C’est assez rare pour être noté, Christine Albanel a eu raison, mardi soir, devant les sénateurs de la Commission Culturelle. Non pas lorsqu’elle a défendu l’idée selon laquelle l’accès à Internet à domicile n’était pas un droit fondamental de l’usager d’Internet, ou lorsqu’elle a éludé la question des abonnés éventuellement accusés à tort. Mais lorsqu’elle a indiqué dans sa toute dernière intervention le souhait que soit enseigné dans les écoles l’importance de l’objet culturel, au sens matériel du terme.

Juste avant de saluer les sénateurs pour leur dire au revoir, dans sa seule tirade visiblement improvisée, sans l’aide de ses notes jusque là consciencieusement lues à voix haute, Christine Albanel a dit vrai. Sortant du langage codé de la missionnaire chargée de faire adopter la loi ficelée par Nicolas Sarkozy, la ministre a dit souhaiter que les jeunes générations voient dans les forfaits illimités ou les services comme Deezer un outil de « découverte du choix » disponible, pour qu’ils « achètent l’objet » des œuvres qui leur plaisent.

« Il y a beaucoup de petites maisons qui cherchent à avoir un objet attrayant avec des plus, des bonus…« , a lancé Chrisine Albanel avec, pour la première et seule fois de son audition, une vraie sincérité véhiculée dans le ton de sa voix. Comme si elle regrettait la dématérialisation de la culture, qui permet de télécharger des milliers d’œuvres sans en apprécier aucune. Comme si elle regrettait, aussi, que ce ne soient que les « petites maisons » qui restent attachées à l’objet, lorsque les grandes, les majors, veulent simplement vendre du MP3 ou du DRM en masse.

Comme si, en quelques phrases improvisées par la fatigue au terme d’un échange très cadré avec les sénateurs, Christine Albanel résumait toute la douleur pour un ministre de la Culture de défendre envers et contre tous un projet de loi qui promeut cette culture-là. Celle d’une société extrêmement libérale où les œuvres n’ont plus d’autre valeur que leur prix affiché sur un écran d’ordinateur.

Comme si elle espérait, dans un soupir enfoui, que son projet de loi ne fonctionne pas et que l’on revienne un jour à une société où l’on caresse à nouveau les feuilles jaunies d’un roman trouvé dans la bibliothèque de son grand-père, où feuilleter l’album photo d’un disque soit à nouveau un plaisir encouragé par des formats qui ne soient plus standardisés par la petite taille des bacs des grands magasins…

Comme si la culture, après des années d’égarement industriel, retrouvait un C majuscule.

Comme si l’on avait aperçu, mardi soir, le vrai visage de Christine Albanel.

Tout en sachant qu’au Parlement, ce sera une Albanel professionnelle et combative qui se présentera devant les sénateurs et les députés pour défendre mordicus le texte exigé par Nicolas Sarkozy.

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