La Commission européenne est insatisfaite de la vitesse de déploiement du réseau 4G. Comparant la situation avec les États-Unis, elle observe un retard très important. L'une des causes provient du mécanisme d'enchères visant à attribuer les fréquences. Les sommes déboursées par les opérateurs atteignent des niveaux très importants.

La Commission européenne n'a-t-elle pas été un peu trop optimiste en évoquant l'arrivée de la 5G en 2020, et mobilisant d'ores et déjà des sommes importantes pour ce prochain palier, alors que le Vieux Continent peine déjà à se mettre à la 4G ? C'est la question que l'on peut se poser, au regard des derniers commentaires de Neelie Kroes, commissaire en charge de la politique numérique européenne.

La comparaison avec la situation aux États-Unis est rude. Selon les données de la Commission, 90 % des Américains sont couverts par au moins un réseau téléphonique en 4G. De l'autre côté de l'Atlantique, les statistiques font pâle figure. Si l'on s'en tient aux seuls citadins, seuls 25 % d'entre eux ont accès à un réseau mobile à très haut débit. Concernant les ruraux, "la 4G y est pratiquement inexistante".

Un facteur clé explique ce retard.

Il s'agit de la mise aux enchères des fréquences 4G. Si les montants atteignent un seuil trop élevé, nombre d'opérateurs ne sont plus en capacité d'investir les sommes nécessaires pour moderniser les réseaux et ériger de nouvelles antennes-relais. Certains se retrouvent même "dans une situation financière précaire", s'alarme la Commission, avec parfois un endettement insoutenable.

"Les prix que paient les opérateurs peuvent varier d'un facteur un à cinquante d'un État membre à l'autre", note la Commission, qui relève que "les droits d’utilisation du spectre sont près de quatre fois plus chers qu'aux États-Unis".

"Des problèmes survenus à ce niveau ont entraîné des retards dans le déroulement des procédures et l'octroi des autorisations, tandis que les opérateurs qui, à l'issue de procédures de vente aux enchères, avaient obtenu le droit de déployer des réseaux, manquent de liquidités pour ce faire", pointe Bruxelles, qui est obligé de modifier ses règles face à la situation dans certains pays.

En début de semaine, nous rapportions que la Commission a accepté, non sans réticences, de différer la date butoir d'octroi des fréquences de la bande des 800 Mhz dans près de la moitié des pays membres de l'Union, qui n'étaient pas encore prêts pour le déploiement de la 4G.

Les fréquences hertziennes sont à compter dans le patrimoine immatériel de l’État. En outre, il s'agit d'une ressource rare. Il est donc pas surprenant de voir les autorités de chaque pays chercher à la valoriser au mieux, ce qui permet au passage de faire entrer de l'argent frais dans les caisses de l’État. Ce n'est pas illégitime, mais cela peut conduire à étrangler les opérateurs…

Cela touche même l'économie, alors que la croissance européenne est à la peine. Bruxelles observe ainsi que le faible déploiement des réseaux 4G "bloque le lancement de nouvelles activités économiques et les recettes fiscales que les pouvoirs publics comptent tirer de ces nouvelles activités ne se matérialisent jamais" ou en tout cas tardivement.

À son niveau, la Commission assure ne pas rester les bras croisés. En particulier, elle travaille à améliorer la coordination en matière d'octroi de licences d'utilisation du spectre radioélectrique. "Les opérateurs pourraient ainsi profiter d'économies d'échelle découlant du déploiement simultané de la 4G dans la même bande de fréquences dans plusieurs pays", assure-t-elle.

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