Publié par Guillaume Champeau, le Jeudi 22 Mai 2014

YouTube ou le chantage aux labels indépendants

Faute de mécanisme de gestion collective qui imposerait à tous les producteurs et tous les exploitants les mêmes conditions financières, YouTube est en position de force pour négocier avec les maisons de disques. Sa tactique semble simple : "signez, ou disparaissez".

Le communiqué avait été annulé à la dernière minute en accord avec YouTube qui a souhaité poursuivre les négociations, mais il a fuité ce matin par la voie de l'AFP. L'organisation Worldwide Independant Network (WIN), qui défend les droits des labels indépendants à travers le monde, avait envoyé hier aux agences de presse et à certains journaux (notamment le Guardian qui s'en fait aussi l'écho) un communiqué de presse dans lequel elle dénonçait les pratiques de négociation de YouTube pour le lancement de son futur service de streaming sur abonnement, qui n'est plus qu'un secret de polichinelles.

Selon l'association, YouTube présenterait aux labels un contrat type pour obtenir les licences d'exploitation de leurs musiques, en prévenant les maisons de disques indépendantes que les termes sont "non négociables". Ceux qui n'acceptent pas de signer seraient alors menacés de voir leurs chansons bloquées sur YouTube, qui reste en pratique la première plateforme de musique en ligne, indispensable pour les artistes et petits labels qui cherchent à gagner en visibilité.

Or les conditions imposées aux labels par la filiale de Google seraient largement moins favorables que celles proposées par des plateformes comme Spotify ou Deezer, lesquelles ne sont pourtant déjà pas réputées pour leur rentabilité. "Ce n'est pas une manière équitable de faire des affaires", proteste Alison Wenham, la directrice de WIN. "Ces actions ne sont pas nécessaires et indéfendables, sans parler qu'elles sont commercialement douteuses, et potentiellement dommageables pour YouTube lui-même".

La faute à l'absence de gestion collective

Cette manière de négocier n'est cependant pas nouvelle de la part de YouTube. En Allemagne, les internautes ne peuvent pas voir les vidéos qui contiennent des chansons dont les droits sont gérés par la GEMA, la Sacem allemande, faute d'accord avec la société de gestion collective (YouTube a d'ailleurs été condamné à ne plus faire porter l'opprobre sur la GEMA). Insatisfaite des conditions proposées, la GEMA a toujours tenu fermement sa position, alors qu'en France la SACEM a signé un accord très opaque dont la rumeur dit qu'il est (très) anormalement peu rémunérateur pour les auteurs-compositeurs concernés.

La faute en revient à l'état actuel du droit d'auteur, qui sur Internet ne connaît pas d'obligation de passer par la gestion collective avec un même barème applicable à tous, concernant les droits des producteurs et des artistes-interprètes. Cette situation, différente des radios ou télévisions qui bénéficient de la SPRE, permet de préférer les accords privés, "négociés" au cas par cas. Or si les gros labels comme Sony, Universal ou Warner ont un catalogue qui pèse suffisamment lourd pour que YouTube ne prenne pas le risque de les perdre, les petits labels n'ont aucun pouvoir de négociation. 

Cette question de la gestion collective des droits est un véritable serpent de mer, qui ne cesse d'être repoussé. Elle avait été soutenue par Nicolas Sarkozy avant d'être abandonnée aussitôt, et elle a encore fait l'objet d'une proposition du rapport Lescure l'an dernier. La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a cependant décidé ne rien décider, renvoyant la patate chaude à une mission complémentaire confiée à Christian Phéline, qui a rendu ses conclusions fin décembre.

Celle-ci a conclu qu'il fallait encore laisser les partenaires sociaux négocier s'agissant des droits des artistes-interprètes, avant de chercher à leur imposer une éventuelle gestion collective obligatoire. Et concernant les droits des maisons de disques, la mission Phéline, comme Lescure, a conclu qu'il fallait ne l'étendre sur Internet qu'aux seules "webradios non interactives", ce qui ne couvre donc pas l'écoute à la demande.

Aurélie Filippetti devait communiquer ses propres conclusions en janvier dernier, mais elles sont toujours attendues.

