeux qui font peur est plus forte qu’habituellement. Depuis le changement d’heure, le soleil se couche plus tôt, et l’ambiance est de plus en plus propice à expérimenter des œuvres plus noires que d’habitude

Mais attention, il n’y a pas besoin pour autant de lancer Silent Hill 2 pour se retrouver plongé dans un univers étrange, ou d’aller jouer à Hellraiser: Revival pour ressentir quelque chose de viscéral. Parfois, un petit jeu indépendant sorti de nulle part suffit à nous mettre dans une ambiance lynchienne, idéale pour une soirée d’Halloween.

C’est justement la proposition de Tom the Postgirl, jeu aussi étrange que loufoque, qui ressemble à un épisode de Twin Peaks qui aurait croisé le chemin d’un livre pour enfants bizarre. Tom the Postgirl sort ce jeudi 29 octobre sur PC et Mac via Steam, ainsi que sur Nintendo Switch. Il est vendu 9,99 €. Le jeu est l’œuvre du petit studio suisse Oopsie Daisies, qui le coproduit avec Arte France. Voici notre test, sans divulgâchage, du jeu le plus déroutant de ce mois d’octobre.

Il était une fois… on ne sait pas trop

Tout commence par une belle journée d’une saison non identifiée, au hasard, le printemps, et Tom, une petite fille malicieuse en parka rouge, cousine inavouée de Kenny dans South Park, se fait embaucher par la poste de son village pour livrer des paquets aux habitants. Jusqu’ici, tout va bien.

Sauf que Tom n’est pas une petite fille comme les autres, et que son petit village tranquille en apparence est le théâtre, dans l’ombre, de multiples petits vices à la fois mignons, étranges, coquins, voire carrément flippants.

Tom the Postgirl // Source : Capture Switch 2
Premier petit boulot pour notre amie Tom. // Source : Capture Switch 2

Avec son mélange d’ambiances, on ne sait pas trop comment prendre Tom the Postgirl, ni sur quel pied danser tout au long de l’aventure. D’un côté, ses graphismes tout en crayonné noir et blanc et l’aspect cartoon du jeu, à la fois très simplement animé et mignon tout plein, font sourire. De l’autre, les rencontres et événements qui se déroulent ponctuellement font lever plus d’un sourcil interrogateur.

Un ver de terre rigolo côtoie des enfants maltraités et tenus en laisse, tandis que le fermier d’à côté couche avec ses poules (oui, il ne dort pas qu’avec), et qu’un des voisins de Tom collectionne des photos d’elle pour une raison inconnue. Humour très noir, donc, pour ce conte sous acide à ne surtout pas faire avec ses enfants, malgré sa tête d’album jeunesse. Le jeu est d’ailleurs classé PEGI 16.

Tom the Postgirl // Source : Capture Switch 2
Plus vous regardez chez les gens, moins vous avez envie de regarder chez les gens. // Source : Capture Switch 2

Si l’aventure prête régulièrement à sourire au fur et à mesure des péripéties, un certain malaise s’installe durant les quelques heures nécessaires pour boucler l’histoire. On en ressort content, comme après un bon épisode de Twin Peaks ou une balade au musée René Magritte, et c’est un compliment. Le grotesque qui épice l’aventure est également accentué par l’excellent sound design qui privilégie les grognements et autres bruits de bouche aux dialogues.

En quête de sens

Il n’y a pas grand-chose à dire sur le gameplay de Tom the Postgirl. Vous déplacez le personnage avec le stick directionnel et interagissez avec les éléments via une seule et unique touche. Ah si, en appuyant sur la gâchette droite, vous pouvez faire courir le personnage. Enfin, courir est un grand mot puisque Tom passe d’une allure très lente où elle traîne les pieds à une allure moins lente où elle traîne un peu plus vite les pieds.

Pour le reste, une touche permet de consulter la carte et une autre de vérifier si vous avez bien tout fait dans le coin. Car oui, la carte se compose de nombreuses zones dans lesquelles vous entrez pour livrer vos précieux colis. Ces zones regorgent de petits détails (crapauds qui explosent, nains de jardin à envoyer balader d’un coup de pied ou fermier zoophile), et un radar vous indique quels méfaits il reste à commettre, ou quelle incongruité vous n’avez pas encore vu.

Tom the Postgirl // Source : Capture Switch 2
La carte de Tom the Postgirl se divise en plusieurs zones. // Source : Capture Switch 2

Vous avez alors le choix de ratisser les zones et de semer la pagaille, le tout sans aucune forme de récompense, ou de livrer vos paquets comme une bonne factrice, en résistant à la tentation de jeter un coup d’œil dans les colis. Vous l’aurez compris, vous pouvez créer un maximum de bazar dans votre village, mettre le feu à quelques buissons au passage, et tout simplement ne pas faire votre travail correctement.

Le principal intérêt du jeu est bien sûr de provoquer le rire ou le malaise, selon la situation. Vos actions sont toutefois très limitées, soyons d’accord, mais le peu que le jeu propose suffit à donner envie de continuer à pousser plus loin le curseur de l’absurde, et d’assister à davantage de moments comiques.

« L’exquise tentation du voyeurisme »

Arte et Oopsie Daisies décrivent si bien leur jeu qu’il n’y a pas besoin d’en dire plus : sur sa page Steam, ils promettent « l’exquise tentation du voyeurisme ». Les mots creepy et cosy reviennent aussi dans la bouche des développeurs, une équipe suisse de cinq amis qui « explorent les contes de l’enfance et les souvenirs un peu gênants ».

Si vous prenez votre temps, Tom the Postgirl peut se faire en 3 heures à tout casser. Vous pouvez également parcourir le jeu en une vingtaine de minutes montre en main, mais ce serait du gâchis. Le titre ne possède pas une énorme rejouabilité, mais une fois l’aventure principale finie, on peut éventuellement y retourner via un new game plus (oui oui) pour trouver des détails amusants que l’on aurait ratés la première fois, et refaire certains choix différemment (plusieurs fins, des succès et des profils à débloquer pour les plus curieux). Mais pas de quoi fouetter un chat. Autrement dit, Tom the Postgirl est surtout l’aventure d’une fois, idéalement le temps de deux soirées.

Tom the Postgirl // Source : Capture Switch 2
Il y a quelques mini-jeux qui débarquent sans prévenir dans l’aventure. // Source : Capture Switch 2

Si l’École des loisirs, la maison d’édition française spécialisée dans les albums jeunesse, décidait de rendre la lecture du soir plus stimulante pour les parents, elle éditerait Tom the Postgirl, non sans quelques problèmes. Le jeu coproduit avec Arte réussit son pari du cosymalaise, pour peu qu’on aime les aventures étranges teintées d’humour noir, mais pas trop. À 9,99 € toutefois, réfléchissez bien avant d’acheter un titre qui ne dure que le temps de deux ou trois soirées.

Pour vous faire une idée avant de payer, une démo gratuite est disponible sur Steam.

Le verdict

Tom the Postgirl est un peu un OVNI dans le paysage vidéoludique actuel. Si le jeu du studio suisse Oopsie Daisies, coproduit avec Arte, se fait en une poignée d’heures, il reste longtemps en tête après la fin de l’aventure. Avec son mélange de mignonnerie, d’humour noir et de situations franchement dérangeantes, il réussit à installer une ambiance aussi étrange qu’irrésistible. Un petit conte bien perché, qui prouve qu’il n’est pas nécessaire de sortir les grands moyens pour nous mettre mal à l’aise. Une expérience courte, certes, mais singulière.
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