S'il avait activement surveillé les propos tenus en privé par un membre qui annonçait le crime qu'il allait commettre en pleine rue plusieurs mois plus tard, Facebook aurait pu éviter le drame. C'est la conclusion, appelant à davantage de surveillance et de collaboration de la part des géants du web, d'un rapport britannique sur l'assassinat du soldat Lee Rigby.

La Commission parlementaire britannique pour le renseignement et la sécurité (ISC) a rendu public ce mardi un rapport (.pdf) très attendu sur la mort en mai 2013 du jeune soldat anglais Lee Rigby, assassiné en plein jour à coups de machette au sud-est de Londres par Michael Adebolajo et Michael Adebowale, deux jeunes britanniques d'origine nigériane. Les images montrant ce dernier adresser un message de revendication en pleine rue bondée, les mains pleines de sang, avaient fait le tour du monde.

Dans son rapport, la Commission note que plusieurs semaines après l'attaque mortelle, les services de renseignement britanniques (le GCHQ) ont découvert qu'Adebowale avait eu en décembre 2012, un "échange substantiel en ligne" avec un surnommé Foxtrot, connu pour ses liens présumés avec une organisation terroriste. Il aurait "exprimé son désir d'assassiner un soldat de la façon la plus explicite et émotionnelle possible".

Plus précisément, il aurait écrit "Let's kill a soldier" ("allons tuer un soldat"), sur une plateforme dont le nom n'est pas publié explicitement par le rapport.

Cependant selon la BBC, un rapport non censuré communiqué au premier ministre David Cameron confirme qu'il s'agit de Facebook, ce qui était de toute façon suggéré. Tout porte à croire que la discussion en question était tenue en privée, à travers le service de tchat de Facebook ou par les messages privés que peuvent s'envoyer les membres entre eux, hors de leur mur. 

Les services de renseignement britanniques s'interrogent sur le fait que Facebook n'ait pas détecté de tels propos et réagi en conséquences. D'autant que le même homme s'était vu fermer plusieurs comptes auparavant, justement pour des motifs liés au terrorisme. Or là aussi, ils reprochent à Facebook de s'être contenté de fermer automatiquement les comptes suite aux alertes reçues de la part des internautes, sans avoir alerté les autorités, et sans avoir procédé à un examen manuel des autres comptes liés au même individu. 

"Sur la base des preuves que nous avons reçues, la société n'a pas de procédures pour empêcher les terroristes de planifier des attaques en utilisant leur réseau", note le rapport. De plus, les services de renseignement britanniques ne surveillaient pas encore Foxtrot au moment de l'échange avec Adebowale, ce qui n'a pas permis d'intercepter ses communications. Il aurait fallu qu'ils puissent les obtenir en justice, mais ça demandait alors le relais d'un tribunal américain, difficile à obtenir.

La Commission profite donc du drame pour réclamer une bien meilleure collaboration entre les plateformes et les autorités nationales britanniques, et pour leur demander d'accentuer leur surveillance pro-active. Y compris, semble-t-il, à l'encontre des messages échangés en privé.

Accessoirement, les services en profitent pour s'agacer à nouveau du chiffrement généralisé de toutes les communications entre les internautes et les géants du web comme Facebook, Google, Twitter ou Microsoft, car elle rend l'interception des communications beaucoup plus difficile, voire impossible.

Faut-il pour autant que tous les internautes renoncent à leur vie privée, pour assurer la sécurité ? Le débat est éternel, et ce rapport ne fait que le raviver.

 

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