Les chercheurs de l’entreprise de cybersécurité Check Point ont révélé le 9 janvier 2026 une arnaque emblématique de l’avènement de l’IA dans l’industrialisation des scams en ligne. Baptisée le « Truman Show Scam », il s’agit d’une opération financière entièrement artificielle qui enferme ses victimes dans une réalité de trading fabriquée de toutes pièces.

Le point de départ de cette arnaque remonte à l’automne 2025, avec la mise en ligne d’une plateforme baptisée O-PCOPRO, présentée comme un programme de trading fondé sur une technologie d’IA avancée, mais qui s’avère être l’élément central d’un scam en plusieurs étapes.​

Pourtant, dans le déroulement de l’arnaque, O‑PCOPRO n’apparaît qu’au bout du processus. Au terme d’une mise en scène générée et orchestrée par l’intelligence artificielle, avec un unique objectif : piéger des victimes attirées par la promesse de gains d’investissement spectaculaires.​

Dans un rapport transmis à Numerama le 9 janvier 2026, les chercheurs de Check Point Research ont reconstitué tout cet écosystème robotisé, qu’ils comparent à un véritable « Truman Show », en référence au personnage enfermé dans un univers scénarisé interprété par Jim Carrey.

Au moment où nous rédigeons cet article, la campagne cybercriminelle est toujours en cours : l’application mobile O‑PCOPRO a bien été retirée du Google Play Store, mais reste disponible sur l’App Store d’Apple, tandis que plusieurs sites web liés à la marque demeurent actifs.

O-PCOPRO sur l'AppStore // Source : Capture d'écran Numerama
O-PCOPRO sur l’AppStore. // Source : Capture d’écran Numerama

Un groupe en fonction de la langue de la victime

L’arnaque suit un scénario très précis, qui commence toujours de la même façon. Des personnes reçoivent d’abord des messages non sollicités, par SMS ou via des messageries instantanées comme WhatsApp ou Telegram, envoyés au nom de grandes banques comme « Goldman Sachs », leur promettant une action « qui explose » avec des rendements spectaculaires de plus de 70 %, accompagnés d’un lien vers un groupe WhatsApp présenté comme un cercle d’investissement sérieux et sélectif.

Une fois dans ce groupe, la victime découvre un environnement en apparence cohérent et rassurant, où la langue utilisée est adaptée à sa localisation et où une quarantaine de profils se comportent comme des investisseurs ordinaires, posant des questions, partageant leurs réussites et remerciant régulièrement les organisateurs.​

Dans les cas d’étude présentés par les chercheurs, deux figures centrales dominent les échanges : Benjamin Levine, supposé analyste senior, et Mia Green, présentée comme son assistante et principal point de contact.

Leurs photos et identités sont générées par des outils d’IA, aucune trace des deux « experts » n’est disponible en ligne, et il en va de même pour la quasi‑totalité des autres membres du groupe, dont les messages se ressemblent fortement.

Les ficelles peuvent paraître grossières, mais l’arnaque mise sur la naïveté d’une fraction des personnes exposées et sur l’automatisation offerte par l’IA, qui permet de fabriquer ces faux écosystèmes à très faible coût en temps et en ressources.

Le chemin vers O-PCOPRO

Tout, dans ce faux monde, vise à rassurer la victime, qui est en réalité la seule personne bien humaine derrière l’écran. Les faux « experts » publient des analyses de marché dont les cours ne correspondent en rien aux prix réels des actions, et présentent O‑PCOPRO comme le secret de leurs performances.

Dans la conversation, des articles de presse et des communiqués générés par IA viennent encore gonfler la supposée « légitimité » de la plateforme, en multipliant les mentions d’O-PCOPRO sur de faux sites d’actualités financières.​

Ce n’est qu’à ce stade qu’entre réellement en scène l’application mobile. Après plusieurs semaines d’interactions positives dans le groupe, les organisateurs annoncent que certains membres « méritants » peuvent accéder à une plateforme de trading réservée aux initiés : l’app O‑PCOPRO, disponible au téléchargement sur les stores officiels.​

Pour les chercheurs, ce passage par des canaux légitimes joue un rôle crucial pour la suite de l’arnaque : « Beaucoup d’utilisateurs assimilent la disponibilité en Store à une forme de légitimité, un signe de confiance que les attaquants exploitent délibérément. »

L’assaut final

L’application se présente comme un outil professionnel exploité par de grandes institutions et s’appuyant sur l’IA pour générer des rendements impressionnants, parfois annoncés entre 370 % et 700 % en quelques mois.

Une analyse technique de l’app révèle pourtant qu’il ne s’agit que d’une simple coquille WebView, comprenez une façade qui se contente de charger un site contrôlé par les escrocs : tout ce qui s’affiche à l’écran (graphiques, soldes, historique de trades) est généré côté serveur, sans aucune logique de trading réelle.

Une fois l’application installée, le scénario bascule dans une phase d’exploitation plus classique. Avant de pouvoir « investir », l’utilisateur doit passer une pseudo‑vérification d’identité qui imite les procédures des plateformes régulées, avec envoi de photos de pièces d’identité, des documents qui pourront ensuite être revendus sur des places de marché du Dark Web.

Vient enfin l’assaut final : la plateforme invite à effectuer un dépôt, par virement bancaire ou en crypto-monnaie, vers des comptes ou portefeuilles contrôlés par les attaquants. Le solde de l’utilisateur est alors crédité et les montants grimpent artificiellement, incitant la victime à investir encore davantage et bouclant un cercle où, du début à la fin du processus, elle est menée au bout de l’arnaque sans la moindre intervention humaine directe.

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