Pointé du doigt par les États-Unis, Edward Snowden est actuellement réfugié en Russie. Dans quelques mois, il pourrait être honoré par le Parlement européen. En effet, l'informateur américain a été nommé par plusieurs groupes parlementaires pour recevoir le prix Sakharov 2013 pour la liberté de l'esprit.

Mise à jour – L'appel de vingt-trois organisations non-gouvernementales n'y aura rien changé. Le prix Sakharov 2013 a été remis ce jeudi à Malala Yousafzai, cette jeune Pakistanaise qui s'est illustrée dans son militantisme pour le droit des femmes et l'éducation des enfants. L'automne dernier, elle a échappé à une tentative d'assassinat mais en est ressortie grièvement blessée.

Âgée de 16 ans, elle a déjà été distinguée à deux reprises avec le prix national pour la paix (Pakistan) et le prix Simone de Beauvoir (France). Elle est aujourd'hui en lice pour le prix Nobel de la Paix 2013, et fait figure de favorite dans la compétition.

Sujet du 20 septembre – Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, Edward Snowden est aujourd'hui connu de tous. En effet, cet Américain de 30 ans est à l'origine des informations très détaillées sur les programmes de surveillance électronique employés par les agences de renseignement occidentales. Sans lui, il n'aurait sans doute pas été possible de connaître l'existence de dispositifs comme PRISM, XKEYSCORE ou UPSTREAM.

Aujourd'hui, Edward Snowden est réfugié en Russie. Après un exil temporaire à Hong Kong, l'ancien analyste de la NSA et de la CIA a obtenu des autorités moscovites le droit de rester sur le territoire pendant un an. Les États-Unis, de leur côté, aimeraient l'extrader pour le juger. Il est en effet inculpé par Washington pour espionnage, vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux.

Si la vie de l'Américain a définitivement changé, il ne regrette pas sa décision. "Mon seul objectif est de dire au public ce qui est fait en son nom et ce qui est fait contre lui", a-t-il lancé, malgré un fardeau bien lourd à porter. Car outre la pression médiatique, qui peut s'avérer écrasante, Edward Snowden est devenu un pion sur l'échiquier géopolitique. À travers lui, c'est la rivalité entre les USA et la Russie qui se joue.

Le choix de tout révéler n'a pas été vain. Edward Snowden a permis de provoquer des débats partout dans le monde, notamment en Europe, en Amérique du Sud et aux États-Unis. Il a incité des internautes à modifier leur comportement en ligne pour réduire leur exposition. Il a poussé des gouvernements et des parlements à demander des comptes, même si cela n'a pas toujours été au-delà de la molle protestation.

La désignation, une première étape

L'importance des informations rapportées par Edward Snowden n'a pas été ignorée. D'ailleurs, l'informateur est aujourd'hui nommé pour le prix Sakharov 2013, aux côtés de six autres propositions. Remis depuis 1988, il permet d'honorer les individus ou les collectifs qui ont choisi de lutter contre l’intolérance, le fanatisme et l’oppression, en se positionnant du côté des droits de l'Homme et des libertés.

Edward Snowden a été proposé par plusieurs groupes politiques européens : le groupe des Verts, l'alliance libre européenne, la gauche unitaire européenne et la gauche verte nordique. Il fallait que la candidature soit soutenue par au moins 40 eurodéputés. Reste qu'il ne s'agit là que d'une étape. Il y aura ensuite une présélection par les commissions parlementaires des affaires étrangères et du développement.

Si Edward Snowden est encore en lice à ce moment-là, il sera face à deux autres finalistes. Ensuite, c'est la conférence des présidents de choisir le lauréat. Toute la question qui se pose est de savoir si le Parlement européen est capable de récompenser une personnalité qui a ébranlé quelques mois auparavant les États-Unis.

Mais sa défaite éventuelle ne signifiera pas nécessairement un complot ourdi par Washington : les autres candidats sont tout aussi méritants.

( photo : CC BY-NC-ND ONU )

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