Première série en live-action de l’Univers Spider-Man de Sony, Spider-Noir débarque le 27 mai sur Amazon Prime. Un Nicolas Cage inspiré se glisse dans le costume de l’Homme-araignée pour des aventures vintage dans le New-York des années 30. 

Super-héros un jour, super-héros toujours ? Ben Reilly répond non au début de la série Spider-Noir. Dans cette nouvelle itération de Spider-Man inspirée des comics Spider-Man noir, Nicolas Cage incarne un super-héros vieillissant et désabusé, qui a remisé son costume au placard après la mort tragique de son grand amour, cinq ans plus tôt. 

Depuis, Ben traîne son alcoolisme dans le New-York post Grande Dépression et vivote en tant que détective privé. Il peut compter sur le soutien de Janet Ruiz (Karen Rodriguez), sa secrétaire à la langue bien pendue et Joe Robertson (Lamorne Morris) son meilleur ami journaliste. Sa rencontre avec la chanteuse de cabaret Cat Hardy (Li Jun Li) et le mafieux Silvermane (Brendan Gleeson) va l’obliger à reprendre du service. 

Si les films de super-héros vous fatiguent d’avance, ne partez pas tout de suite ! Ce Spider-Noir a plusieurs atouts dans sa manche, à commencer par son audacieux mélange des genres cinématographiques. La rencontre entre le film noir et récit de super-héros peut paraître saugrenue, et pourtant, elle fonctionne plutôt pas mal !

Au-delà des différences formelles, les deux genres possèdent des points communs : il s’agit avant tout de raconter les atermoiements d’un héros malgré lui en prise avec ses angoisses et son code moral, au coeur d’une ville corrompue par les puissants.

Le Nicolas Cage Show 

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Un détective comme on n’en fait plus ! // Source : Amazon Prime Video

Cet anti-héros qui ne veut plus de « grands pouvoirs et de grandes responsabilités » prend les traits de Nicolas Cage, acteur insaisissable, devenu un mème durant les années 2010 et dont la filmographie en dent de scie s’étend des années 80 à nos jours. Cet éternel revenant de Hollywood prêtait déjà sa voix au Spider-Man noir du film d’animation Spider-Man: New Generation. Si la série Spider-Noir propose une version différente du personnage (pas besoin de vous lancer dans des marathons des films du Spider-Verse si vous n’en avez pas envie, la série se tient seule), l’acteur avait donc une certaine légitimité à l’incarner. 

Il livre ici une performance réjouissante, inspirée par des acteurs de légende comme Humphrey Bogart ou Dick Powell. L’une des caractéristiques du jeu de Cage est sa faculté à rendre certaines scènes un peu folles. Il s’en donne à cœur joie, utilisant son corps pour rendre son super-héros moins agile et plus weirdo que la version de Tom Holland dans les films Spider-Man récents. La star cabotine parfois, mais son manque de subtilité est compensé par un sens comique qui n’appartient qu’à lui, notamment lors d’une scène d’hallucination savoureuse ! 

“Ben Reilly” (Nicolas Cage) in a scene from Prime Video’s Spider-Noir (Courtesy of Prime Video)
Nicolas Cage s’amuse comme un petit fou dans le rôle de Ben Reilly, un détective poursuivi par la poisse. // Source : Amazon Prime Video

La série Spider-Noir est un écrin pour le talent de Cage, qui s’est déjà illustré dans des rôles d’anti-héros citadins (Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans). Il poursuit dans cette veine tout en laissant s’exprimer tout son second degré. Ses partenaires de jeu – Brendan Gleeson en mafieux élégant, Li Jun Li en femme fatale plus piégée que piégeuse, Lamorne Morris en journaliste galérien dans un New-York raciste ou encore Karen Rodriguez en secrétaire spirituelle – lui donnent idéalement la réplique pour un casting sans fausse note.

Une ode au film noir

Les ombres sont nombreuses dans cette série composée de huit épisodes, véritable ode à la période classique du film noir, celle des années 40/50. Si le genre super-héroïque reste présent – des personnages avec des pouvoirs, comme l’Homme de Sable, incarné par l’excellent Jack Huston, viennent pimenter le récit de scènes d’action électrisantes – les showrunners Oren Uziel et Steve Lightfoot ont retravaillé les bases du récit pour l’intégrer dans les codes du film noir. 

