Le patron de Meta n’a aucune intention de lever le pied sur l’intelligence artificielle. Alors qu’une partie de la Silicon Valley réclame un coup de frein, Mark Zuckerberg répond que le marché et les tribunaux suffiront à tenir la technologie.

Accélérer, maintenir, ralentir ou stopper la course à l’intelligence artificielle ? Sur ce débat qui prend de plus en plus de place, Mark Zuckerberg, patron de Meta, a mis les choses au clair : dans un message publié sur X ce mardi 15 septembre 2026, il a pleinement rejeté les appels à lever le pied sur l’IA, se démarquant ainsi des autres pontes de la tech.

Pour le milliardaire américain à la tête de Facebook, Instagram, WhatsApp, Messenger et Threads, deux forces disciplinent déjà les laboratoires dédiés à l’IA : la concurrence entre eux et le risque de finir devant un tribunal. Il n’y a donc pas lieu de décélérer dans cette compétition, surtout si l’on ajoute dans l’équation la Chine, superpuissance émergente dans l’IA.

Mark Zuckerberg // Source : Numerama / Wikimedia Commons
Mark Zuckerberg // Source : Numerama / Wikimedia Commons

Le raisonnement de Mark Zuckerberg est le suivant : personne ne voudra d’un agent en intelligence artificielle qui n’obéit pas, donc chaque labo a tout intérêt à rendre ses modèles alignés, c’est-à-dire fidèles à ce que l’utilisateur leur demande. Sinon, ce sont des produits et des services que personne n’osera adopter, s’ils sont incontrôlables.

Dans ces conditions, « les laboratoires ont une incitation naturelle très forte à rendre leurs modèles plus alignés », a-t-il jugé. Cet alignement et cette confiance vont devenir « rapidement les capacités les plus importantes qui différencieront les agents et les modèles », a-t-il ajouté. « Tout laboratoire qui ne se concentre pas sur l’alignement prendra du retard. »

Sam Altman, Dario Amodei, Elon Musk plaident pour ralentir

La sortie de Mark Zuckerberg ne vient pas de nulle part : trois jours plus tôt, le 12 septembre, Dario Amodei, patron d’Anthropic (l’entreprise derrière Claude), publiait la tribune « We Must Pace the Frontier » pour demander à toute l’industrie de calmer la cadence. Et il a été rejoint par deux personnalités du secteur, à savoir Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk (xAI).

Ces appels à calmer le jeu s’inscrivent dans un contexte particulier, avec une inquiétude croissante sur les performances spectaculaires de l’IA. Au cœur du problème, ces incidents de sécurité qui se multiplient, comme le pointe Dario Amodei. Beaucoup craignent des modèles qui pourraient acquérir la capacité de s’améliorer seuls, sans humain dans la boucle

C’est précisément cette auto-amélioration récursive des capacités que Dario Amodei et d’autres veulent voir freinée, quitte à s’offrir un ou deux ans de marge avant que les systèmes n’atteignent des seuils critiques. En somme, il ne s’agit pas de prononcer un arrêt total de l’IA, mais de temporiser le temps que la recherche en sécurité et les institutions comblent leur retard.

Dario Amodei // Source : Wikimedia Commons
Dario Amodei // Source : Wikimedia Commons

Des éléments qui n’ont pas fait mouche chez Mark Zuckerberg. Au contraire, il présente un deuxième filet de sécurité, la justice, pour réguler tout écart : « Les laboratoires font face à une responsabilité juridique importante si leurs modèles causent des dommages, ils ont donc aussi une incitation forte à éviter cela. »

Le fait est que l’argument de la responsabilité juridique a tout de même de quoi faire lever un sourcil, au regard de la très longue histoire judiciaire de Facebook. L’entreprise a été confrontée à de nombreux procès au cours des vingt dernières années, et même si elle a été condamnée à plusieurs reprises, le mal était souvent déjà fait.

Un exemple : Meta a accepté en août de payer environ 18 milliards de dollars (près de 16 milliards d’euros) pour solder des plaintes l’accusant d’avoir conçu Facebook et Instagram pour rendre les enfants accros, et cela en toute connaissance de cause, aux yeux des plaignants. Or, d’aucuns pourraient craindre ce scénario avec l’IA : un Meta conscient du problème, mais y allant quand même.

Meta fait déjà des efforts pour garder le contrôle

Mais le patron de Facebook a présenté un cas concret qui démontrerait que la peur du procès suffit à garantir une IA raisonnable et sous contrôle : le report de plusieurs mois de son système Muse, doté d’agents personnalisés, le temps d’en renforcer la sûreté et la sécurité. Une décision prise en interne, sans concertation avec des tiers.

« Nous n’avons pas demandé à tous les autres de le faire avant nous. Nous l’avons tout simplement fait dans le cadre de notre travail quotidien, parce que c’était clairement la bonne chose à faire pour les utilisateurs et pour nous. Je suis fier des fondations de sécurité que nous avons bâties », a écrit le chef d’entreprise sur X.

« Nous n’avons pas demandé à tous les autres de le faire avant nous »

Mark Zuckerberg

Il se dit aussi favorable à des évaluateurs indépendants, en glissant que sa division Meta Superintelligence Labs y a déjà recours. Une manière de dire à celles et ceux qui appellent à lever le pied qu’ils peuvent le faire aussi ; idem pour la bascule de la majorité de la puissance de calcul vers les usagers plutôt que vers l’auto-amélioration récursive.

Ces deux axes permettent à la fois de « produire un meilleur travail » et de « s’assurer que nous développons cette technologie en toute sécurité ». « Les autres laboratoires peuvent tout simplement le faire aussi », a glissé pour finir Mark Zuckerberg.

Derrière ces prises de position, il y a évidemment des intérêts commerciaux très concrets, et un secteur en plein boom qui n’a, pour l’instant, aucune envie de relâcher l’accélérateur. Pour certains labos un peu en retard, cette temporisation pourrait même être tactiquement bienvenue, afin de pouvoir se remettre au niveau, et souffler.

Dans ce débat, Mark Zuckerberg n’est pas si isolé. Le même jour, le patron de Nvidia Jensen Huang a défendu une position très proche : miser sur le marché et la concurrence plutôt que sur un coup de frein coordonné. De quoi nuancer l’image d’un Zuckerberg seul contre le reste de la Silicon Valley – sur ce dossier, la ligne accélératrice a aussi ses poids lourds.

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