Quand quelqu’un disparait et que l’on se rend compte à quel point il nous manque, on regrette amèrement de ne pas avoir su profiter de sa présence avant l’heure de son départ. « Si on avait su qu’on l’aimait autant on l’aurait aimé plus », dit-on souvent. L’aurait-on téléchargé plus également ? La question peut sembler déplacée et l’on excusera la froideur du vocabulaire technique à ce qui est pourtant bien en réalité la transcription sur les réseaux P2P de réactions sociales normales de la part des êtres physiques que les pirates sont tous…

Jacques Villeret est mort le vendredi 28 janvier, à la surprise générale d’une population française qui prenait soudainement conscience de l’importance de l’acteur dans son paysage culturel. Plus qu’un acteur de théatre et de cinéma, Villeret était un homme dont la sensibilité et la drôle douleur étaient communiqués directement de ses yeux à ceux des spectateurs. On imaginait pas de lui qu’il susciterait un tel élan d’émotion à son départ.

Et l’homme est ainsi fait que c’est presque toujours lorsque les êtres ne sont plus là qu’on leur montre le plus grand intérêt et le plus grand respect. Les chaînes de télévision se sont bien sûres précipitées pour saluer la mémoire de celui qui se fit connaître par La soupe aux choux et admiré dans Le dîner de con. Mais de façon plus inattendue peut-être, l’élan de mémoire s’est aussi propagé dans le monde pestiféré de ceux que les marchands de produits culturels appellent des pirates ou, pire, des voleurs.

L’effet TV, que nous avions déjà révélé précemment, n’est pas suffisant pour expliquer le phénomène. Dans les milieux dits « underground » du piratage, on salue la mémoire de Villeret comme le ferait n’importe quel média autrement respecté. M8x Pa9nE, un releaser sur Usenet (un dossier complet à ce sujet paraîtra cette semaine), poste ainsi Les enfants du marais, « en hommage à Jacques Villeret« . Le groupe francophone consacré aux DivX a ainsi ressorti un « cycle Villeret » en proposant en téléchargement neuf des chefs d’œuvre de l’artiste.

Sur les réseaux P2P en général, la mort de Jacques Villeret a immédiatement provoqué un regain d’intérêt pour des films laissés quasiment à l’abandon jusqu’à ce jour du 28 janvier. Demandé au téléchargemnet à peine plus de deux fois par heure, le film Un crime au Paradis avec Josianne Balasko et André Dussolier a soudainement connu un taux de plus de 550 demandes par heure sur le seul serveur Razorback du réseau eDonkey. L’effet est spectaculaire :

Et les commentaires que les utilisateurs d’eMule peuvent laisser sur les fichiers n’en disent pas moins sur l’affection que les internautes portent à l’acteur. « Merci au revoir Monsieur Villeret« , écrit l’un d’eux. « Respect mr villeret, repose en paix, ajoute un autre. Les commentaires, qui sont d’habitude utilisés pour communiquer sur la qualité d’un fichier, sont ici tous employés comme livre d’or posthume.

Les pirates auraient donc un coeur… ? On leur reprochera sans doute de ne pas acheter les collections de DVD qui se vendront en masse suite au décès de l’artiste.

Le P2P s’attaque à tout, même au business de la mort.

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