Audiogalaxy était l'un des meilleurs logiciels de peer to peer orienté mp3, jusqu'à ce que la RIAA les contraignent à bloquer récemment tous les fichiers disponibles. Kennon Ballou, qui a participé à cette aventure lorsqu'il développait le site d'Audiogalaxy, rend aujourd'hui hommage à un réseau dont les frontières dépassaient le simple échange de données binaires. Plus que du peer to peer, Audiogalaxy avait une âme.

Dans son long témoignage livré à Kuro5hin, Kennon raconte sa propre histoire au sein d’Audiogalaxy, mais livre surtout sa vision d’un réseau qui a su se créer une vraie communauté.

A ses débuts, Audiogalaxy n’était qu’un moteur de recherche FTP (connu sous le nom de Borg Search) qui avait su se différencier en hébergeant et faisant connaître des œuvres de jeunes talents inconnus. Très vite, le succès de Napster a changé la donne et Audiogalaxy s’est doté de son célèbre Sattelite.

Minimaliste, le Sattelite avait ceci de particulier qu’il n’était pas autonome puisque son rôle résidait uniquement dans le transfert des mp3. Toute la partie recherche passait par le site Internet d’Audiogalaxy. Et c’est grace à cette idée qu’est née une communauté unique. Chaque fichier était catalogué selon l’artiste et le genre musical, et tous les utilisateurs pouvaient laisser leurs commentaires. Dès lors chacun y allait de son petit conseil et de nombreux groupes se faisaient connaître sur les forums d’AG. D’après Kennon Ballou, c’était là la force d’Audiogalaxy. Lui même dit avoir acheté énormément d’albums après en avoir découverts auprès de la communauté.

Victime d’un rouleau-compresseur nommé « RIAA ».

Après la chûte de Napster, les dirigeants d’Audiogalaxy se savaient menacés. Ils ont alors fait tous les efforts pour filtrer les fichiers illégaux. Dans un premier temps la RIAA (Association Américaine de l’Industrie du Disque) fournissait des CD-R remplis de références de fichiers à bloquer. Kennon Ballou décrit à ce propos la totale désorganisation d’une RIAA incapable de standardiser ses rapports.
Très vite, le filtrage exercé en fonction du nom des fichiers a failli. Audiogalaxy a alors inventé un nouveau système très efficace basé sur la vérification du checksum du premier megabyte de chaque mp3, permettant ainsi aux dirigeants de spécialiser Audiogalaxy dans l’échange de fichiers libre de droits.

Mais ces efforts ne les ont sauvé que quelques mois puisque la RIAA a finalement contraint AG à signer un accord selon lequel ils reversent à la RIAA une forte somme d’argent et bloquent l’accès à l’ensemble des fichiers partagés. A l’avenir (si avenir il y a), Audiogalaxy devra obtenir l’autorisation de l’artiste ou de la maison de disque avant de diffuser un fichier.

Dans son hommage, Kennon Ballou (qui avait quitté Audiogalaxy plusieurs semaines avant le litige) écrit ceci à propos de la puissance de la RIAA :
« La RIAA a assez d’argent pour écraser quelqu’un de plus petit et ils montrent ce qu’ils peuvent faire. A moins d’être soutenu par une corporation vraiment importante, avec des poches d’un kilomètre de long, je ne crois franchement pas qu’une société de p2p pourra résister à la RIAA. ».

Et la RIAA a encore sévi ; Audiogalaxy est mort. Mais plus qu’un simple logiciel de peer to peer parmi plein d’autres, c’est toute une communauté qui se sent aujourd’hui orpheline. Si techniquement des logiciels comme WinMX peuvent assurer le relais, humainement la perte d’Audiogalaxy est très douloureuse. Quel réseau est aujourd’hui capable d’offrir une telle plateforme d’échanges culturels ? Probablement aucun.

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