Incapables de se mettre d'accord sur les indemnités dues pour l'utilisation d'infrastructures publiques à Paris, la mairie et Numericable sont entrés en guerre. Au point que la mairie menace de retirer cet été les équipements de l'opérateur télécoms, ce qui priverait plus de 2 millions de foyers de l'accès à internet. Improbable, pour ne pas dire impossible.

On n'imagine pas que ça puisse en arriver à une telle extrémité, mais la menace est désormais officielle. Selon Les Echos, la Ville de Paris s'est résolue le 26 juin dernier à mettre en demeure Numericable, avec menace de l'expulser manu militari des locaux techniques qu'elle occupe sous convention d'occupation de l'espace municipal, faute de réussir à obtenir paiement des sommes qu'elle estime dues. En conséquence, elle a prévenu le câblo-opérateur qu'elle retirerait d'elle-même le matériel réseau installé sur son sol si la situation ne revenait pas à la normale d'ici le 10 août prochain.

Si jamais la mairie mettait ses menaces à exécution, ce qui est extrêmement peu probable, ce sont environ 1,7 millions de clients Numericable à travers la France qui seraient coupés d'Internet, et même au total 2,4 millions de foyers, si l'on intègre les abonnés fibre de Bouygues Telecom, qui loue le réseau de Numericable. 

Le câblo-opérateur, réputé pour ses méthodes de négociation extrêmement musclées et une gestion de trésorerie sans égard pour ses partenaires, conteste depuis 2009 la méthode de calcul des indemnités dues à la capitale, et a décidé de jouer le pourrissement de la situation. Selon Les Echos, les 16 autres opérateurs concernés par les accords ont accepté de signer en 2009 la nouvelle convention d'indemnisation, mais pas Numericable, qui était restée jusqu'à cette année sous l'égide d'une convention signée en 2005, plus favorable.

DES CLIENTS VICTIMES COLLATÉRALES ?

Or "elle est arrivée à échéance le 10 février dernier et depuis, Numericable se trouve donc être un « occupant sans droit ni titre » des locaux de la Ville de Paris", précisent Les Echos. Au total, en intégrant des paiements incomplets depuis 2008, la mairie de Paris estimerait à 8,37 millions d'euros le montant dû par Numericable.

Dans son courrier, la ville constate l'occupation illégale de ses locaux par l'opérateur télécoms, et l'enjoint de quitter les lieux d'ici le 10 août. A défaut, "il pourra être procédé d’office au retrait des installations et à la remise en état des lieux", prévient-elle.

Le fait d'avoir accès à Internet étant aujourd'hui considéré juridiquement comme un droit fondamental, il faut tout de même espérer que dans le cas où la situation ne se débloquerait pas, les clients de Numericable ne soient pas les premières victimes collatérales du conflit avec la ville de Paris, mais qu'une solution plus civilisée soit trouvée (comme une saisie des sommes en jeu sur les comptes de la société de Patrick Drahi).

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