Dans l’industrie du cinéma hexagonal, il y a des lignes rouges qu’on ne franchit qu’en tremblant, et toucher à la mémoire de Louis de Funès en fait clairement partie. Alors que les studios passent méthodiquement toutes les icônes à la moulinette du biopic pour s’assurer des entrées faciles, De Funès restait le dernier sanctuaire inviolé.
Pourquoi ? Parce que l’exercice s’apparente à un suicide artistique. Tenter de reproduire le génie rythmique, l’élasticité faciale et les colères légendaires du comédien sans sombrer dans une parodie gênante relève du miracle. C’est pourtant ce hold-up créatif que tentent le producteur Romain Rojtman et le réalisateur Benjamin Euvrard, avec la bénédiction de la famille. C’est ce que l’on peut apprendre via LeFilmFrançais ce 8 juillet 2026. Et pour porter ce fardeau qui ressemble surtout à un cadeau empoisonné, ils ont choisi d’envoyer Pierre Lottin au charbon.
Le choix Pierre Lottin pour le biopic sur de Funès
Pour une grande partie du public, Pierre Lottin reste indissociable de son rôle de Wilfried Tuche, le fils aîné un peu naïf à la frange improbable. Même s’il a brillamment opéré un virage vers le cinéma d’auteur jusqu’à décrocher le César du meilleur second rôle en 2026, l’annonce de son nom dans la peau de de Funès va faire grincer des dents les puristes.
Le piège pour Lottin est gigantesque, presque sadique : s’il en fait trop et imite les grimaces, il sera exécuté sur la place publique pour sacrilège cinématographique. S’il joue la carte de la sobriété, on lui reprochera de manquer de jus et d’éteindre le mythe. La production tente déjà de déminer le terrain avec des arguments artistiques : « Son défi sera d’incarner la vérité de Louis de Funès, pas simplement ses mimiques. ». C’est bien joli sur le papier, mais face caméra, la ligne de crête va être terriblement fine à négocier.

« Before Louis » : l’année 1964, la seule bouée de sauvetage
Pour s’éviter un lynchage en règle, les scénaristes ont eu la lucidité d’éviter la fresque globale, de la naissance à la mort. Le film va se focaliser uniquement sur l’année 1964.
C’est l’année de la bascule totale, mais aussi la plus explosive à filmer. Le moment précis où cet éternel second couteau de 50 ans devient soudainement une star nationale en enchaînant Le Gendarme de Saint-Tropez, Le Corniaud et Fantômas. Le film veut raconter cette transition violente d’un homme rongé par l’anxiété, projeté d’un coup dans la lumière aveuglante de la gloire. Le tournage débutera en avril 2027 entre Paris et l’Italie, histoire de retourner directement sur les décors réels du Corniaud.
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