Dans une réaction à une chronique de Daneil Scheidermann, le journaliste Jean-Michel Apathie dénonce "une certaine dérive d'Internet, où dominent la colère et le ressentiment". De quoi ouvrir un large débat...


(CC nhanusek)

Jean-Michel Apathie, journaliste vedette de RTL et de Canal +, a lancé un pavé dans la mare. Il reproche à Daniel Schneidermann, ex-France Télévisions et fondateur du site Arrêt Sur Images, d’incarner « une certaine dérive d’internet« .

En l’espèce, l’objet du conflit est assez peu intéressant. Dans une chronique, Schneidermann a reproché au journaliste d’avoir fait répéter à Eric Besson les propos qu’il venait de tenir sur la burqua qui serait contraire « aux valeurs de l’identité nationale« . Selon le journaliste d’Arrêt sur Images, Apathie aurait eu « la bouche en cul de poule, tout émerveillé de voir naître là, devant ses yeux zébaubis, le fumigène de la semaine de vacances« . Comme tous ceux qui écrivent quotidiennement (suivez notre regard qui louche), il peut arriver à DS d’écrire des âneries. Ca en était ici probablement une, puisque le propos d’Eric Besson était suffisamment grave pour mériter répétition, sans y voir là un simple calcul médiatique. On aurait même reproché à l’intervieweur de ne pas rebondir sur les propos du ministre de l’immigration. Peu importe.

Plus intéressante, en revanche, est la réaction de Jean-Michel Apathie. Pour lui, « Daniel Schneidermann a beaucoup oeuvré pour discréditer le journalisme dans les médias dits classiques« , « soumis au maître, n’est-ce pas, dociles et déférents« . « Lui qui regardait hier et s’en tenait aux faits, le voici maintenant dans la dénonciation et l’imputation, l’hypothèse et la construction« , analyse Apathie. Qui y voit l’influence du support sur lequel écrit Schneidermann. « A sa manière, il incarne parfaitement une certaine dérive d’internet, où dominent la colère et le ressentiment, ce qui diminue, évidemment, le professionnalisme« …

Difficile de dire si la colère et le ressentiment dominent sur Internet. En revanche, il est vrai que ces sentiments sont traduits beaucoup plus fréquemment sur Internet que dans les médias traditionnels. Mais s’arrêter là pour accuser le net de « diminuer le professionnalisme« , c’est s’arrêter en chemin. La nature ayant horreur du vide, le net n’a-t-il pas occupé un espace de colère légitime que n’occupent pas (ou plus) les médias traditionnels ?

L’absence de protestation à la radio, à la télévision et dans une large mesure dans la presse écrite traditionnelle contre la loi Hadopi 1, jugée ensuite contraire à la liberté d’expression et aux droits de la défense par le Conseil constitutionnel, est vécue comme un symbole par nombre d’internautes de la frigidité des médias. Mais plus largement, les médias traditionnels donnent l’impression d’abandonner toute capacité d’indignation, ou plutôt toute capacité à maintenir cette indignation dans le temps. Une polémique chasse l’autre, et l’on abandonne rapidement les batailles pour changer de front. C’est cette absence d’acharnement qui protège des démissions et des reculades, et qui crée le terreau de colère et de ressentiment sur Internet.

Mais s’il y avait là aussi une faute d’analyse ?

Qu’est-ce qu’Internet, au fond ? Sont-ce les internautes qui sont remplis de colère et de ressentiment, ou plus simplement les citoyens, les Français… qui font Internet ? Les médias traditionnels, s’ils ne relaient pas cette colère, s’ils ne se font plus l’écho (comme ils ont enfin su le faire avec l’affaire Jean Sarkozy) de la défiance des citoyens, favorisent l’expression de cette colère sur Internet.

Il n’est pas certain que ça soit faire preuve de professionnalisme que de ne pas entendre cette colère des Français, et de ne pas la relayer. Ni moins encore de prendre l’effet, Internet, pour la cause.

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