Trop de colère sur Internet, ou pas assez dans les médias traditionnels ?

Guillaume Champeau - publié le Lundi 26 Octobre 2009 à 19h40 - posté dans Société 2.0

Dans une réaction à une chronique de Daneil Scheidermann, le journaliste Jean-Michel Apathie dénonce "une certaine dérive d'Internet, où dominent la colère et le ressentiment". De quoi ouvrir un large débat...


(CC nhanusek)

Jean-Michel Apathie, journaliste vedette de RTL et de Canal +, a lancé un pavé dans la mare. Il reproche à Daniel Schneidermann, ex-France Télévisions et fondateur du site Arrêt Sur Images, d'incarner "une certaine dérive d’internet".

En l'espèce, l'objet du conflit est assez peu intéressant. Dans une chronique, Schneidermann a reproché au journaliste d'avoir fait répéter à Eric Besson les propos qu'il venait de tenir sur la burqua qui serait contraire "aux valeurs de l'identité nationale". Selon le journaliste d'Arrêt sur Images, Apathie aurait eu "la bouche en cul de poule, tout émerveillé de voir naître là, devant ses yeux zébaubis, le fumigène de la semaine de vacances". Comme tous ceux qui écrivent quotidiennement (suivez notre regard qui louche), il peut arriver à DS d'écrire des âneries. Ca en était ici probablement une, puisque le propos d'Eric Besson était suffisamment grave pour mériter répétition, sans y voir là un simple calcul médiatique. On aurait même reproché à l'intervieweur de ne pas rebondir sur les propos du ministre de l'immigration. Peu importe.

Plus intéressante, en revanche, est la réaction de Jean-Michel Apathie. Pour lui, "Daniel Schneidermann a beaucoup oeuvré pour discréditer le journalisme dans les médias dits classiques", "soumis au maître, n’est-ce pas, dociles et déférents". "Lui qui regardait hier et s’en tenait aux faits, le voici maintenant dans la dénonciation et l’imputation, l’hypothèse et la construction", analyse Apathie. Qui y voit l'influence du support sur lequel écrit Schneidermann. "A sa manière, il incarne parfaitement une certaine dérive d’internet, où dominent la colère et le ressentiment, ce qui diminue, évidemment, le professionnalisme"...

Difficile de dire si la colère et le ressentiment dominent sur Internet. En revanche, il est vrai que ces sentiments sont traduits beaucoup plus fréquemment sur Internet que dans les médias traditionnels. Mais s'arrêter là pour accuser le net de "diminuer le professionnalisme", c'est s'arrêter en chemin. La nature ayant horreur du vide, le net n'a-t-il pas occupé un espace de colère légitime que n'occupent pas (ou plus) les médias traditionnels ?

L'absence de protestation à la radio, à la télévision et dans une large mesure dans la presse écrite traditionnelle contre la loi Hadopi 1, jugée ensuite contraire à la liberté d'expression et aux droits de la défense par le Conseil constitutionnel, est vécue comme un symbole par nombre d'internautes de la frigidité des médias. Mais plus largement, les médias traditionnels donnent l'impression d'abandonner toute capacité d'indignation, ou plutôt toute capacité à maintenir cette indignation dans le temps. Une polémique chasse l'autre, et l'on abandonne rapidement les batailles pour changer de front. C'est cette absence d'acharnement qui protège des démissions et des reculades, et qui crée le terreau de colère et de ressentiment sur Internet.

Mais s'il y avait là aussi une faute d'analyse ?

Qu'est-ce qu'Internet, au fond ? Sont-ce les internautes qui sont remplis de colère et de ressentiment, ou plus simplement les citoyens, les Français... qui font Internet ? Les médias traditionnels, s'ils ne relaient pas cette colère, s'ils ne se font plus l'écho (comme ils ont enfin su le faire avec l'affaire Jean Sarkozy) de la défiance des citoyens, favorisent l'expression de cette colère sur Internet.

Il n'est pas certain que ça soit faire preuve de professionnalisme que de ne pas entendre cette colère des Français, et de ne pas la relayer. Ni moins encore de prendre l'effet, Internet, pour la cause.

 
 
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Commentaires à propos de Trop de colère sur Internet, ou pas assez dans les médias traditionnels ?
 

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realaze
Le 26 Octobre 2009 à 19h44
Parler d'une "dérive d'internet" démontre une totale méconnaissance du sujet, voire même d'un mépris du sujet. internet est un outil de communication, d'expression, il ne dérive pas ni ne stagne, ce n'est qu'un outil.

Personne n'irait attaquer le principe de l'écriture, de la cinématographie ou de la parole pour des messages malheureux ou mal-compris...
realaze
Le 26 Octobre 2009 à 19h46
Il y a derrière ce genre de réaction une volonté non-exprimée (mais vraiment puante) de vouloir contrôler Internet, comme on contrôle aujourd'hui les médias "traditionnels".
Nicobi
Le 26 Octobre 2009 à 19h50
bof, les gens sont aussi stupides qu'avant, on le voit juste davantage avec internet.
munrau
Le 26 Octobre 2009 à 19h57
Je vais ptet dire une banalité, mais au fond le journaliste est un commerçant comme les autres : pour bouffer, il vend un produit + ou moins authentique et du terroir, de l'info.

