Nicolas Dupont-Aignan, connu pour son hostilité envers la riposte graduée, a réagi à la suggestion de Nicolas Sarkozy portant sur une loi Hadopi 3 contre le streaming. Le député a fustigé la politique du gouvernement, estimant que l'obsession du droit d'auteur va conduire à une dérive libyenne de l'Hadopi avec une surveillance généralisée du réseau Internet.

Ce n’est pas une surprise, Nicolas Dupont-Aignan est farouchement opposé au dispositif Hadopi. Depuis la genèse du projet, dont les principales lignes ont été listées dans le rapport Olivennes et reprises dans les accords de l’Élysée, le fondateur et président du mouvement Debout la République s’est régulièrement investi contre cette loi défendue par Christine Albanel d’abord, et par Frédéric Mitterrand ensuite.

L’ancien membre de l’UMP, parti qu’il a quitté au début de l’année 2007, a même participé en 2009 à la rédaction d’un ouvrage collectif baptisé la Bataille Hadopi et s’est essayé à la publication sous licence libre, en diffusant un ouvrage placé sous licence Creative Commons. Avec l’annonce d’une Hadopi 3, il était donc certain que Nicolas Dupont-Aignan prenne la parole.

Le parlementaire non-inscrit a ainsi signé un texte sur son blog dans lequel il fustige la future dérive libyenne de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet. Nicolas Sarkozy a en effet souhaité, lors de son passage au Forum d’Avignon vendredi dernier, l’extension des prérogatives de l’Hadopi, à travers le vote d’une troisième loi, de façon à ce que la Haute Autorité puisse lutter contre le streaming, nouvelle bête noire des ayants droit.

« Jusqu’ici le dispositif Hadopi consistait à surveiller sur les réseaux P2P les fichiers partagés pour le compte des ayants droit, via une forme de police privée du net. Un dispositif peu glorieux pour notre pays malheureusement transposé ou en cours de transposition à l’étranger ou dans des traités comme l’ACTA sous la pression de l’industrie du divertissement » écrit le député.

« Si Hadopi 3 voit le jour , quel aspect prendra-t-elle ? Deux voies sont possibles : soit on bloque les sites de téléchargement (dans ce cas nul besoin de déclarer qu’il faut une Hadopi 3 l’arsenal législatif existe déjà) . Soit la loi Hadopi est modifiée : on ne bloque rien , on laisse les internautes télécharger et on analyse le trafic pour détecter les infractions » poursuit-il.

Or pour que cette seconde solution fonctionne, il est nécessaire d’analyser en profondeur tous les échanges entre la box d’un abonné et une plate-forme de téléchargement. C’est la seule façon de pouvoir déterminer si le flux entre le serveur et et le client contient des contenus protégés par le droit d’auteur. « Si l’ont sait qui télécharge sur MegaUpload, c’est parce qu’on a mis sous surveillance tout le trafic » prévient l’élu.

Pour Nicolas Dupont-Aignan, c’est très clair : en choisissant d‘aller plus en avant avec l’Hadopi 3, le gouvernement va inévitablement pousser à mettre « sur écoute » tous les internautes français. Car sinon, l’Hadopi 3 ne sera pas efficace. Si les deux premières lois Hadopi étaient vivement critiquées, le troisième volet législatif de l’Hadopi pourrait bien provoquer un tollé.

« Deux ans plus tard l’aveu d’échec est patent ! Si Hadopi avait réussi, nul besoin d’aller encore plus loin. Après avoir ciblé le  » peer to peer  » avec Hadopi 1 et 2, puis maintenant le téléchargement direct et le  » streaming  » avec Hadopi 3, il faudra Hadopi 4 pour interdire les VPN suédois , Hadopi 5 pour interdire le cryptage, Hadopi 6 pour interdire de s’échanger des pièces jointes en mails, et pourquoi pas Hadopi 7 pour interdire d’utiliser un ordinateur sans un permis délivré par l’Hadopi !« .

Nicolas Dupont-Aignan défend de longue date le principe d’une licence globale, seule solution selon lui pour concilier le droit d’auteur, le droit du public et l’espace de liberté sur Internet. Le parlementaire, un brin provocateur, avait appelé en novembre 2010 tous les internautes à télécharger massivement, affirmant que le gouvernement n’osera pas trop charger le dispositif à la veille des élections présidentielles de 2012.

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