L'Université de Staffordshire souhaite modéliser des scènes de crime en réalité virtuelle pour aider les jurés lors d'un procès. Mais est-ce bien utile ?

Lors d’un procès, le rôle d’un juré est loin d’être aisé. En France, ce citoyen de plus de 23 ans, tiré au sort et répondant à plusieurs critères établis (comme la pratique courante de la lecture et de l’écriture du français) a autant de poids qu’un magistrat pour juger d’une affaire qui relève du droit pénal. Il doit alors comprendre tous les enjeux du procès et utiliser son bon sens pour interpréter la scène du crime afin de rendre un verdict. Pour l’aider dans cette tâche, l’Université de Staffordshire souhaiterait expérimenter la visite d’une scène de crime en réalité virtuelle.

La BBC rapporte en effet que l’université vient de recevoir 140 000 £, soit 183 000 euros, pour développer un concept de reconstitution en réalité virtuelle d’une scène de crime. Bien entendu, les chercheurs dirigés par le docteur Caroline Sturdy Colls n’ont pas simplement besoin d’acheter un HTC Vive et de prendre quelques vidéos : ils souhaitent constituer une scène de crime dans laquelle le juré peut se déplacer à sa guise. Ce qui implique différents angles et de la profondeur.

L’équipe doit aussi faire avec un autre impératif : il faut que la scène de crime reste à la fois propre, pour que les enquêteurs puissent faire leur travail et fidèle, pour que les jurés n’aient pas une version biaisée de l’affaire. En d’autres termes, tout le challenge est de pouvoir tout saisir sans rien toucher. Des drones et un système de capteurs laser pour le relief et la profondeur sont envisagés pour parvenir à répondre à ces exigences.

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Le système pose déjà plusieurs questions. La première, c’est que la journaliste de la BBC qui affirme avoir «  testé l’un des scénarios » n’a testé, en réalité, que l’une des expériences disponibles dans le jeu The Lab de Valve. Il s’agit d’un rendu photoréaliste d’un paysage islandais que l’on peut parcourir avec un HTC Vive, pas vraiment une scène de crime. Dès lors, impossible de savoir à quoi pourraient ressembler ces expériences dont l’enjeu est un poil plus important qu’une démo technologique.

Ensuite, vient la question de l’altération. Un outil est neutre par essence, mais, mal utilisé, il pourrait s’avérer être une lame à double tranchant. Si  une pièce à conviction est par exemple invisible pour les caméras du drone, elle ne sera pas visible pour les jurés. Si elle est ajoutée par les enquêteurs par la suite sur la scène, elle aura été déplacée et la scène aura été altérée, ce qui pose un autre souci d’impartialité. De même, ajouter des éléments perturbateurs comme un drone ou des scanners peut contaminer définitivement une scène de crime et saper le travail des enquêteurs.

L’idée est de rendre justice avec efficacité ; non de s’extasier dans un jeu vidéo

Enfin, comme avec la 3D, vient la question de l’efficacité. Pour la police de Staffordshire, c’est un concept intéressant quoi doit être testé. Pour un barrister anglais interviewé par la BBC, c’est une perte de temps qui rallongera immanquablement les procédures pénales, le temps de mettre en place la reconstitution virtuelle. Aujourd’hui, des vidéos des scènes de crimes filmées par les enquêteurs sont montrées aux jurés : ce n’est pas évident que la réalité virtuelle apporte quelque chose de fondamental pour les tirés au sort. L’idée est de rendre justice avec efficacité ; non de s’extasier dans un jeu vidéo.

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