Pouvait-on rêver meilleur studio que celui ayant fait voyager l’agent 47 à travers le monde pour s’occuper du grand retour de James Bond sur consoles et PC, avec le bien nommé 007 First Light ? Absent de cet univers depuis 2012 et un 007 Legends très décevant, la franchise n’avait en vérité brillé qu’en 1997 avec le mythique Goldeneye 007 sur Nintendo 64, pionnier du FPS sur console, et il semblait de plus en plus inconcevable de ne pas assister à son grand retour compte tenu du succès d’autres adaptations à succès de grands films d’action en jeu vidéo. Le moins que l’on puisse dire, c’est que IO Interactive a accouché d’un jeu vidéo, un vrai, et pas d’un film interactif hyper réaliste. Et vous savez quoi ? C’est presque pas plus mal.
Points forts
- L’univers James Bond est ultra respecté
- Scénario haletant et sans concessions
- Mise en scène et rythme très prenants
Points faibles
- Une finition d’ensemble vraiment pas irréprochable
- Aucun aspect de gameplay n’est vraiment maîtrisé
- Pas de VF, une honte pour une telle licence
Un héritage à assumer pour le jeu vidéo James Bond
Teasé pour la première fois en 2020, mais officiellement dévoilé il y a tout juste un an, 007 First Light promettait à travers ses bandes-annonces d’offrir aux joueurs un cocktail explosif se rapprochant davantage de la référence du jeu d’action-aventure spectaculaire à la Uncharted (dont le dernier épisode vient de fêter ses 10 ans) que de Hitman, la licence signature de ses développeurs. IO Interactive nous promettait néanmoins de jongler entre le jeu d’infiltration — un genre qu’il maîtrise plutôt bien — et le film interactif linéaire avec séquences d’escalade, de poursuite et de tir. Un savant mélange sur le papier, qui se devait néanmoins d’exceller dans la mise en scène et la précision de son gameplay pour briller.

Dès la séquence d’introduction, où le jeune James Bond n’est encore qu’un membre de la Navy miraculé d’un crash d’hélicoptère militaire en Islande, le ton est donné : IO Interactive veut nous en mettre plein la vue, et n’hésite pas à scripter un maximum la progression pour que l’on vive l’expérience la plus immersive possible. Si l’on doit déjouer les plans d’une mystérieuse organisation et sauver un groupe d’agents du MI6 ayant été faits prisonniers, la séquence est aussi bien mise en scène que légèrement datée sur certains aspects, aussi bien dans la réalisation que dans les mouvements de Bond, et surtout, l’intelligence artificielle ennemie. Ce qui n’était pas pour nous rassurer, tant on attend beaucoup des rois de l’infiltration pour un jeu d’espionnage. Cette étrange sensation de ne pas jouer à un titre résolument « next-gen » ni très maîtrisé va heureusement se faire oublier durant l’intégralité de la vingtaine d’heures que constitue une aventure étonnamment généreuse. Elle ne cesse en réalité de se bonifier au fil des chapitres après avoir fait craindre le pétard mouillé.

Un « double 0 » aux allures de « double A » ?
En effet, ce nouveau Bond incarné par l’acteur irlandais Patrick Gibson (particulièrement efficace pour le coup, nous y reviendrons) va mûrir en même temps qu’une aventure de plus en plus épique, riche en paysages et environnements variés. Le tout est souvent sublimé par Glacier, le moteur physique du studio danois, et qui péchera surtout dans tout un tas de détails en termes d’optimisation et de finition. Autant être honnêtes : ce sentiment nous aura accompagné durant l’intégralité de 007 First Light sur à peu près tous les aspects que l’on est en mesure d’analyser et de critiquer dans un jeu vidéo. Mais il a fort heureusement trouvé le moyen de s’atténuer tant la qualité du titre va crescendo au fil des chapitres.

C’est bien là tout ce que l’on peut reprocher à la dernière création de IO Interactive : alors qu’on était peut-être en droit d’espérer une claque d’immersion et de réalisation, au sein d’un genre qui manque cruellement de références sur cette génération, 007 First Light est vraiment… un jeu vidéo. Le réalisme n’est que rarement au rendez-vous, entre animations datées et synchronisation labiale parfois catastrophique, ceci d’autant plus que le jeu n’a été doublé qu’en anglais. Oui, oubliez tout espoir de VF, il faut croire que le très limité financièrement Amazon manquait de budget et a dû compter sur de nombreux placements de produits (certains justifiés dans le lore de la saga, comme Aston Martin, d’autres vraiment pas du tout comme les distributeurs de Coca-Cola) pour rentrer dans ses frais. Et puis ce n’est pas comme si James Bond était une saga aussi importante de la culture pop adaptée en jeu vidéo que des Indiana Jones, Spider-Man ou Star Wars.

Heureusement, les scénaristes de 007 First Light ne sont pas dupes, et n’hésitent pas à se payer les géants de la tech (et l’IA générative) dans un synopsis qui n’hésite pas à se payer un antagoniste à la Elon Musk. L’histoire 100 % inédite de ce jeu James Bond totalement déconnecté des films (ou des livres de Ian Fleming) est très solide, exploitant avec justesse tous les ressorts ayant fait la réputation de cette franchise forte de soixante ans de succès au cinéma. Les rebondissements, trahisons et drames parfois imprévisibles sont légion, et l’humour typique de la saga est au rendez-vous. Mais tout cela ne tient qu’à un fil, tant le nouveau titre des créateurs de Hitman est bancal, parfois même irritant manette en main.

