Lire ses SMS au volant ? Rouler trop vite ou pas assez vite ? Tourner trop brutalement ou freiner au dernier moment ? Tout ce que les chauffeurs Uber font pourrait être bientôt traqué par l'application fournie par la plateforme, qui lance un programme pilote pour tester l'exploitation de toutes les données recueillies par les capteurs des smartphones.

Certains le verront comme une avancée de la sécurité, d’autres comme un recul de leurs libertés. Dans un communiqué de presse, Uber explique qu’il utilise désormais les multiples capteurs présents sur les smartphones de ses chauffeurs pour traquer leurs moindres faits et gestes et s’assurer qu’ils restent dans les clous des consignes dictées par le service de VTC, en particulier en matière de sécurité routière. Il s’agit pour le moment d’un programme pilote, qui pourrait donc être généralisé à terme à l’ensemble des chauffeurs s’il donne satisfaction.

Uber, qui utilisait déjà les informations GPS renvoyées par l’application utilisée par les chauffeurs, explique qu’il exploite dans ce programme toute une série de données renvoyées inconsciemment par les conducteurs, grâce à leurs smartphones. Si un chauffeur a tendance à freiner au dernier moment et donc brutalement, l’accéléromètre de l’iPhone l’enregistre et peut communiquer l’information à Uber. S’il va trop vite dans les virages ou s’il ne s’arrête pas au stop alors qu’il était prévu sur le parcours, idem.

Humains, trop humains

Même, Uber raconte qu’il détecte si un chauffeur prend régulièrement son téléphone dans les mains en conduisant (ce qui active son gyroscope), pour «  lui proposer un support pour régler le problème  ». Mais ça devrait surtout lui permettre de l’avertir ou de l’enlever de la plateforme en cas de récidives ultérieures, car c’est certainement le signe qu’il téléphone ou échange des SMS en conduisant, ce qui met en danger la sécurité des clients — et accessoirement, c’est interdit par la loi, au moins en France. «  Échanger des SMS ou parler au téléphone triple les chances d’avoir un accident », rappelle Uber.

Uberdriving
La notation d’une course Uber. Une option permet de signaler une manière de conduite désagréable.

Le service américain essaye de faire passer son innovation pour quelque chose de bénéfique pour les chauffeurs, qui pourront plaider leur bonne foi si un client leur inflige une mauvaise note en prétextant un comportement quelconque qui n’est pas vérifié par les données collectées. Mais il n’est pas certain que les chauffeurs, qui se plaignent déjà de ne pas être maîtres de leurs tarifications et de dépendre d’Uber, voient d’un bon œil le fait que la plateforme puisse non seulement dicter ses règles de conduite, mais s’assurer par la technologie qu’elles soient totalement respectées.

En fonction de la marge de manœuvre qui sera laissée ou non aux chauffeurs dans leur façon de conduire, Uber pourrait transformer les chauffeurs humains des VTC en humains-robotisés, avant l’arrivée des véritables robots Uber. Comme toujours, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et il est difficile de s’opposer à l’argument de la sécurité, même s’il on a guère entendu parler d’accidents commis par des chauffeurs Uber.

Des données précieuses

Uber disposant désormais de nombreuses données sur la manière dont ses chauffeurs conduisent, et dont les clients apprécient ou non la course (grâce à la note attribuée), les données pourraient l’aider à affiner ses algorithmes pour offrir la conduite la plus agréable possible dans les voitures autonomes.

Mais à plus court terme, cette surveillance devrait être surtout utile pour négocier des tarifs d’assurance beaucoup plus bas. La société fournit depuis 2013 une assurance complémentaire pour les chauffeurs UberX, qu’il est plus facile de négocier en gros si le service est capable de démontrer à l’assureur que ses chauffeurs ne prennent pas de risques, ou ne peuvent plus en prendre.

Les objets connectés sont en effet de redoutables alliés pour les assureurs, qui peuvent grâce aux données avoir la certitude que les préconisations comportementales qu’elles imposent pour accepter d’assurer un véhicule ou un chauffeur sont bien respectées. Il n’est plus possible de mentir, sauf à risquer que des données puissent être retenues contre soi.

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