Chaque samedi, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux.

Cette semaine le Copyright Madness revient sur les trouvailles délirantes dans les crédits du dernier album de Beyoncé, la poussée de fièvre répressive au Royaume-Uni qui veut passer les peines pour contrefaçon à 10 ans de prison ou encore la future marque de vêtements consacrée à Prince. Bonne lecture, et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Répression. Il y en a raz-le-bol des pirates qui ne respectent pas le droit d’auteur et téléchargent sans scrupule sur Internet ! Et le Royaume-Uni a bien compris qu’il fallait protéger les titulaires de droits pour que leur petit cœur arrête de saigner. Dans le cadre d’une consultation publique, le gouvernement propose de faire passer les condamnations pour téléchargement illégal de 2 à 10 ans. Certaines personnes ont tout de même souligné que cette peine était aussi lourde, sinon plus, que d’autres crimes comme le viol ou les émeutes. En y regardant bien, un auteur qui se fait pirater se fait violer. C’est tellement évident. On leur suggère de restaurer la peine de mort pour lutter contre le téléchargement illégal.

Prison
CC uncoolbob

Tu veux ma photo ? Le cas de Copyright Madness qui suit à des allures de déjà-vu. La plateforme Getty Images s’est réveillée et s’est aperçue que Google propose une recherche d’images. Getty considère que ce service favorise ainsi le « piratage ». Ce qui dérange surtout Getty, c’est la perte de trafic que cela représente puisque les internautes privilégient le services de Google. Si on regarde bien, c’est exactement le même argument qui avait été employé par les sites de presse en Allemagne contre Google News. À la fin, c’est Google qui gagne, Getty devrait réfléchir à deux fois. C’est juste un conseil.

Getty Images
CC Vincent Tan J C

Nécrophilie. La mort d’Aaron Swartz, il y a trois ans, a endeuillé les défenseurs de la culture libre et de l’Open Access. Mais aux yeux de certains, sa mémoire est surtout signe de profit. Deux éditeurs ont en effet décidé de publier une compilation de textes écrits par Aaron Swartz, dont le fameux Guerilla Open Access Manifesto. Or cette initiative a soulevé un tollé, car ils en profitent pour réclamer un copyright sur ces textes et les diffusent en version numérique avec un filigrane pour empêcher leur partage. Aaron Swartz avait pourtant laissé un testament indiquant qu’il voulait que ses textes circulent librement après sa mort. Grands princes, ces éditeurs vont permettre le libre téléchargement du fichier… pendant une journée ! On tient peut-être là le plus sale copyfraud de tous les temps…

Aaron Swartz
CC Sage Ross

Paranoïa. Beyoncé a beaucoup fait parler d’elle avec le lancement de son film / concept / album Lemonade. Mais certains ont eu des surprises en allant lire les crédits de cette œuvre. Ils révèlent à quel point l’industrie de la musique US a sombré dans la paranoïa du plagiat. Béyoncé crédite comme co-auteur d’un morceau un autre chanteur pour une phrase en commun dans une chanson. Elle va aussi jusqu’à reconnaitre la paternité d’une personne ayant posté un simple tweet ressemblant un peu trop à l’une des phrases qu’elle utilise. Dans une telle ambiance de suspicion généralisée, c’est la création qui étouffe petit à petit par la peur des procès…

beyonce-lemonade-video-trailer
Beyoncé

Bon baisers de Pologne. Cette semaine, à l’occasion de la journée mondiale de la propriété intellectuelle, un institut polonais a mis en ligne le texte original en néerlandais du journal d’Anne Frank. Mais si vous vous y rendez depuis un autre pays de l’Union européenne, un système de géo-blocage vous empêchera d’y accéder. La raison ? La Pologne est le seul pays en Europe où le journal est vraiment entré avec certitude dans le domaine public au 1er janvier 2016, 70 ans après la mort de son auteur. Dans tous les autres, y compris la France, des exceptions tarabiscotées demeurent dans les législations nationales qui risquent de prolonger la protection encore de nombreuses années. L’initiative de cet institut vise à dénoncer les disparités légales dans l’Union européenne et l’inégalité que cela crée en matière d’accès à la connaissance.

Pologne
CC Kaboom

Trademark Madness

Plus royaliste que le Prince. Prince est mort la semaine dernière et c’est déjà la deuxième fois qu’on parle de lui dans le Copyright Madness. Cette semaine, son nom est mêlé à une curieuse affaire de marques. Sa société Paisley Park Enterprises avait en projet de créer une ligne de vêtements à l’effigie du chanteur. La demande a été déposée auprès du bureau des brevets et des marques. Seulement, la mort de Prince risque de contrarier leur plan. Mais l’article pointe un élément intéressant sur le choix de Prince d’avoir voulu développer une activité de merchandising. L’activité de produits dérivés serait une alternative à la baisse des ventes de CD et donc un moyen pour l’artiste de continuer à gagner de l’argent. C’est tout de même triste de voir que le modèle économique du droit d’auteur pousse les artistes à se lancer dans le développement de leur propre marque pour compenser les pertes…

Prince
CC Flavia

À votre santé. La bière est un secteur très actif avec une communauté d’amateurs très structurée. Certains d’entre eux sont même prêts à brasser leur propre breuvage. C’est ce qu’a fait un certain Alain Daix en créant sa bière « Sans Grade » estampillée « bon vieux temps ». Mais le rêve de ce passionné risque de ne pas durer à cause du nom qu’il a choisi. En effet, une famille belge s’est offusquée de l’utilisation de cette appellation. La famille en question s’appelle Grade et avait inventé une bière sur la région qui s’appelle « Vieux Temps ». La famille Grade se sent dégradée, alors même qu’elle ne brasse plus cette bière et l’a revendue à une autre brasserie. Alain Daix se défend tant bien que mal. La solution pourrait peut-être être trouvée si les deux parties s’asseyaient autour d’une bière !

Bière
CC Little Visuals

Woaoh ! La communauté de joueurs de World of Warcraft vient de découvrir le fond de la pensée de la société à propos de l’existence d’un serveur non officiel qui permettait de jouer à la version originale du célèbre MMO. Pendant longtemps, Blizzard, qui détient la licence, ne s’était pas exprimée. Qui ne dit mot consent, right ? Hé bien, ce n’est pas tout à fait exact puisque la société a finalement pris la parole par la voix du producteur exécutif du jeu. Et pas  qu’à moitié. Blizzard veut mettre un terme à l’existence de ce serveur parce que si Blizzard ne protège pas sa propriété intellectuelle, cela pourrait endommager les droits de Blizzard. Évidemment, le modèle économique et la survie de l’entreprise pourraient être remis en question avec le maintien de ce serveur privé…

À lire sur Numerama : Blizzard justifie son refus des serveurs classiques pour World of Warcraft

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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