Anthropic tâtonne sous la pression : ses quotas de tokens, devenus imprévisibles, mettent une partie de ses utilisateurs en rogne. L’entreprise américaine paie en partie le succès de Claude et se retrouve depuis plusieurs semaines à manœuvrer entre ajustements à chaud et infrastructure qui peine à suivre.

Anthropic fait face à un problème structurel.

Alors que l’entreprise américaine s’est imposée ces derniers mois comme l’acteur le plus en vue de l’écosystème IA, elle est aussi victime de son succès. Point principal de tension ? L’utilisation des tokens, ces crédits alloués selon le forfait choisi. Une métrique particulièrement sensible pour sa base d’utilisateurs la plus fidèle, les développeurs qui montent des projets complexes.

Pour attirer les clients vers des produits toujours plus ambitieux, l’entreprise propose quatre options : un forfait gratuit, un forfait Pro, un forfait Max 5x et un forfait Max 20x, chacun assorti de capacités de consommation différentes.

Problème pour l’entreprise comme pour les utilisateurs : il est très difficile d’anticiper la consommation effective de ces tokens, tant elle peut varier selon les requêtes, leur longueur, leur complexité ou le modèle sollicité.

Sur X, les échanges houleux entre les équipes techniques d’Anthropic et les utilisateurs s’accumulent.

Dernier exemple en date, le 2 avril 2026. Lydia Hallie, membre des équipes en charge de Claude Code, a tenté de répondre aux plaintes de nombreux abonnés qui jugeaient les limitations trop strictes. Sa recommandation aux abonnés Pro de privilégier Sonnet 4.6 ne passe pas, alors même qu’Opus, le modèle le plus élaboré, est disponible car il « consomme environ deux fois plus de tokens ».

Des mesures qui interrogent

En réalité, cela fait plusieurs semaines que les équipes techniques sont sommées de répondre à une question pour l’heure insoluble : comment proposer un modèle transparent et prévisible pour une technologie qui, par essence, s’adapte à la demande de l’utilisateur ? Les réponses sont pour le moins floues, et les ajustements proposés relèvent plus du bricolage que d’une stratégie viable.

Fin mars, Thariq Shihipar, autre membre de l’équipe technique d’Anthropic, écrivait sur X : « Afin de gérer la demande croissante pour Claude, nous ajustons la limite de session à cinq heures pour les abonnés gratuits, Pro et Max aux heures de pointe. Vos limites hebdomadaires restent inchangées. »

En clair, ce changement signifie que pendant les heures de pointe, situées entre 5h et 11h en Californie, soit de 14h à 20h en France, les utilisateurs de Claude pourraient épuiser leur limite de session de cinq heures en moins de cinq heures réelles. En contrepartie, une session réalisée hors de ces horaires serait plus permissive.

Si l’ingénieur tente de rassurer en précisant que seul « 7 % des utilisateurs atteindront des limites qu’ils n’auraient pas atteintes auparavant », les utilisateurs ne cachent pas leur mécontentement en commentaires. Ils soulignent, à juste titre, que la mesure rend encore plus difficile l’estimation de leur consommation avant d’atteindre la limite.

Un problème qui touche tout le secteur

Car, c’est ici que réside le problème central. Anthropic ne distille que des ordres de grandeur sur l’évolution des capacités entre forfaits, sans jamais fournir de point de référence absolu. Ainsi, selon la documentation officielle, un forfait Pro promet seulement « au moins cinq fois plus d’utilisation par session que le service gratuit » ; Max 5x offre cinq fois plus que le Pro ; Max 20x, vingt fois plus ; et le forfait Team Standard, « 1,25 fois plus que le forfait Pro ». Difficile, dans ces conditions, pour les développeurs de connaître leurs limites réelles, si ce n’est en consultant la jauge de leur tableau de bord, qui affiche le quota consommé sans jamais préciser le plafond. Seuls les utilisateurs passant par l’API disposent d’une vision claire, leur consommation est directement mesurable en tokens, avec un coût associé à chaque requête.

La colère monte aussi sur Reddit, et au-delà du manque de visibilité, certains affirment atteindre les limites d’utilisation bien trop rapidement.

Anthropic ne nie pas le problème, confirmant que bon nombre de ses abonnés atteignent « beaucoup plus rapidement que prévu » les limites d’utilisation, et assure mettre tout en œuvre pour y remédier.

En réalité, ces tâtonnements illustrent une tension profonde sur la capacité d’Anthropic à absorber la hausse de trafic venue avec l’engouement récent. Une pression qui pèse à la fois sur l’infrastructure technique et sur le modèle économique, où bon nombre d’abonnements pourraient ne pas couvrir les coûts engendrés par la génération. Un problème qu’avait admis Sam Altman en janvier dernier à propos des abonnements Pro d’OpenAI.

Plus largement, c’est tout un écosystème qui se retrouve face à ce défi. Mi-mars 2026, Google et son assistant à la programmation Antigravity ont fait face à une fronde similaire, à la suite de modifications apportées à ses options d’abonnement.

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