Publié par Guillaume Champeau, le 22 Mai 2014 à 17h58
 
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Commentaires à propos de «YouTube ou le chantage aux labels indépendants»
Inscrit le 27/08/2013
287 messages publiés
J'arrive pas à comprendre... Car sauf erreur et à part VEVO, je ne suis jamais tombé sur les chaines YTube "officielles" des grosses majors. (?)

Puis ça me paraîtrait logique car Google ne veut surement pas faire d'ombre à son service de streaming (Play Music).
Et d'ailleurs.. Ces labels indépendants veulent faire quoi sur Ytube ? Postez un clip ? Le système de pub n'est pas suffisant en l'état ?

Vevo a peut-être posé des conditions qui empêche toute manœuvre ?
Inscrit le 03/10/2011
6010 messages publiés
Personne n'est jamais incontournable à jamais.
Si toute la musique quitte Youtube, ça risque de plomber Youtube à jamais si les maisons de disques interdisent toute diffusion de musique sur n'importe quelle vidéo.
Inscrit le 19/05/2011
1193 messages publiés
Je suis d'accord. Youtube n'est qu'UNE plateforme de video. Si les petits producteurs et labels indépendants compte dessus pour leur assurer une rente financière (aussi petite soit-elle), ils se fourent le doigt dans l'oeil jusqu'à l'omoplate.
Que cela soit éventuellement un moyen de promotion, de ce faire connaitre, etc...pourquoi pas (mais dans ces cas là il faut exclure tout envie de "rentabilité", ce n'est pas le but), mais un artiste devrait (et c'est valable pour les petits comme pour les grands) JOUER sa musique pour gagner de l'argent.

En relisant le titre de la news je viens de voir que je fais un hors-sujet : on ne parle pas des artistes, mais des cafards intermédiaires. Au temps pour moi. Qu'ils crèvent.
Inscrit le 16/04/2009
230 messages publiés
Il est impensable qu'une société comme Youtube, qui n'est pas une incontournable en soi, dicte ses règles aux gouvernements.
On remarque d'ailleurs toute la compétence de Filippetti sur le sujet... A part lire les commissions qu'elle commande (enfin "lire"... "appliquer les paragraphe où le mot taxe est écrit"), elle n'en fout pas une. Elle pourrait faire la promotion de Dailymotion, mais elle pense sans doute que ce n'est qu'une carte de cinéma quotidienne.

Si les artistes ne veulent pas de la pression de Youtube, qu'ils quittent en masse la plateforme, ce qui détournera l'attention des internautes d'un produit Google.
C'est comme pour les banques : moins il y a d'argent dedans (ou encore plus tout le monde ferme son compte) moins elle attire de capitaux, et redevient une petite entreprise à la merci des autres, voir ferme complètement.
Inscrit le 16/06/2009
338 messages publiés
D’où l’intérêt de se tourner maintenant vers Mediagoblin , qui permettra à terme aux indépendants des diffuser leurs productions en s'entraidant (fédération de contenus).
http://www.mediagoblin.org/

alors comme toujours on dira "oui mais Ytube est incontournable" ...

mais non, parce qu'avant il n'y avait pas Ytube, et il peut y avoir un après, comme il y a un après Myspace ...

si seulement les gens pouvaient intégrer un peu plus l'intéret de la fédération de contenu sur des espaces dispersé, ça serait cool ...
Inscrit le 22/04/2011
9 messages publiés
@Olm-N c'est précisément ce qu'on essaie de faire avec CD1D et 1d touch : mutualiser et fédérer les motivés qui ont envie de reprendre un peu la main et d'inventer collectivement de vraies alternatives à ces modèles tout pourris qui assechent tout... et limiter la dépendance aux grosses plateformes
En revanche Mehmnoch c'est mal connaitre le boulot des artistes que de penser que tous ceux qui bossent avec eux sont des parasites intermédiaires inutiles
Inscrit le 22/02/2006
5 messages publiés
Les artistes ont pourtant plein d'autres alternatives à Youtube, rien ne les empêche d'aller voir si l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, les alternatives ne manquant pas :  DailymotionVimeoWatNemesis TV , ... etc

Il faut désormais que ces artistes indépendants, refusent de jouer le jeu de Youtube, abusant de sa position dominante.
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