C'est ptet ça qu'il est insupportable pour les journalistes, d'avouer et de reconnaitre.

On doit tous bouffer, tous faire des compromis, le probleme est que les journalistes/animateurs se parent de vertu, de reflexion, de deontologie, alors que ce n'est simplement pas possible en raison que c'est un métier dont ils vivent.

A la base le journalisme est un métier, donc soumis à la loi de l'argent comme tous autres. Sauf qu'un journaliste refuse d'admettre qu'il exerce un métier comme tous les autres, et que lui même est tout sauf un rebelle communiquant.
longcat
Le 26 Octobre 2009 à 20h00
si une expression comme "la dérive d'internet" n'est pas considérée comme absurde, c'est parce que peu de gens comprennent qu'internet est un outil de communication. "La dérive du téléphone", "la dérive du courrier"...
munrau
Le 26 Octobre 2009 à 20h02
ps: il y a bien des etiquettes spécifiant le contenu reel des produits alimentaires (colorants, acidifiants, % de graisse, % de sucre etc) pour avertir le consommateur.

Pourquoi n y aurait il pas une étiquette systematique obligatoire sur les articles et leurs auteurs, pour avertir le consommateur du contenu reel ou caché ^^ ?

On n'ecrit pas un article sur les 35h de la même façon si on bosse au monde diplomatique ou au figaro.
Amaury
Le 26 Octobre 2009 à 20h43
Forcément, s'ils trainent que sur 4chan, ils vont trouver de la colère et de la débilité sur le web ^^
tutonic
Le 26 Octobre 2009 à 21h09
Heureusement qu'il y a de la colère! La liberté se rétrécit comme une peau de chagrin, et tous les journalistes ne se ressemblent pas! Certains sont à la botte, d'autres courageux et d'autres un brin inconscients! J'ai eu la chance de voir Michel Polak (droit de réponse), inimaginable de nos jours. Internet a ceci de particulier, l'extrême réactivité des internautes, même si l'info est parfois brute de béton et le pouvoir en a peur, mais c'est notre dernier espace de liberté et puis des fois il y a des satisfactions: hein! le fils de....
rotabla
Le 26 Octobre 2009 à 21h18
Mais enfin, arrêtons d'appeler journalistes des gens qui ne le sont pas, avoir une carte de presse ne fait pas de vous un journaliste, dans 99% des cas ce sont juste des perroquets ou des petits scribouillards du dimanche, D'OU leur crainte de se faire damer le pion par les intervenants du net, qui bien souvent savent en faire autant qu'eux, si ce n'est le plus souvent nettement mieux.
Yarman
Le 26 Octobre 2009 à 21h30
C'est surtout le propre des médias français d'être particulièrement soft avec les politiques, c'est connus et ça ne date pas d'hier. Ailleurs ça se passe autrement, en GB et les notes de frais par exemple, avec beaucoup de colère et de ressentiment. Une des raisons du divorce des médias et du peuple, et pourquoi ce dernier s'est tourné vers le net, à mon sens, c'est que les médias traditionnels sont tout chose face au politique. Il n'y a que les humoristes (et encore) qui la licence de pouvoir oser la critique. Pour moi le vrai ressentiment voir la colère, c'est celle des médias traditionnels qui se font totalement débordés par le net et se retrouvent fasse à des analyses (blogas notamment) de toutes sortent mais surtout (et souvent) plus pertinentes que les leurs parce qu'issues de gens qui ont plus à matière à traiter qu'eux.
Timekeeper
Le 26 Octobre 2009 à 21h31
(suivez notre regard qui louche)

:ptdr: On vous aime "quand-même" ^^ *tousse* Mais on vous aimerais encore plus avec un lien sur les news amenant directement vers le topic associé du forum *tousse*


PS : suis-je le seul, en lisant les propos d'Apathie cité, à les avoir associés à la voix de sa marionette aux Guignols ? :Hein:
Yarman
Le 26 Octobre 2009 à 21h34
Amaury, le 26/10/2009 - 20:43
Forcément, s'ils trainent que sur 4chan, ils vont trouver de la colère et de la débilité sur le web ^^

Ou somethingawful.com
"The Internet is serious business" Mr Apathie ^^
Fren
Le 26 Octobre 2009 à 21h40
Mais enfin, arrêtons d'appeler journalistes des gens qui ne le sont pas, avoir une carte de presse ne fait pas de vous un journaliste, dans 99% des cas ce sont juste des perroquets ou des petits scribouillards du dimanche, D'OU leur crainte de se faire damer le pion par les intervenants du net, qui bien souvent savent en faire autant qu'eux, si ce n'est le plus souvent nettement mieux.


