La France progresse d'une place au classement mondial de la liberté de la presse dressé par Reporters Sans Frontières (RSF), mais ne doit sa progression qu'aux performances pires encore d'autres pays.

La France gagne une toute petite place par rapport à l'an dernier, mais reste très éloignée de ses voisins européens du Nord, qui dominent le classement mondial (Finlande, Norvège, Danemark, Pays-Bas, Suède). Reporters Sans Frontières a publié jeudi son nouveau classement mondial de la liberté de la presse, qui fait figurer la France au 38ème rang. Mais même si c'est très légèrement mieux que le précédent classement, elle ne doit cette progression qu'à un recul global de la liberté de la presse dans le monde, et au fait d'avoir bénéficié du recul d'autres pays.

Dans son carnet de notes, où plus il y a de points pire c'est, la France affiche cette année 21,15 points, ce qui fait 74 dixièmes de plus que dans le rapport de l'an dernier. "Au cours de l’année 2014, les journalistes ont souvent été la cible de violences lors des manifestations", note RSF, qui expose par ailleurs trois griefs principaux faits à la France :

  • Le report sine die de l'adoption du projet de loi de protection des sources des journalistes (dont il faut rappeler qu'il est loin d'être parfait pusqu'il ne protège pas les sources des blogueurs, qui font parfois le même travail journalistique que les employés des entreprises de presse) ;
     
  • La loi de programmation militaire (LPM) qui a étendu les pouvoirs d'écoute administrative pour un grand nombre de motifs ;
     
  • L'adoption de la loi anti-terrorisme de novembre 2014 qui a fait sortir les délits de provocation aux actes de terrorisme et d'apologie du terrorisme de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, pour les faire entrer exclusivement dans le champ de la procédure pénale ordinaire, moins protectrice des libertés d'expression.

Rappelons à toutes fins utiles que les attentats commis contre Charlie Hebdo n'ont pas été pris en compte dans ce classement basé sur l'année 2014, et que la France devrait donc très logiquement être jugé bien plus durement dans le rapport 2016 de RSF. Non seulement du fait de la mort de journalistes, qui est un critère important chez RSF, mais aussi en raison de la réaction disproportionnée des pouvoirs publics, justice comprise, qui a parfois condamné des individus à plusieurs mois de prison ferme pour des propos qu'ils ont tenus sur les réseaux sociaux. Par ailleurs la loi qui prévoit le blocage de sites sans juge n'était pas encore en vigueur pour le classement 2015.

Evolution du classement de la France depuis 2002 (nota : le classement est passé depuis de 134 pays à 180 pays classés)

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