Et si les films sortaient d'abord en VOD avant d'arriver dans les salles obscures ? La chronologie des médias en serait toute chamboulée. Un scénario improbable ? Il est pourtant d'actualité, puisque deux longs-métrages diffusés en France sont concernés. L'expérience, menée sous l'égide de la Commission européenne, est toutefois très encadrée... et très limitée.

La chronologie des médias est au cœur des préoccupations de l'industrie cinématographique. C'est ce dispositif qui organise l'exploitation d'un film, en fixant pour chaque mode de diffusion le délai à respecter après la sortie en salle. Sa dernière révision remonte à l'été 2009. Depuis, les usages ont évolué et une nouvelle réforme serait nécessaire. Le rapport Lescure a ainsi avancé des propositions.

Aujourd'hui, toute la construction de la chronologie des médias prend la sortie en salle comme point de départ. "Les œuvres qui seraient mises à la disposition du public par un service de média audiovisuel ou en vidéo, préalablement ou simultanément à leur diffusion en salles" ne doivent pas bénéficier des aides du CNC, rappelle l'arrêté pris par le ministère de la culture.

Des voix se sont pourtant manifester pour défendre une autre approche. Ainsi, Luc Besson a proposé d'aligner la sortie d'un film en salle avec sa disponibilité en vidéo à la demande (VOD). Ce système s'appelle "day-and-date" À l'heure actuelle, la chronologie des médias prévoit  pour les services de vidéo à la demande avec paiement à l'acte un temps d'attente de quatre mois après la sortie en salle.

Cette piste ne remporte pas l'adhésion du secteur, c'est le moins que l'on puisse dire. "Votre rapporteur pour avis fait part de son scepticisme sur ce point. Il souligne la nécessité de préserver l'exclusivité de la salle, sachant qu'un film peut parfaitement être diffusé sans passer par une salle", lisait-on dans un rapport sénatorial publié l'an dernier.

Quid de la sortie en VOD avant celle en salle ? Selon le magazine Édition Multimédi@, la société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP) est en train de tester cette approche, au motif que "rien n'est prévu avant la sortie en salle" dans l'arrêté sur la chronologie. Ce qui est contestable, au regard des précisions apportées dans l'annexe. Quoiqu'il en soit, deux tests ont été engagés.

Le 17 avril, un documentaire (Viramundo : un voyage musical avec Gilberto Gil) a été proposé en VOD sur iTunes et Orange. La sortie en salle est survenue trois semaines plus tard, le 8 mai. Un essai a ensuite eu lieu avec un long-métrage, Magnifica Presenza. Sorti le 10 juillet en VOD sur les mêmes plateformes, il sera visible dans les salles obscures à partir du 31 juillet.

Le test conduit par l'ARP n'est pas une surprise, dans la mesure où la responsable de l'éducation et de la culture au sein de la Commission européenne, Androulla Vassiliou, a donné son feu vert pour une expérimentation à l'échelle européenne. L'expérience, soutenue par un financement de 2 millions d'euros, porte sur une vingtaine de films classés dans la catégorie art et essai

Le processus est donc très encadré et très limité. Outre la France, le test est en cours dans neuf autres pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas Pologne et Royaume-Uni)

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