J'ai compté, très exactement, 99,6% et des poussières...en tout cas merci rotabla tu me permet d'étayer la petite chose que je voulais dire, c'est qu'Internet n'est pas simplement un reflet de la colère et du ressentiment des citoyens, elle la conditionne, l'entretient, la relaye. Simplement parce que les internautes, ce sont comme les gens qui écoutent la radio (ou regardent la télé...), ils s'habituent toujours à aller sur les même chaînes. Or, vu la profusion des chaînes, ils vont toujours là où ils ont des accointances, avec des gens qui pensent pareil. Bref, la petite colère devient vite une grosse colère, entre gens qui pensent la même chose. Et on en arrive à ce que les journalistes dans leur ensemble, sur un commentaire, soient traités de perroquets ou de scribouillards du dimanche. Tout ca parce que jean michel apathie a donné son opinion, chouette alors.
8119
Le 26 Octobre 2009 à 22h27
les médias, c'est le discours du pouvoir, de l'argent et du but lucratif, tandis qu'internet est le discours des peuples.
Or, les peuples sont souverains, et les états n'ont qu'à être au service du peuple.
munrau
Le 26 Octobre 2009 à 22h31
Fren, le 26/10/2009 - 21:40
Tout ca parce que jean michel apathie a donné son opinion, chouette alors.

Quand on raconte aux gens qu'ils sont priés de ne pas se mêler de ce qui les regarde, on mérite de la caillasse dans la gueule.

Ton jean mimi mérite de la caillasse dans la gueule.
Armas
Le 26 Octobre 2009 à 22h46
Je dirai que le degré de colère est avant tout proportionnel à la masse de connerie qui sont dévoilées au grand jour. Quand on a pour devise Etatique "Liberté, Egalité, Fraternité", il faut pas s'attendre a ce que le peuple réagisse bien à des annonces comme celle de Jean Sarkozy qui souhaite la tête de l'EPAD. Celui qui a choisi les devises de la république était un génie. Bien que les français soient râleurs, ils ont quand même une certaine notion de l'importance de ces trois valeurs.

Mais voila, actuellement, celui qui les respectes le moins, c'est l'Etat. Il emploi des personnes sous payées qui font des heures sup gratuites, en emploi d'autres surpayées qui n'assument pas leurs foncions, est sujet a la fraude, possède des ardoises non payées auprès de nombreuses instituions, investi pas toujours de manière propice les crédits liés aux deniers du peuple. La liste est longue. Alors forcement, on cherche des responsables. Et ça devient facilement une chasse aux sorcières.

Je pense qu'il est préférable de laisser les ressentiments de tous genre aux internautes et le travail d'investigation, de documentation et de mise en forme aux journalistes. Je n'apprécie pas vraiment les articles qui prennent clairement position, bien que j'apprécie leur contenu en terme de dénonciation d'abus. Le net est un excellent endroit pour étaler les divers dérives car il touche beaucoup de monde et bien souvent des gens directement concernés par ces dérives,

Mais la ou ça ne va plus, c'est lorsque le journaliste prend un point de vue totalement impartial. Ce genre de discours fait glisser les gens sur la pente du lynchage médiatique.
dedelajoie
Le 26 Octobre 2009 à 22h48
arf, entendre Apathie (qui pour le coup porte bien son nom) parler de diminution du professionnalisme est un grand moment de bonheur : il suffit d'allumer TF1, d'ingérer un JT, de lire une chronique du Figaro ou d'un Christophe Barbier pour se rendre compte qu'on est dans le grand professionnalisme... de la bêtise, du parisianisme le plus abscons et de la propagande la plus servile... Ce qui dérange ces gens c'est de se rendre compte qu'on peut penser sans eux, qu'ils n'amènent rien de plus au débat que les délires ripolinés du niveau du café du commerce et qu'in fine le débat se fait loin d'eux parce qu'ils n'ont rien de pertinent à dire.
tomy13
Le 26 Octobre 2009 à 22h57
L'absence de protestation à la radio, à la télévision et dans une large mesure dans la presse écrite traditionnelle contre la loi Hadopi 1, jugée ensuite contraire à la liberté d'expression et aux droits de la défense par le Conseil constitutionnel, est vécue comme un symbole par nombre d'internautes de la frigidité des médias.

Frigidité !! Tu es plus que soft, on pourrait écrire sans colère : lèche- cul complaisant, aux ordres et surtout couards
munrau
Le 26 Octobre 2009 à 23h19
même pas couards, ils ne mordent pas la main qui les nourrit, tout simplement. :) Braves petits toutous révérents et dociles.
Nethan
Le 26 Octobre 2009 à 23h50
Il y avait des moyens de "s'exprimer" dans les médias traditionnels.

Comme Arrêt sur Images par exemple, viré pour "moderniser la grille"...

Comme le Courrier des Lecteurs sur France 2, qui a disparu dans les semaines qui ont suivi une émission dont le thème concernait la "Faitdiverisation" des Journaux de la chaîne... Les spectateurs invités n'y ont pas été de main morte, à juste titre. Il faut croire que ça a été mal vu...

Le problème, c'est qu'il y a un refus net de vouloir affronter la réalité. D'où une certaine complaisance avec le pouvoir, qui croit que le pays ne tourne pas trop mal, et en relaye l'image. C'est plus facile à gérer que le public...

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