Robbie Robertson (Lamorne Morris) in SPIDER-NOIR
Photo: Aaron Epstein/Prime
© Amazon Content Services LLC
Le journaliste Robbie Robertson en voit des vertes et des pas mûres ! // Source : Amazon Prime Video

On retrouve des archétypes bien connus du genre, comme le détective solitaire et malchanceux, la chanteuse entretenue par un boss de la mafia qui tente de s’extirper de son emprise par tous les moyens, la secrétaire rigolote et dévouée, l’ambiguïté morale à tous les étages. Chacun tente de s’en sortir avec les cartes que le destin lui a donné… Ces personnages attachants évoluent dans un milieu urbain, entre deux cigarettes fumées au coin d’une ruelle sombre et un verre de whisky avalé dans un bar miteux à la tombée de la nuit. La série s’amuse avec toute une imagerie qui ravira les fans du genre. 

La fiction super-héroïque a déjà flirté avec des ambiance de polar : citons le film culte The Mask dans un style parodique ou l’excellente série Jessica Jones au ton plus sombre. Spider-Noir pousse l’hommage beaucoup plus loin, en proposant des épisodes dans un très beau noir & blanc dit « authentique », ou dans une version colorisée vintage.

Un sacré défi technique, relevé haut la main par le réalisateur Harry Bradbeer. La version noir & blanc (que nous avons privilégié dans notre visionnage) permet de réellement apprécier l’hommage au genre, que ce ce soit dans l’inventivité des plans ou dans le travail exceptionnel réalisé sur l’éclairage par le directeur de la photographie Darran Tiernan (déjà à l’oeuvre sur The Penguin).

“Cat” (Li Jun Li) in a scene from Prime Video’s Spider-Noir (Courtesy of Aaron Epstein)
Le personnage de la Chatte Noire dans les comics Spider-Man a été revu et corrigé pour créer celui de Cat Hardy, la femme fatale dans Spider-Noir. // Source : Amazon Prime Video

Un hommage un poil sage 

On retrouve dans Spider-Noir les thèmes chers au film noir. Ben se traîne une culpabilité et une fatalité en bandoulière, tandis que la série explore des ressorts dramatiques liés à la trahison et ses raisons (l’amour, l’argent, la revanche sur la vie…). Ses arcs narratifs restent en revanche cousus de fil blanc. La série rend un hommage ludique au film noir, sans volonté de réinventer la roue. 

Par exemple, la hiérarchie des représentations ne surprend pas, avec des protagonistes secondaires racisés et le pouvoir (mafieux ou surnaturel) concentré dans les mains des personnages masculins blancs. Cat a beau se fendre, le temps d’un dialogue méta sur le film noir, d’une critique sur le regard masculin qui l’objectifie, elle reprend son rôle de belle plante chaotique la seconde qui suit.

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L’Homme-araignée version années 30, en total look noir. // Source : Amazon Prime Video

Reste qu’on n’avait encore jamais vu l’Homme-araignée incarné et filmé de cette façon. Avec son soin particulier apporté à l’expérience esthétique et un casting très réussi, ce Spider-Noir s’avère un divertissement de bonne qualité, qui vous fera passer un bon moment et vous donnera peut-être envie de (re)découvrir des classiques du genre.

La série redonne aussi un joli coup de pep’s à la franchise Spider-Man ronronnante, rappelant que le format sériel reste un bel endroit de créativité, quand on lui en donne les moyens.

Le verdict

Spider-Noir, dans la toute première image de la série // Source : Aaron Epstein / Prime Video
8/10

Spider-Noir

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La série Spider-Noir propose une relecture audacieuse de l’univers Spider-Man en le fusionnant avec les codes du film noir des années 30. Portée par un Nicolas Cage habité, elle suit un héros vieillissant, désabusé et hanté par son passé, dans un New York sombre et stylisé. L’hommage au genre est particulièrement réussi visuellement, notamment grâce à un usage soigné du noir et blanc. Si le mélange des genres offre un divertissement solide, le récit reste classique et manque d’audace sur le fond. Malgré cela, la série séduit par son atmosphère et son interprétation, qui renouvellent l’image de l’Homme-araignée.

Comparatif svod // Source : Montage Numerama
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