Un cocktail étrangement réussi
La qualité de l’écriture et de l’interprétation des personnages (aussi bien Bond que ses légendaires collègues Moneypenny, M et Q, ou encore les personnages inédits) est en effet suffisamment à la hauteur pour pardonner une réalisation parfois en dents de scie. Cela inclut notamment une finition franchement pas incroyable : le jeu n’est pas spécialement bluffant sur PS5 Pro, sur laquelle il accuse des temps de chargement indignes de sa génération, sans parler de bugs d’affichage et artefacts grossiers, bien que la modélisation des environnements flatte régulièrement la rétine. En termes de level design et de direction artistique, 007 First Light est tout à fait réussi, mais donne cette constante impression de manquer de budget pour vraiment donner plus de solidité à tout ce caractère (en comparaison des productions exclusives PlayStation dont il s’inspire).

Dans le même registre, le gameplay fait régulièrement pester. Les gunfights sont datés et manquent de relief et les combats au corps à corps sont ternis par une intelligence artificielle ennemie d’une bêtise sans nom. Les séquences de conduite, quant à elles, sont plutôt médiocres et n’ont pour elles qu’une vague sensation de vitesse compensant leur manque de réalisme. Et surtout… l’infiltration — supposée constituer le cœur du jeu — est terriblement frustrante. Sur le papier, les intentions de IO Interactive sont pourtant séduisantes : quoi de mieux qu’adapter la formule de sa licence historique (Hitman, donc) à un jeu d’action-aventure adapté de l’univers d’un héros se devant de faire preuve de furtivité et d’ingéniosité, en utilisant tout un tas de gadgets originaux pour créer des diversions et ne pas se faire repérer ?

Si la proposition de base est très intelligente, forçant notamment le joueur à choisir les gadgets dont il s’équipera avant de partir en mission (il n’est possible d’en utiliser au mieux que la moitié de tous ceux à débloquer), on se rendra assez vite compte que la meilleure manière d’atteindre un objectif est d’en venir aux poings. Certes, c’est très James Bond de se bagarrer, et c’est à se demander si IO Interactive ne l’a pas fait exprès : s’il est évidemment possible de la jouer pacifiste dans de nombreux segments du scénario (les innombrables micro-défis allant dans ce sens raviront les complétionnistes), il n’est jamais fondamentalement pénalisant de déclencher une baston générale, que ce soit à mains nues ou avec des armes à feu. Les combats manquent un peu de précision et de punch, et, rappelons-le, l’intelligence artificielle est dramatiquement mauvaise, mais on finit par s’en accommoder et se rappeler qu’après tout, on est James Bond et que c’est normal de s’en sortir miraculeusement en permanence.

Uncharted, mais avec un smoking
Passées les errances de gameplay et de game design rappelant par moments les séquences d’infiltration les plus datées d’Assassin’s Creed, c’est surtout le combo immersion / mise en scène (de plus en plus phénoménale au fil des heures) qui fait mouche. Avant de toucher à 007 First Light, beaucoup admettaient y voir l’héritier spirituel d’Uncharted dans cette capacité à livrer une aventure haletante et spectaculaire mais au rythme bien dosé, sachant offrir son lot de panoramas grandioses et de moments marquants. N’hésitant pas à offrir quelques scènes coup de poing et n’épargnant aucun de ses protagonistes, le jeu de IO Interactive sait très bien se renouveler et ne jamais donner l’impression de s’étirer inutilement sur la longueur, sauf peut-être sur quelques scènes d’escalade et/ou de « couloirs » qu’on aurait aimé abréger un chouia.

Beaucoup plus proche de la légendaire saga de Naughty Dog que de Hitman, 007 First Light s’apprécie un peu plus à chaque heure que l’on passe en sa compagnie, à tel point qu’il en devient sincèrement difficile de décrocher la manette une fois que les enjeux se multiplient, et que le gameplay de Bond donne l’étrange impression d’être mieux maîtrisé. Si l’on frôle parfois le plagiat, on sent que IO Interactive s’est inspiré d’une référence indéniable de ces dernières générations de consoles pour adapter au mieux une saga iconique du cinéma, un peu comme l’avait fait Respawn Entertainment en son temps avec Star Wars Jedi: Fallen Order, jeu un peu brouillon mais attachant et au fan-service maîtrisé. On était venu à en espérer que le studio danois en fasse de même avec la franchise 007, et c’est le cas, à une différence près : le héros est charismatique, et là non plus, on n’aurait pas misé un kopek sur ce point.

Beaucoup plus surprenant que prévu sur la durée, 007 First Light est finalement un très bon jeu vidéo, qui aime à rappeler qu’il en est un tant le réalisme et la crédibilité de certaines phases sont aux abonnés absents, mais qui réussit son pari principal : nous immerger dans une aventure spectaculaire, dépaysante, au rythme très bien géré et étonnamment bien racontée. Porté par des personnages à la fois caricaturaux et hauts en couleur, n’épargnant personne et laissant les bonnes questions en suspens pour une suite, cette adaptation de James Bond respecte à la lettre l’univers d’une saga légendaire et en constitue ainsi l’adaptation dont on n’osait plus rêver. Le titre d’IO Interactive pave ainsi les sentiers d’une suite que l’on en vient à appeler de tous nos vœux tant on ressort étonnamment satisfaits de ce coup d’essai vraiment très sympathique bien qu’imparfait, avec la sensation que le meilleur reste à venir si le succès est au rendez-vous.
Le verdict

007 First Light
Voir la ficheOn a aimé
- L’univers James Bond est ultra respecté
- Scénario haletant et sans concessions
- Mise en scène et rythme très prenants
On a moins aimé
- Une finition d’ensemble vraiment pas irréprochable
- Aucun aspect de gameplay n’est vraiment maîtrisé
- Pas de VF, une honte pour une telle licence
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